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1915-2015 Le centenaire de 14-18 : les poilus tahitiens dans le conflit

1915-2015 Le centenaire de 14-18 : les poilus tahitiens dans le conflit

1915-2015 Le centenaire de 14-18 : les poilus tahitiens dans le conflit

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Pour mieux appréhender la complexité et l’amplitude de la Première Guerre mondiale, il y a l’historien professionnel mais aussi l’historien amateur. Ce dernier comme Jean-Christophe Teva Shigetomi nous plonge souvent à travers des destins singuliers et collectifs, dans l’histoire plurielle de ce conflit. Un des aspects de cette histoire plurielle est celle de la participation de nos territoires d’Outre-mer aux mobilisations de la Première Guerre mondiale. On a très médiatiquement insisté en France, pour des raisons électoralistes sous-jacentes, sur les tirailleurs sénégalais ou les régiments de spahis mais qui savait que des Tahitiens, des Néo-calédoniens, des Comoriens, des Guadeloupéens étaient aussi sous les drapeaux. Partir de Papeete et même d’îles encore plus éloignées comme les îles sous le vent, pour rejoindre les tranchées et la boue de 14, c’est à peine imaginable pour un jeune citoyen ultra-marin d’aujourd’hui et pourtant… L’Histoire de la France est celle de l’unité de tous ses territoires.

Si nous avons choisi cette année de focaliser sur Tahiti, c’est que Teva Shigetomi est motivé par le goût du récit, l’exploitation minutieuse des sources, l’expertise militaire poussée jusqu’au dernier bouton de guêtre, le souci de « faire vivre » au plus près les duretés de destins brisés par l’Histoire. Il suffit de lire ses ouvrages ou de consulter son site pour avoir un plaisir de lecture garanti sans jamais perdre de vue l’intelligence générale du conflit considéré.

Nous nous retrouverons en 2016 pour continuer cette célébration du centenaire de 14-18 qui est pour nous l’événement fondateur du nouveau destin européen en construction. L’Union européenne existera-t-elle encore ? L’Otan sera-t-elle en guerre ? Nous ne le savons pas mais ce qui est certain c’est que nous focaliserons en 2016 sur un autre aspect (géographique, historique, artistique) de cette guerre. Il est d’ailleurs frappant de constater que la représentation spontanée que nous avons de ce conflit est largement liée à notre propre position géographique. Nous n’ignorons pas que le conflit fut « mondial » mais qui sait en France que Papeete fut aussi bombardé par les Allemands ou que bon nombre de nos aïeux moururent en réalité sur les rives du Bosphore ? C’est par ses hommages successifs jusqu’en 2018 que Metamag veut faire saisir à nos lecteurs, les plus jeunes en particulier, l’aspect mondial du conflit. Nous avons aussi voulu leur montrer en choisissant l’année dernière Rupert Brooke et cette année Jacques Perret qu’un tel conflit dans sa complexité et sa férocité ne saurait laisser indifférent les poètes et les romanciers.

La guerre de 14-18 eut aussi des conséquences esthétiques. Si nous aimons l’«histoire narrative», c’est qu’elle ne renonce pas à faire vivre et mettre en scène des personnages «ordinaires». Dans une telle histoire, les destins des inconnus croisent souvent la vie des hommes illustres et l’imagination nous aide alors à deviner les états d’âme des uns et des autres. Bonne journée du souvenir. Michel Lhomme.

Le soldat inconnu du monument aux morts de Papeete

Par Jean-Christophe Teva Shigetomi

En avril 1917, le journal officiel des Établissements français de l’Océanie publie dans sa rubrique Tableau d’honneur : « (…) Le gouverneur des Établissements français de l’Océanie a le devoir de porter à la connaissance de la colonie la belle conduite du soldat Brault (François) du 54ème régiment d’infanterie coloniale, disparu le 28 octobre 1916 devant Kenali (Serbie). Brault François appartenait à la classe 1913. Faisant partie du contingent de Nouvelle-Calédonie, il était arrivé à Marseille par Sontay le 26 juin 1915. Fils de M : Ferdinand Brault, décédé à Taravao en septembre dernier, il était le neveu de MM. E. Brault, chef de bureau des secrétariats Généraux, et L. Brault, Avocat-Défenseur à Papeete ».

Dans la généalogie de Ferdinand Brault, il n’existe pas de François Brault comme il n’a été trouvé trace de lui dans les registres officiels. Ferdinand Brault est né le 18 mai 1860 à Laval dans la Mayenne. Il épouse Sophia Anna Freitas née à Guildford en Australie en 1861 avant de gagner Nouméa pour le commerce du café et du tabac. Quelques années après, ils migrent à Tahiti. Ferdinand Brault tiendra notamment un hôtel restaurant sur pilotis à Taravao avant de décéder en septembre 1916. Sophia Freitas-Brault, retourne alors sur l’Australie pour séjourner quelques années à Sydney puis revenir à Lismore. Les époux Ferdinand Brault ont eu quatre fils mais cependant, aucun dénommé François : Gabriel Ferdinand né à Punaauia en mars 1889, Francis, Félix et Léonce alias Peter Freitas. Le couple Brault a eu aussi cinq filles.

François ou Francis Brault ?

Brault convalescent à gauche

Brault convalescent à gauche

Francis Charles Émile René Brault plus connu sous le nom de Franck, né le 3 septembre 1893 à Koné en Nouvelle Calédonie décèdera le 6 juillet 1968 à Brisbane. Si Francis est François, c’est donc que ce garçon de la lignée de Ferdinand Brault qui a été grièvement blessé (sa jambe gauche est paralysée) a survécu à ses blessures.

Engagé volontaire à Nouméa, il part avec le premier contingent néo-calédonien embarqué sur le Sontay. Les Tahitiens Joseph Quesnot, Élie Juventin, Henri Vincent et Gaston Largeteau sont aussi du voyage. Ils gagnent Lyon en train pour être affecté au 6ème colonial. Le 8 août 1915, ils sont dirigés sur le camp de La Valbonne. Les Tahitiens sont rayés de la liste pour l’Orient et passent au 5ème colonial. On peut présumer que Francis Brault, par son statut d’engagé volontaire néo-calédonien a été affecté à sa demande dans le 54ème régiment d’infanterie coloniale : deux cent cinquante Poilus néo-calédoniens serviront à Salonique.

Si le journal officiel des E.F.O, le déclare disparu devant Kénali, le 28 octobre 1916, il semble que Francis Brault a finalement survécu à la Grande Guerre.

On peut penser que la disparition du soldat Brault a été notifiée par les Armées aux autorités des Établissements français d’Océanie car les parents de Francis y résidaient. La disparition annoncée au Gouvernorat est alors inscrite au Tableau d’Honneur du Journal officiel de l’année 1917 avec une erreur de retranscription du prénom : Francis est devenu François. Son père Ferdinand Brault est décédé en septembre 1916 et sa mère Sophia est repartie après la mort de son époux en Australie avec ses jeunes enfants. Le principe du décès de Francis Brault a donc été acté après-guerre, sans possible infirmation par des parents proches et son nom sera intuitivement inscrit dans les années 1920 sur le monument aux morts de Papeete. Car sa mère Sophia n’est pas sans ignorer que son fils est vivant. Francis Brault lui écrit de Bordeaux le 28 septembre 1919 pour lui annoncer sa réforme.

Il retrouve ensuite en Australie sa mère Sophia Freitas qui décède en 1930. Francis décèdera à Brisbane le 6 juillet 1968 à l’âge de soixante-douze ans.

Crédit photo : DR

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