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Pablo Iglesias, leader de Podemos : « Une nouvelle Espagne est née »

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Pablo Iglesias, leader de Podemos : « Une nouvelle Espagne est née »

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Jesús Sebastián Lorente*, journaliste, essayste, rédacteur en chef de la revue hispanique Elementos ♦

Aux élections régionales espagnoles, le parti espagnol  Podemos a obtenu 20,63% des votes, moins de deux points au-dessous du Parti Socialiste, fier de ses 22,05%.

Visages souriants et bras levés en signe de victoire, comme si le parti avait d’ailleurs déjà gagné les élections, tout les membres du bureau politique de Podemos se présentèrent devant la presse le soir des élections pour revendiquer, selon les propres mots de son chef, Pablo Iglesias, la naissance d’une nouvelle Espagne, « une nouvelle Espagne qui met fin au système politique du moment et inaugure ainsi une nouvelle ère politique ». Ce sont 69 députés « violets » (la couleur de Podemos) qui se sont en effet assis en ce mois de janvier 2016 dans les fauteuils confortables du Parlement espagnol pour « défendre la justice sociale et lutter contre la corruption », selon les propres mots d’Iglesias. Juan Carlos Monedero, qui avait du démissionner en avril 2015 du Parti après l’ “affaire Monedero” où pilier de l’aile gauche du Parti, Juan Carlos Monedero, au nom emblématique (!) avait nié tout financement illégal de Podemos en s’expliquant maladroitement sur ses revenus et notamment sur des versements du Venezuela, d’Equateur, de Bolivie et du Nicaragua. Fin décembre, Juan Carlos Monedero réapparaissait sur l’estrade de la victoire à côté de ses principaux compagnons de route.

Podemos a obtenu 20,63% des votes, moins de deux points donc au-dessous du Parti Socialiste, fier pourtant de ses 22,05%. Cependant, la différence en sièges fut notable, 69 sièges pour Podemos face aux 90 sièges du Parti Socialiste Espagnol (PSOE) conduit par Pedro Sánchez. Pour le moment, il est encore trop tôt pour parler de pactes ou d’accords de gouvernement à gauche pour les membres du parti Podemos et donc la première chose que les dirigeants du Parti firent, c’est répandre partout l’image de la victoire tout en maintenant le profil bas en vue des futures négociations. Iglesias a pourtant défini les lignes non négociables de la discussion: le « blindage constitutionnel », la garantie des droits sociaux – logement digne, santé et éducation publique–, la réforme de la loi électorale, une réforme de la Constitution qui inclurait la possibilité de déposer une motion de censure citoyenne au gouvernement à partir de la moitié de la législature, et l’organisation d’un référendum d’autodétermination pour la Catalogne.

En fait, avec près de cinq millions d’électeurs, Podemos paraît actuellement plus préoccupé de se positionner au Parlement espagnol et  devant l’opinion publique comme la meilleure force d’opposition en vue des échéances électorales à venir plutôt que d’envisager un accord stable de gouvernement avec le Parti Socialiste. En tout cas, Iglesias a commencé petit à petit par se détacher en douceur de l’appui quelque peu gênant qu’il avait obtenu des partis indépendantistes catalan et basques (Cataluña et Euskadi) en défendant la nécessité d’ « un nouvel accord territorial » qui respecte « la plurinationalité constitutive de notre pays ». Il s’est présenté de plus comme « l’unique force de gouvernement » capable d’émettre un pas en avant dans ce sens en proposant une vraie réforme territoriale pour l’Espagne. Habilement, il a aussi félicité Alberto Garzón, le leader de la Gauche Unie, de son « magnifique résultat » et de tous ses efforts pour qu’ « une force politique traditionnelle continue d’exister ».

Les visages des poids lourds de Podemos reflètent indéniablement ces dernières semaines une certaine fatigue. Ce fut une dure campagne, de longs mois de tension, une forte pression médiatique et de nombreuses difficultés au moment d’armer le Parti afin qu’il puisse arriver au but qu’il s’était assigné : une victoire aux élections générales. Podemos s’était fixé comme objectif de gagner les élections. Il ne gagna pas mais oui, il se positionna bien en force au Congrès.

Quelques jours après le résultat des élections, le numéro deux de Podemos, Iñigo Errejón retraça devant la presse le parcours de la formation, en réservant une place toute particulière au Mouvement des Indignés, le mouvement du 15 Mai 2011. Puis, il ajouta : « Nous sommes prudents mais optimistes”, à la chaleur des sondages. Il insista pour dire que l’Espagne avait changé: “Nous ouvrons une nouvelle ère de l’histoire politique de notre pays”. Errejón préfèrerait attendre pour « voir comment les équilibres vont se faire » entre les diverses forces politiques du Parlement et il insista sur cette nécessité d’être prudent, malgré le fait, avouait-il qu’il était parfois secoué et interrompu par ses camarades au cri de « Oui, on peut», « Si Podemos ». Finalement, au vue des résultats définitifs, les responsables de Podemos ont paru influer par le symbole de leur campagne: le sourire. Une vraie sensation de victoire.

Le panorama électoral qui s’est donc ouvert en Espagne reste ouvert de tous côtés et cela, les gens de Podemos le savent bien. Ils savent que Podemos peut en bénéficier à très court terme.

*Jesús Sebastián Lorente est responsable chez Fides d’une nouvelle collection, « La Bibliothèque de Métapolitique » dans laquelle a publié un livre d’hommage à Alain de Benoist, Éloge de la Dissidence où l’on retrouvera, au sommaire, des plumes connues comme celles de Jeronimo Molina ou de notre collaborateur Michel Lhomme.

Article traduit par notre collaborateur Michel Lhomme, philosophe, enseignant, correspondant de Nouvelle-Ecole en Polynésie française.
Illustration : manifestation de Podémos à Madrid. En Espagne comme en Grèce, le peuple contre les élites et l’Union Européenne.

 

  1. Tonton Cristobal
    Tonton Cristobal6 février 2016

    avec 20,63% de suffrages, Podemos engrange 69 élus ! le Front National qui fait tellement mieux même et surtout aux élections régionales, se fait gruger sa représentation! aux voleurs!

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