Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

La Chauve-souris de Strauss à l’Opéra d’Avignon

Chauve Souris Avignon

La Chauve-souris de Strauss à l’Opéra d’Avignon

Télécharger en PDF et imprimer

Hervé Casini ♦ Un magnifique divertissement coloré et festif

Les amateurs d’opérette viennoise le savent bien : il y a, au moins, deux façons d’aborder ce chef d’œuvre du genre qu’est Die Fledermaus, ou plutôt La Chauve-souris : y voir, entre valse et champagne, l’un des plus parfaits exemples de comédie en musique reflétant  brillamment, et de façon grinçante, une société viennoise malade mais se moquant d’elle-même ; ou, sans nier pour autant que cet aspect est bel et bien présent, y compris dans la version française de l’ouvrage, y voir avant tout « un magnifique divertissement musical et théâtral, coloré et festif » (1), fonctionnant parfaitement par la richesse du contenu de nombre de  ses situations. C’est  assez logiquement, surtout pour un public français, sous ce deuxième angle que s’inscrit la production proposée par l’Opéra Grand Avignon en ces fêtes de fin d’année.

Une farce virevoltante qui ne connaît pas de temps morts

Dans une efficace scénographie, situant parfaitement l’action dans sa version parisienne, grâce en particulier à un panneau de fond de scène reproduisant, lors du bal chez le prince Orlofsky, le tableau de Manet Le Déjeuner sur l’herbe, et jouant sur le « mauvais goût » d’une bourgeoisie frelatée (les trophées aux murs de l’hôtel particulier de Gaillardin ne sont rien moins que des têtes de sanglier, biches et autres cerfs !), la mise en scène et l’authentique direction d’acteurs de Jacques Duparc ne connait pas de temps mort et permet à chacun des interprètes de cette farce virevoltante de se démarquer tout en restant partie prenante d’un ensemble. C’est tout particulièrement indispensable ici où chaque rôle a son importance et n’est en rien secondaire au discours musical du compositeur. Dans une période où il convient malheureusement de noter la pauvreté voire la laideur des costumes de théâtre, y compris dans des productions coûteuses, le travail réalisé par l’association Art Musical mérite vraiment d’être salué : la fête masquée du deuxième acte, qui mêle avec bonheur diverses époques et nations, avec la multiplicité et l’originalité de ses couleurs -parfaitement mises en valeur par les lumières de Marc Delamézière – constitue en cela le climax de cette  belle production.

Le chef Jérôme Pillement et le ténor Florian Laconi rois de la fête

La Chauve-Souris, et là encore c’est sans doute un poncif, est une opérette de chef. Jérôme Pillement, qui a étudié rien moins qu’avec Pierre Dervaux et Leonard Bernstein, en connaît toutes les saveurs et toutes les splendeurs et sait les distiller à la tête d’une phalange attentive qui a bien perçu les intentions du maestro mêlant le tourbillon des valses, galops et polkas à la beauté souvent nostalgique d’airs, duos et ensembles de facture totalement lyrique.

On devrait citer la totalité des interprètes de cette édition tant ils restituent, le plus souvent de façon très convaincante, la psychologie vocale et scénique de leurs personnages. Limitons-nous donc à écrire un  grand bravo à Gabrielle Philiponet, Caroline sonore et de belle envergure, à Laure Barras-une découverte en ce qui me concerne- à la colorature brillante en Arlette, à Florian Laconi, qui crève la scène avec son Gaillardin truculent de verve et de goujaterie – et dont on aura pu, pour l’occasion, découvrir les talents d’imitateur du Général ! – sans oublier, bien sûr, l’Orlofsky androgyne et aux sonorités moirées de Valentine Lemercier qui, parée au deuxième acte d’une magnifique cape ambrée, promène sur scène son ennui blasé et délicieusement décadent.

(1) Propos extraits de la note d’intention de Jacques Duparc, metteur en scène, dans le programme de salle.

Illustration : Yann Toussaint, dans le rôle de Duparquet (Falke) dans la Chauve-Souris de Johann Strauss, à l’Opéra du Grand Avignon, 2015. Copyright Cédric Delestrade Studio ACM.

 

 

 

 

Répondre