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2016, l’amorce du grand tournant ?

Les Guerres Par Procuration

2016, l’amorce du grand tournant ?

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Pour commencer cette nouvelle année 2016, explorons les perspectives de la politique internationale et imaginons-en les tournants.

En France, la pression sécuritaire devrait se maintenir dans le cadre d’un état d’urgence qui sera intégré pas à pas dans la dynamique sociétale du pays. Nous allons petit à petit passer d’une démocratie représentative à la démocratie totalitaire sur laquelle nous aurons ici même l’occasion de revenir. Ce passage à la démocratie totalitaire qui caractérisera l’organisation politique d’un monde sans emploi et robotisé rendra entièrement obsolète l’idéologie progressiste de gauche. Les grandes évolutions politiques du biopouvoir et du contrôle social généralisé, le formatage intellectuel par le numérique vont transformer en profondeur l’environnement intellectuel du pays avec le risque d’un dérapage politique vers la servitude volontaire de l’ensemble des citoyens.

Si, sur le plan mondial, 2015 fut une année stratégiquement intense, il est fort probable que 2016 le sera également. L’évolution du monde dépendra des développements de la puissance américaine qui demeure la première, qu’on le veuille ou non. Or, les États-Unis seront en campagne électorale pour la présidentielle, l’actuel occupant de la Maison-Blanche ne pouvant se représenter. Il sera pertinent de ne pas oublier cette année de regarder aussi de l’autre côté de l’Atlantique.

On y perçoit déjà un pays toujours fortement endetté, qui n’a pas du tout clarifié son lien avec les banques et le milieu financier et dont le plein-emploi par le gaz de schiste n’est peut-être qu’un leurre. Mais de l’autre côté de l’Atlantique, c’est aussi l’Amérique latine. Nous la portons dans notre cœur par l’espoir pacifique d’une transmission indirecte sur son territoire de l’héritage européen.

Pour les Français, l’année 2015 s’est achevée autour d’un mot : la « guerre ». Nous sommes en guerre mais nous n’avons pas déclaré la guerre. L’ennemi est pourtant clairement revendicatif : c’est le terrorisme islamiste. Mais il ne faut pas prononcer l’ennemi, il ne faut pas le désigner afin de ne pas faire d’amalgames. Pour nos gouvernants et toute la classe politique, le vrai ennemi est ailleurs, c’est le peuple. Les terroristes sont les frontistes c’est-à-dire les seuls en réalité à défendre la patrie d’antan. Un jour ou l’autre, nous ne pourrons pas pardonner à la drauche sa forfaiture.

L’engagement sans précédent de l’armée française sur plusieurs terrains (République Centrafricaine, Tchad, Syrie) traduit l’incertitude stratégique à laquelle nous sommes confrontés avec de multiples foyers de tension et de crise larvée que nous ne pourrons pas non plus continuer d’ignorer. Mais, outre Daesh au Levant et les groupes islamo-terroristes au Sahel, il ne faut pas non plus oublier les autres tensions proches de nos frontières. C’est par exemple et surtout la tension toujours persistante entre l’Ukraine et la Russie. Cette tension est latente et entraîne de facto une nouvelle guerre froide du Cap Nord au Bosphore où à terme aussi comme en 1914, du temps de Gallipoli, la Turquie devra se positionner.

La Turquie, justement illustre le jeu ambigu et dangereux des Européens et par dessus tout de l’Allemagne. L’Allemagne souhaite l’entrée de la Turquie dans l’Europe en répondant lâchement au chantage turc des migrants sur ses frontières. Mais l’entrée de 80 millions de musulmans dans l’Union européenne marquera de facto la fin du rêve de puissance européen, une fin de règne souhaitée en sous-main par les Américains.

En Amérique latine, les séries turques ont déjà remplacé les tele novelas colombiennes ou mexicaines. Ainsi, en guerre contre les Kurdes mais soutenant Daesh, la Turquie islamique risque de faire sérieusement partie de la recomposition de l’Europe d’autant qu’elle détiendra sur son territoire les oléoducs gaziers de l’approvisionnement énergétique futur du continent sans que personne ne puisse esquisser en Europe une autre option comme celle qui consisterait par exemple à affirmer radicalement un retour en France vers l’énergie nucléaire sans équivoque.

L’Arabie Saoudite, le Qatar et les Emirats arabes se sont unis avec Israël pour aggraver artificiellement la dimension religieuse d’un conflit proche-oriental entre Chiites et Sunnites dont l’objectif réel est en fait d’empêcher l’Iran d’accéder au statut de puissance régionale afin de permettre à Tel Aviv de réaliser le Grand Israël, condition de sa sécurité. Le Liban y survivra-t-il ?

Il y a bien évidemment d’autres foyers de tension à observer de très près dans le monde comme l’Asie avec la Mer de Chine où Pékin poursuit sa stratégie d’expansion suscitant l’inquiétude des pays voisins, sans oublier le trublion nord-coréen ou les relations indo-pakistanaises, il est vrai plutôt positives par la dernière rencontre entre leurs premiers ministres respectifs.

En tout cas, si le monde multipolaire de 2016 reste complexe mais surtout dangereux c’est parce que l’on a acté ces dernières années depuis le premier conflit irakien, le retour de la guerre comme mode de régulation, laissant les « dividendes de la paix » aux oubliettes de l’Histoire. Expliquer cette complexité sans préjugés ni apriori, c’est un de nos  missions à Metamag. Par les articles de nos rédacteurs et de nos correspondants mais aussi par notre revue de presse (la rubrique  »A lire ailleurs »), nous voulons contribuer à mieux faire comprendre les enjeux du monde mais aussi à les connaître davantage tout en révélant très souvent les compromissions et les non-dits de ceux qui nous dirigent. Nous restons critiques à la lettre mais aussi dans l’esprit par une nature revendicative et quelquefois révolutionnaire qui est aussi notre marque de fabrique, les Jésuites nous ayant appris depuis longtemps que Dieu n’aime pas les tièdes. Nous espérons par cet esprit demeurer unique et inclassable dans la sphère si étroite et si menacée par les lois de sécurité intérieure des médias d’opinion hexagonaux.

Michel Lhomme

  1. SUCH Eric
    SUCH Eric16 janvier 2016

    Beau tour d’horizon, qui se termine par une allusion aux lois de sécurité intérieure. A n’en pas douter, ce sera un des prochains sujets qui agitera le microcosme médiatique dans les prochains semestres. Après les dernières tentatives d’exploitation politicienne des derniers dramatiques attentats, qui ont relativement échouées, le pouvoir se tourne vers un contrôle plus « sérré » des opinions exprimées ci ou là . Toujours sous couvert de la seule et légitime lutte anti-terroriste se met en place une police de l’Internet , avec plates-formes de dénonciations, publique ou privées, clubs de délateurs, et autres anonymous ou inglorious basterds, qui, à l’évidence, ne se contenteront pas de défendre la seule liberté d’expression ou le droit à l’information. Les oppositions ou minoritaires ont quelques soucis à se faire, à l’image de certains grands pays, démocratiques ou pas, qui ont ouvert la voie………..

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