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Fukushima : réalité et désinformation

Fukushima Realité Et Désinformation

Fukushima : réalité et désinformation

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Michel Gay et Jacques de Selliers ♦

Le 11 mars 2011, le tremblement de terre le plus violent de l’histoire du Japon, suivi d’un tsunami gigantesque, frappe la côte Est du Japon.

Il provoque directement la mort ou la disparition de près de 20.000 personnes, ainsi que des dégâts considérables, notamment dans des centaines de milliers de logements et dans des centaines d’installations industrielles, pour un coût total supérieur à 200 milliards d’euros. Parmi les dégâts, il y a l’inondation de la centrale nucléaire de Fukushima-Daiichi, qui provoque l’interruption des pompes de refroidissement et, subséquemment, une fonte partielle de trois des six réacteurs et des émissions radioactives. Deux travailleurs meurent noyés. Plus tard, quelques travailleurs sont superficiellement brûlés par des radiations et un travailleur de 60 ans décède d’une crise cardiaque. 150.000 habitants des zones ayant reçu des radiations sont évacués, souvent par simple mesure de précaution.

En effet, la radioactivité dans la plupart des ces zones n’a jamais dépassé la radioactivité qui existe naturellement dans des villes comme Ramsar (en Iran) et Guarapari (au Brésil), où l’on vit très bien, avec curieusement moins de cancers qu’ailleurs. Ces évacuations forcées ont provoqué des traumatismes psycho-sociaux importants(dont au moins un suicide) et ont précipité le décès de quelques dizaines de personnes fragiles (malades, cardiaques, personnes âgées…).

Mais qu’en est-il des conséquences des émissions radioactives ?

Dans l’océan, l’accident aura déversé 10 à 20 trillions de becquerels[1] de radioactivité… ce qui paraît beaucoup mais est insignifiant par rapport aux 8 milliards de trillion becquerels naturellement présents dans le Pacifique : c’est l’équivalent de rajouter une goutte d’eau dans une petite piscine ! Et si dans certains poissons pêchés près de la centrale, la radioactivité a été supérieure à la norme japonaise (100 becquerels/kg), il faut savoir que celle-ci est plus sévère que la radioactivité naturelle des bananes (130 becquerels/kg) !

Quant aux conséquences des émissions radioactives sur les populations, elles ont été analysées dans les rapports détaillés des deux organismes scientifiques internationaux les plus compétents en la matière, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et l’UNSCEAR (Comité Scientifique des Nations Unies sur les Effets des Rayonnements Atomiques).

Publié en 2013, le rapport de l’OMS conclut que « les risques prévus sont faibles pour l’ensemble de la population à l’intérieur et à l’extérieur du Japon ». Le seul risque possible est une faible augmentation (statistiquement imperceptible) du nombre de certains cancers pour les travailleurs et habitants les plus exposés. Ainsi l’analyse des chiffres cités donne un nombre maximum de quelques dizaines de cancers dus aux radiations, parmi les milliers de cancers qui se déclarent naturellement dans toute population. Il sera donc impossible d’attribuer ou non certains cancers à l’accident de Fukushima.

Mais dans ses questions-réponses 3 et 4, l’OMS précise qu’elle a volontairement pris les hypothèses les plus restrictives, de façon à être sure de ne pas sous-estimer le nombre des victimes potentielles. Par exemple, elle a pris l’hypothèse que la population n’a été évacuée qu’au bout de 4 mois (alors que la plupart des gens ont été évacués bien avant) et qu’elle n’a mangé que de la nourriture produite localement (alors que celle-ci a généralement été retirée du marché). En d’autres mots, le nombre des cancers pourrait bien être beaucoup plus faible, voire nul !

Et dans sa synthèse, le rapport de l’UNSCEAR, publié en 2014, résume les conséquences sanitaires des radiations à Fukushima en des termes similaires :

– « Taux de cancer devant rester stables

– Risque théorique de cancer de la thyroïde accru pour les enfants les plus exposés

– Pas d’impact sur les malformations à la naissance ou les effets héréditaires

– Pas d’augmentation observable des taux de cancer chez les travailleurs

– Impact temporaire sur la vie sauvage. »

En d’autres mots, les seules conséquences des radiations à Fukushima sont deux travailleurs superficiellement brûlés, peut-être quelques dizaines de cancers au maximum, et un léger impact temporaire sur la nature, essentiellement en mer à proximité des rejets d’eau radioactive.

Pourtant, cet accident nucléaire a fait la une des médias occidentaux. Il a pratiquement occulté le drame des 20.000 pertes humaines et des gigantesques dégâts matériels qu’a causés le tsunami. Et aujourd’hui encore, Fukushima revient encore souvent à la une… alors que les autres conséquences du tsunami, bien plus catastrophiques, ont été oubliées par les médias.

Pourquoi donc ces deux poids, deux mesures ?

Peut-être cela provient-il de ces organisations écologistes qui vivent de la peur du nucléaire et qui, pour assurer leur survie, n’hésitent pas à diffuser des informations fausses. Car au contraire des scientifiques, les écologistes savent très bien communiquer, et leurs positions sont volontiers reprises par les médias.

D’autant plus que les radiations nucléaires sont un phénomène mystérieux et invisible et qu’à forte dose elles peuvent tuer. Elles incitent donc facilement à la peur, un réflexe naturel de protection ancestrale contre l’inconnu, facile à répandre. La peur fait ainsi des sujets très médiatiques, contrairement aux propos trop compliqués et souvent rassurants des scientifiques.

D’où on entend beaucoup plus d’antinucléaires que de scientifiques dans les médias : eux, au moins, produisent de l’info bien terrifiante dont on peut faire des articles qui se vendront.

[1] Le becquerel (Bq) est le nombre de radiations nucléaires émises par seconde. C’est une unité très petite car il y a beaucoup d’atomes : dans une seule goutte d’eau, il y a autant d’atomes que de gouttes d’eau dans la méditerranée toute entière. Par exemple : Un gramme de radium produit 16 milliards de radiations chaque seconde (16 milliards de Bq). A ce rythme-là, on pourrait penser qu’il va rapidement ne pas en rester grand-chose. Or, 1 600 ans plus tard (sa période radioactive), il en reste encore… la moitié ! Le corps humain est le siège d’environ 8 000 désintégrations par seconde, soit 8 000 becquerels, dues aux isotopes radioactifs du potassium (K40) et du carbone (C14) qu’il contient naturellement. De même, un kilo de bananes produit 130 becquerels, dus au potassium radioactif (K40) qu’il contient naturellement.

  1. Martin
    Martin1 février 2016

    tout à fait d’accord

  2. robur
    robur10 février 2016

    Pour moi, le plus gravement polluant dans tous cela pour l’écosystème marin, et dont on a pas entendu parlé, c’est tous les déchets plastiques, les produits chimiques très divers et variés en grande quantité, les hydrocarbures, les peintures, les produits de traitement divers, les stocks de pesticides, les médicaments, les décharges, les PCB des appareils, les produits industriels, etc etc etc, qui ont été rejetés en mer avec le reflux du tsunami, cela a dû provoqué une pollution monstrueuse et assez durable, comparable à une marré noire mais aux effets bien plus divers et dispersés, plus durable, et pour beaucoup mal connus. Il faut aussi ajouter la polution des terres agricoles des plaines maritimes par tout ces polluants joyeusement étalées par ce tsunami, concentrés à certains endroits (et donc dans les aliments qui y sont produit). C’est plus de cela dont j’aurais crainte si je mangeais des produit locaux. Il vaux voir les vidéos de villes entières avec leurs zones industrielles littéralement engloutis et emportées en mer par les flots pour en prendre conscience.
    La petite dose de radioactivité de Fukushima c’est vraiment un petit pipi de chat dans la mer en comparaison.

  3. Stytch
    Stytch16 mai 2016

    La problématique que vous abordez est passionnante car elle montre de façon exemplaire comment les intérêts financiers peuvent passer devant l’intérêt général et la vie de milliers voire de millions de personnes.

    Les dégâts liés au tremblement de terre majeur de 2011 étaient parfaitement prévisibles et sont pour l’essentiel le résultat de l’irresponsabilité des dirigeants nippons. En effet pour des raisons purement économiques, ils ont ignoré les avertissements des anciens pêcheurs qui avait posés aux siècles précédents des stèles d’alerte pour indiquer à leur descendants les altitudes en dessous desquelles il devenait hasardeux de construire compte tenus des tsunamis majeurs qu’ils avaient déjà essuyés. Les dirigeants japonnais ont réussi à endormir la population en leur promettant des digues de protection infranchissables mais en réalité sous dimensionnées pour en limiter le coût. L’urbanisation de zones inondables s’est développé car il est plus facile et donc moins cher de construire sur terrain plats en bord de mer qu’en hauteur sur des collines hors d’atteinte des déferlantes. Combien de vies épargnées si ces alertes avaient été prises en compte ?

    La centrale de Fukushima n’a pas échappé à cette logique criminelle puisque l’exploitant TEPCO a systématiquement ignoré les appels à rehausser la digue jugée trop basse par de nombreux experts à qui l’histoire a donné raison.

    Vous minimisez la gravité d’un événement qui a déjà coûté à ce jour plus de 13 000 milliards de yens (100 milliards d’euros) à l’état japonais sans compter le démantèlement qui à ce jour n’est toujours pas chiffré. Il faudrait pour cela retrouver les coriums qui n’ont toujours pas été localisés.

    Vous évoquez les chiffres de l’OMS mais les accords croisés entre l’OMS et AIEA laissent planer un sérieux doute sur l’impartialité de ses rapports. On se souvient que pour Tchernobyl, l’OMS avait annoncé le chiffre ridicule de 47 morts par irradiation aiguë et 4000 morts à venir par cancer induits. Dans un rapport de l’ONU publié en 2000, Kofi Annan évoque plus de 7 millions de personnes affectées dont 3 millions d’enfants nécessitant des soins et dont l’espérance de vie sera réduite.

    Vous opposez les médias en mal de sensationnalisme et à la solde des ONG aux scientifiques raisonnables et cartésiens. Je me souviens d’un certains professeur Pellerin qui affirmait sans rire dans les médias que le nuage radioactif ne franchirait pas la frontière. On connait la suite.

    La réalité est que le nucléaire, en plus d’être dangereux, est un véritable boulet pour l’économie française. S’obstiner dans cette énergie du siècle dernier bloque toute initiative en faveur de la transition énergétique et fait prendre à la France un retard qu’elle paie déjà chèrement. Le contribuable est lourdement sollicité pour venir en aide à AREVA en quasi faillite pour cause d’investissements farfelus. Quand à EDF, cette énergie qui a fait sa gloire est sur le point de provoquer sa chute car le coût réel du nucléaire, systématiquement sous évalué par le passé, rend le kWh nucléaire bien moins compétitif que les EnR. La seule issue pour l’électricien est une fuite en avant en rafistolant des centrales vieillissantes pour tenter de prolonger leur durée de vie, un acharnement énergétique sans issue qui sera lourd de conséquence. Et tout cela avec l’accord de nos dirigeants, irresponsables, comme ceux qui ont mené le Japon à la catastrophe. On ne pourra pas encore invoquer la fatalité.

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