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Poutine comme sauveur

Poutine

Poutine comme sauveur

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Certains, désespérés de l’étrange sens pris par le monde, espèrent en Vladimir Poutine. La Fédération de Russie et son président semblaient ne point s’en laisser remontrer par le moralisme occidental dans sa hargne à imposer ses vues au monde entier.

L’évocation d’un accord international sur la Syrie refroidit bien des espérances mises dans un solide contre-feu poutinien : prévisions d’arrêt des hostilités à court terme, espoir d’élections libres pilotées par l’ONU, image très arrêtée d’un gouvernement de transition…

Cette désolante information insistait sur un quasi-acquiescement russe, comme si la diplomatie du maître du Kremlin s’infléchissait jusqu’à tolérer les véhémentes injonctions de l’impétueux occident.

Poutine, n’ayant rien d’un inconsistant altruiste peut très bien, selon ses intérêts nationaux, se ranger aux avis d’adversaires, parce que peu lui chaut le sort de laissés pour compte dans l’affrontement géo-stratégique planétaire. Son idée maîtresse consiste à relever au mieux la Russie bancale post- URSS. Il tente de lui redonner un certain poids sur l’échiquier international, comme il essaie de provoquer en interne une réelle cohésion patriotique. Son avis doit compter ; dès lors, il n’hésite plus à affronter ouvertement la terroriste influence occidentale et tous ses prétextes pour le narguer et le ridiculiser.

Tant que Russie se remplumait, sa diplomatie affirmait ses conceptions plutôt que de se contenter de répliquer : la réaction défensive s’avérant moins performante comme en Géorgie, après Tchétchénie… .

Depuis le « printemps arabe », la Russie encore anémique avait laissé le champ libre au jeu irréfléchi des occidentaux ; sans pare-feu, ceux-ci s’entremirent en Syrie après Tunisie, Égypte et Libye. Qu’ils n’essaient point d’enfumer l’opinion internationale de leur seule noble volonté, de terrasser la dictature partout ! On sait bien que de moins louables mobiles dissimulés les aiguillonnent : courtiser les monarchies arabes intransigeantes, plaire au sionisme, maîtriser les pétro-flux… .

En Syrie, les occidentaux espéraient réussir, aussi aisément qu’en Irak et ailleurs en méditerranée, à déstabiliser l’état et chasser le tyran. Pour leurs stratèges à bien courtes vues, la démocratie devait seule suffire à un meilleur devenir.

Mais Bachar-Al-Assad est toujours là, malgré la saisissante transmutation de la majorité des gentils révoltés syriens modérés en monstres islamistes de Daesh.

La Russie a, d’abord, soutenu modérément les loyalistes d’Assad, juste pour compenser les manifestes soutiens en tous genres de la clique occidentale au camp de la rebellion : Arabie Saoudite, Qatar, USA, Israël, Europe, Turquie.

Par la suite, au prétexte du danger avéré d’un insatiable Daesh sur le monde, et pour ne pas faire moins que des USA dépassés en Irak, que les insolents et prétentieux Français bombardant le nord de la Syrie, les Israéliens s’essayant, sans avoir l’air d’y toucher, sur le sud Syrien, Poutine décida de paraître dans le concert général et d’intervenir par des frappes plus sérieuses que les piqûres françaises et mieux ciblées que les fracassantes attaques américaines. Il osait, et sa décision fut immédiatement considérée en crime de lèse-majesté ; lui, l’intrus, sans aucun accord préalable avec les maîtres du ciel, ne ciblait pas seulement les positions de Daesh, mais tout autant les alliés objectifs de l’ignoble état islamique dans le ramassis des rebelles anti-Assad. Quelle vilenie !

L’ignoble faux démocrate, réel autocrate, ne pouvait que subir la vindicte mauvaise des acharnés « pacificateurs » occidentaux ! Il avait montré une infâme duplicité en Crimée pour récupérer à sa façon ce territoire mal attribué par l’histoire, et auprès du nord, sécessionniste de l’Ukraine, république adoubée sans défaut par le clan de la pureté !

Il fallait définitivement réduire ce maudit trublion qui gênait tant, ici et là, les manigances des arrangeurs du monde. Ce chien fou, dans le si tranquille jeu de quilles réservé, bousculait trop la marche prévue des choses ! En outre, il offrait à la Chine le très mauvais exemple perturbateur ! Les rétorsions contre le pays d’un tel personnage détesté furent élargies et renforcées pour détraquer son économie, perturber son redressement, l’affaiblir ; surtout quand l’effondrement des cours du pétrole et du gaz le contraignait par ailleurs.

L’occident serait-il arrivé à ses fins ? Poutine, pour sauvegarder la quiétude de son peuple aurait-il décidé de rendre les armes, de modifier ses soutiens et alliances, de renier ses engagement ?

Voilà ce que les féroces partisans d’une mondialisation rêvée auraient aimé qu’il advînt. Pour cela, ils excellent à user de désinformation.

Mais malgré les pressions continues que sa diplomatie supporte, s’il est caressé parfois dans le sens du poil pour être amadoué, il est souvent soumis à d’odieux chantages et averti des pires sanctions, il plie ici où là mais ne rompt jamais. Il a bien ainsi participé à la réflexion onusienne de Genève sur l’avenir de la Syrie, il en a facilement admit l’objectif pacifiste, et à même semblé cautionner les étapes entrevues du consensus envisagé ; par contre, il a laissé en suspend l’avenir que France et autres réservent à Assad … . Rien ne semble donc avoir évolué sur ce sujet, et surtout rien n’est décidé, même si médiatiquement il fut tenté de le laisser croire : d’ailleurs les bombardements russes contre les rebelles Syriens se poursuivent résolument.

Poutine tient bon en Syrie, il persiste en Ukraine. Ceux qui le considèrent comme le champion de la résistance sanitaire à la suffisance occidentale peuvent se rassurer.

Gustin Sintaud

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