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La problématique de défense en 2016

Defense De La France

La problématique de défense en 2016

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Yves-Marie Laulan*,  essayiste , économiste, démographe et géopoliticien, ancien président du Comité économique de l’OTAN et  directeur des Affaires économiques de cette organisation de 1961 à 1965 ♦

Après les graves attentats qui ont frappé la France en 2015, il importe de se poser la question de savoir si la sécurité des Français est assurée dans des conditions satisfaisantes.

Ce qui revient, en premier lieu, à s’interroger, après des années de long déclin (en fait depuis le départ du général de Gaulle des «affaires » en 1969) , sur l’effort de défense de notre pays. Le budget de la défense est-il adéquat ou insuffisant ?

Par ailleurs, comme certains milieux le soutiennent, l’OTAN est-il devenu inutile, et même encombrant, dans la mesure où il incite la France à ne pas faire suffisamment d’efforts pour sa défense et que la Guerre Froide est terminée depuis longtemps ?

Par ailleurs et enfin, après des derniers attentats de novembre 2015, est-il normal de stationner en permanence des soldats français dans nos rues comme en temps de guerre ?

L’effort de défense

En 2015, l’effort de défense de la France, plafonne , depuis des années , à 2,2 % du PIB (produit intérieur brut). Est-ce suffisant ? Cela dépend par rapport à :

1° Selon les milieux militaires, les dépenses de défense de notre pays sont tout à fait insuffisantes et ne permettent pas à notre armée convenablement les missions qui lui sont confiées. Pourquoi ?

2° Certes, par rapport aux autres pays européens, le budget militaire français est en bonne position à 2,2 % du PIB (définition OTAN qui inclut les retraites des militaires) contre 2 % pour l’Allemagne,  2,0 %1969 pour la Grande Bretagne (mais 3,5% pour les USA et 4,5 % pour la Russie). Mais il faut savoir que l’Europe, en déclin, ne dispose plus d’une défense digne de ce nom. L’esprit de défense s’est effondré.

3° Par rapport aux missions militaires que notre pays s’est assignées, ce budget est insuffisant du fait de la vocation française de maintien de l’ordre en Afrique (les OPEX, les opérations extérieures) et du coût spécifique de notre armement nucléaire. Il faut maintenant, au surplus, tenir compte que les attentats dont la France a été victime en 2015 justifient un effort particulier,

  • pour parer aux nouvelles menaces apparues à l’extérieur au Moyen Orient et en Afrique, en Syrie, aujourd’hui au Mali, demain probablement en Libye et sans doute un jour ailleurs …
  • sur le territoire national avec l’opération Sentinelle.

Au total, porter progressivement le budget de la défense à 2,5 % du PIB, soit environ 7 milliards de plus, serait souhaitable et économiquement parfaitement supportable. Il s’établit aujourd’hui à 31 milliards. (Sous de Gaulle la France consacrait 3,5 % du PIB à la défense).

Les rapports avec l’OTAN

On se souviendra que le général de Gaulle, dans un sursaut nationaliste spectaculaire, avait décidé en 1966 de faire « sortir » la France de l’Organisation de l’Atlantique Nord dont elle était devenue membre en 1947, au lendemain de la guerre. Dans l’esprit du général, cette sortie de l’OTAN devait restituer à la France la liberté de manœuvre dont elle était privée du fait de cette adhésion.

En réalité, et sans que le grand public s’en rende clairement compte, la France n’a jamais cessé d’appartenir à l’Alliance Atlantique, l’organisation politique et diplomatique de l’OTAN, dont le siège est à Bruxelles. Par contre, elle a effectivement quitté le Shape, le commandement militaire intégré, qui a pour tâche la coordination des Plans de défense, dont le siège est Mons (Belgique) (ce qui a privé un certain nombre d’officiers français de la faculté d’apprendre l’anglais commodément).

De fait, le départ de l’OTAN n’a eu que des répercussions mineures . Cela a permis l’installation de l’université de Dauphine dans les magnifiques bâtiments libérés dans l’Ouest de Paris et de loger, à peu de frais, la population locale dans les locaux construits dans les Landes pour loger les soldats américains. Pour le reste, il faut bien convenir que la France et l’Alliance n’ont guère souffert de cette séparation largement symbolique sur le plan de la sécurité commune. Je me souviens qu’en séjour à Monterey, la base école de la marine américaine, le commandant de la base me disait plaisamment que chaque fois que son escadre faisait des manœuvres en haute mer, comme par un fait exprès ,des bâtiments français en faisaient autant , juste à côté.

Au demeurant, quand le président Nicolas Sarkozy a décidé, en 2007, de réintégrer les structures de l’OTAN , cela, à nouveau, n’a pas changé grand -chose.

Ce que les politiques fraîchement élus, ou ceux qui aspirent à le devenir, n’ont pas l’air de comprendre est que la France et les Etats-Unis sont des alliés de fait, qu’ils le veuillent ou non, en raison de la « nature des choses », comme aurait dit le Général de Gaulle en son temps, c’est à dire la situation géo politique de nos deux pays. On ne voit guère la France conclure une alliance militaire avec la Chine, l’Inde ou le Brésil , avec la Russie encore moins. Maintenir de bonnes relations avec ces pays est largement suffisant et  répond largement à nos besoins de sécurité.

Mais il y a plus. Nos interventions à l’étranger sont largement soutenues, et même indirectement financées par les USA. En cas de nouveau départ de l’OTAN, la France risquerait fort de compromettre ce soutien pourtant indispensable.

A titre d’exemple, l’intervention française en Libye n’a été rendue possible que parce que les USA ont consenti à neutraliser les défenses anti aériennes de Kadhafi, lesquelles auraient sans aucun doute infligés des pertes plus ou moins lourdes à nos forces. Imaginons l’effet sur l’opinion publique de la destruction de plusieurs de nos avions.

Autre exemple, tout récent. Le 27 novembre 2015 la Russie a vu son chasseur bombardier SU-24 volant à 6 000m d’altitude « mis au tapis » par la défense aérienne turque, avec un effet désastreux pour le prestige russe. Cela en dit long sur les capacités de défense anti aériennes modernes. Si nous voulons intervenir à nouveau en Libye, ou en Syrie, il faudra au préalable s’assurer de la sécurité du ciel. Les Américains sont en mesure de nous aider à le faire. Le meilleur moyen de s’assurer leur concours n’est certainement pas de quitter l’OTAN.

Cela dit, le maintien dans l’OTAN n’exclut nullement, bien au contraire, le rapprochement avec la Russie de Wladimir Poutine, pays traditionnellement ami, qui a bien des intérêts communs avec la France. A cet égard, les sanctions contre la Russie sont une sottise inutile. Il faudrait y mettre un terme, d’autant plus que la situation dans le Donbass semble s’être sérieusement apaisée et aussi que la Russie traverse une période particulièrement difficile avec l’effondrement du prix du pétrole. Ce n’est guère le moment d’en « rajouter ».

Notre départ de l’OTAN provoquerait-il un sursaut de l’esprit de défense qui amènerait le gouvernement de consacrer plus de ressources à nos soldats. C’est malheureusement fort peu probable. Le problème est ailleurs. Il tient pour l’essentiel à la concurrence pressante et croissante des crédits sociaux.

L’Etat Providence s’est développé de façon prodigieuse au cours des 30/40 dernières années. Il y a conflit perpétuel entre la défense et le social. C’est évidemment le dernier qui l’emporte à l’arbitrage. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’armée fait peut-être gagner des batailles mais le social fait gagner les élections. C’est une pure question de volonté politique.

Le budget social en France est devenu « obèse ».Comme dans tous les pays développés à population vieillissante, les dépenses de santé, les retraites et pensions,  les dépenses de confort à la charge de l’Etat-Providence se développent inexorablement d’année en année et dévorent les ressources qui devraient alimenter les dépenses à caractère régalien , éducation, défense, sécurité, recherche, infrastructure etc. malheureusement fort prévisible et d’une réaction qu’il faut bien qualifier d’inepte.

L’armée dans les rues de Paris, c’est une mesure inédite, en France comme en Europe (sauf pendant la Commune de Paris en 1870 ou en Irlande du Nord dans les années 70 ou en Espagne sous Franco). En fait, il s’agit d’une situation parfaitement anormale qui traduit simplement l’incurie des pouvoirs publics face à un évènement.

Car :

a) Croit-on sérieusement que la présence de deux ou trois soldats frigorifiés faisant le pas de grue devant la synagogue ou l’école juive du coin pourrait en quoi que ce soit dissuader des terroristes bien armés et déterminés.

b) Bien plus, cette disposition est parfaitement discriminatoire au point d’en être choquante. Car enfin, les attentats de janvier 2015 visaient non des Juifs mais des journalistes jugés blasphémateurs ; ceux du Bataclan le 13 novembre visaient non des Israélites mais de bons petits Français amateurs de rock. Dès lors il conviendrait en bonne logique de poster des soldats devant tous les domiciles des particuliers, tous les établissements de spectacle, toutes les églises et monuments publics etc… Toutes nos forces armées ne suffiraient pas à la tache.

En bref, l’armée n’a pas à se substituer à la police et à la gendarmerie. Ce n’est ni son métier ni sa mission. Il s’agit d’une mesure démagogique visant à « rassurer le bourgeois » dans l’attente d’un traitement de fond destiné à rétablir la sécurité des Français, lequel se fait toujours attendre. L’armée n’a rien à gagner du prolongement de cette disposition improvisée dans l’urgence. Les militaires appellent ce genre de mesures d’un terme délicieux : de la « gesticulation ».

*Yves-Marie Laulan a occupé les fonctions de président du Comité économique de l’OTAN et de directeur des Affaires économiques de cette organisation de 1961 à 1965. Il est actuellement Président de l’Institut de Géopolitique des Populations.
Illustration : Jean-Yves Le Drian en visite à Bangui le 7 juillet 2014
  1. Robert41
    Robert413 février 2016

    Toujours cet engouement de nos élites ou anciennes élites pour la forteresse américaine ! Décidément nous serons toujours les larbins de ce ramassis de colons yankees. Un monde ayant soif de guerres et de monopoles tout azimut. L’auteur de ce billet traite des conséquences d’un retrait de l’OTAN et d’un proche avenir en défaillance, mais il ne parle pas des causes qui ont produit cet enchaînement belliciste de la France vis à vis d’États dont leur seul tort c’est de ne pas se soumettre à l’empire occidental (Un viatique pratiquement gaullien, ne pas se soumettre au plus gros). Pour preuves, de riches états alliés, n’affichent pas une sociabilité démocratique exemplaire et encore moins d’un réflexe salutaire des droits de l’homme, n’empêche que ces États ne sont pas déclarés comme indésirables. Tout cela c’est de la magie, il y a ce qui est permis pour certains et pour d’autres d’interdits. Nous sommes dans une communication grotesque, un conte pour enfants obéissants avant que le marchand de sable passe pour les endormir … Le monde arabe a le droit d’être différent de la prédation moderniste occidentale d’ailleurs commercialement cela ne pose aucun problème, c’est surtout la politique déclarée d’ingérence, pour instruire une géo-stratégie particulière, qui sape une réalité politique dominante et un mode de vie. Depuis notre engagement dans l’OTAN, la politique française n’a eu de cesse que de se « larbiniser » au donneur d’ordres américain. – L’Afghanistan qui est un échec, la Libye un autre échec cuisant avec ses conséquences migratoires folles, un chantier non réglé puisqu’il faudra y retourner pour assainir la prolifération de virus mutants; le Mali qui a été une conséquence par ricochets de l’intervention en Libye, qui se trouve temporairement assagi mais non réglé politiquement avec la partie septentrionale de cet État. La politique du gouvernement s’est disqualifiée d’un manu militari subalterne alors que la priorité c’était le marché du travail et une Justice plus ferme dans ses attendus.

  2. François
    François9 février 2016

    Le terrorisme Islamiste nous fait il parait la guerre !nous sommes en guerre et le ministre de la Défense en France se fait élire président de région ;on nos prend pour des billes!

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