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La Manif pour Tous, toujours présente mais affaiblie

Family Day Rome

La Manif pour Tous, toujours présente mais affaiblie

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Michel Lhomme, philosophe, journaliste ♦

Ce week-end, des manifestants se sont réunis en nombre à Rome pour exprimer leur mécontentement et leur inquiétude sur un projet de loi portant sur l’union civile des personnes de même sexe.

La proposition de loi est en ce moment discutée au parlement italien et elle a fait descendre, selon les organisateurs du « Family Day », équivalent de la « Manif pour tous » en France, plusieurs dizaines de milliers de personnes dans les rues.  Cela fait plusieurs années qu’un texte de loi, la loi « Cirinna » du nom de la Sénatrice à l’origine du projet, est en discussion. La loi porte sur l’union de personnes de même sexe, la possibilité de bénéficier d’une pension de réversion et sur la possibilité d’adopter les enfants naturels de son conjoint. L’Italie est le dernier pays d’Europe occidentale à ne reconnaître aucun statut pour les couples homosexuels. Le président Matteo Renzi avait pourtant assuré que la loi serait adoptée par le parlement avant la fin de l’année 2015.

Le texte, présenté la semaine dernière au Parlement, devrait faire l’objet d’un vote en février, mais le gouvernement est lui-même profondément divisé sur cette question. Les adversaires italiens du « mariage pour tous » espèrent donc le faire reculer.

« Nous exigeons que la loi soit retirée, ni plus ni moins », a déclaré l’un des organisateurs, Simone Pillon, particulièrement hostile à une clause permettant l’adoption par un homosexuel de l’enfant biologique de son partenaire. « Nous ne pouvons pas accepter que des enfants paient le prix du caprice des adultes. Les enfants ont besoin d’un père et d’une mère », a-t-il ajouté, reprenant les thèmes chers à Ludovine de la Rochère.

Le président du Conseil Matteo Renzi s’est heurté à une résistance bien plus forte au sein de sa coalition gouvernementale que pour les autres réformes entreprises. Plusieurs responsables gouvernementaux, dont le ministre de l’Intérieur Angelino Alfano, membre du Nouveau Centre droit, partenaire minoritaire de la coalition, ont d’ailleurs participé samedi à la manifestation des opposants au projet. Selon les derniers sondages, 70 % des Italiens pensent que les couples de même sexe doivent bénéficier d’une protection légale, notamment en matière d’héritage. Mais ils ne sont que 24 % à se prononcer en faveur de l’adoption par les couples homosexuels.

Les opposants au texte se défendent de toute homophobie. « La manifestation n’est dirigée contre personne, il y a, il y aura aussi la présence de nombreux couples homosexuels », a ainsi assuré vendredi devant des journalistes le président de Generazione Famiglia (« Génération Famille »), Jacopo Coghe, un des coorganisateurs de ce rassemblement.

L’Église catholique, omniprésente en Italie, a pris plusieurs fois position ces dernières semaines pour rappeler le caractère central de la famille, comprise comme l’union entre un homme et une femme, mais sans appeler directement à manifester samedi. Le vote final sur la proposition de loi Cirinna est attendu mi-février. Mais il doit ensuite recevoir l’aval de la Chambre des députés dans les mêmes termes, toute modification du texte entraînant alors son retour devant les sénateurs.

Ce qui se passe en Italie nous rappelle la génération de la Manif pour Tous en France et ce que Gael Brustier a appelé Le Mai 68 conservateur (Editions du Cerf, 2014). Indéniablement, en Italie comme en France, le sursaut sur les valeurs traditionnelles marque l’effondrement d’une certaine pensée progressiste, la pensée fausse du genre mais certains à droite n’ont toujours pas compris le virage moral  des années 2010. C’est le cas sans doute de Nicolas Sarkozy qui, dans son nouveau livre, renie sans complexe ce qui fut pourtant son engagement de revenir sur le mariage gay. Si l’ex-président de la République s’est livré dans La France pour la vie à un véritable mea culpa en revenant sur ses erreurs : du dîner au Fouquet’s, le soir de son élection, au “casse-toi pauv’ con” lancé à un visiteur du Salon de l’agriculture en passant par son séjour sur le yacht de Bolloré, il continue dans la mauvaise foi en affirmant qu’il ne reviendra pas sur le mariage homosexuel.

Sur le plan politique, Nicolas Sarkozy s’engage donc à ne pas revenir sur le mariage pour tous et c’est une petite phrase qui n’a pas du tout fait plaisir à Hervé Mariton, l’une des figures de proue de la Manif pour tous et incarnation de la branche conservatrice des Républicains : « Ce qui me choque, ce sont les revirements, par exemple, sur cette question du mariage pour tous. Nicolas Sarkozy, il y a à peine un an, s’est engagé à l’abrogation de la loi. Il nous dit aujourd’hui qu’il a dit le contraire de ce qu’il pensait. Ce qui n’est pas acceptable en politique, ce sont de tels tête-à-queue. Ce que j’appelle un parjure, véritablement », a-t-il déclaré sur i>Télé.

Une fois de plus le navire Sarkozy pour les primaires de droite prend l’eau. Contrairement à ce qu’il avait dit lors du meeting de Sens Commun Nicolas Sarkozy n’abrogera donc pas la loi Taubira : « Je suis allé à la réunion de l’association Sens commun en novembre 2014, au moment où les débats étaient encore vifs. La dureté des échanges m’a stupéfié. J’ai mesuré à ce moment là combien François Hollande avait divisé les Français. Je suis conscient que mon propos n’a pas été compris, sans doute parce qu’il était ambigu. A la réflexion, je crains que, compte tenu de l’état de tension et de division de la société française auquel a abouti la méthode de François Hollande, le remède soit pire que le mal. Je ne souhaite donc pas qu’on légifère à nouveau, parce que la priorité doit être de rassembler les Français. C’est un point sur lequel, je l’assume, j’ai évolué. »

Nicolas Sarkozy se réfugie une fois de plus clairement dans le politiquement correct et ne semble avoir pour seule ambition que de complaire à la Gauche et d’éviter la moindre vague sociétale. Or, est-ce un Président veule, instable dont la France a aujourd’hui besoin ? Sens commun, le mouvement issu de La Manif pour tous, qui avait placé une trentaine de ses militants sur les listes Les Républicains  aux dernières régionales, a de son côté qualifié de « déplorable » ce « virage à 180 degrés ».

Ceci étant, selon une étude publiée en janvier par le Cevipof, le pourcentage de Français souhaitant supprimer cette loi a fortement baissé, passant de 37% en décembre 2013 à 28% en décembre 2015.  L’Insee estime que 8.000 mariages homosexuels ont été célébrés en 2015, environ 2.500 de moins (24%) qu’en 2014. Ces chiffres portent à quelque 26.000 le nombre de mariages homosexuels depuis la promulgation en mai 2013 de la loi ayant ouvert le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. La société française n’a pas été renversée. Certes, l’effet Manif pour Tous a sans doute influé le vote des Jeunes aux dernières régionales et ce vote a démontré que les jeunes générations de Français accordaient une large victoire aux candidats qui affirment clairement leurs convictions, notamment sur la famille (Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau). Il est donc possible de gagner avec ses convictions.

Prévue le 27 janvier, une rencontre entre le chef des Républicains et la présidente de la Manif pour tous n’a d’ailleurs pas eu lieu, du fait du désistement de Nicolas Sarkozy. « Il semble que ce soit plutôt reporté », avait cependant atténué Ludovine de la Rochère à BFMTV.com. En tout cas la semaine dernière, la Manif pour Tous avait fêté la démission de la Garde des Sceaux.

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