Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Être ou ne pas être français ? Ce que nous dit la Corse

Bataille De Pontenovu

Être ou ne pas être français ? Ce que nous dit la Corse

Télécharger en PDF et imprimer

Paul-François Paoli, chroniqueur littéraire au Figaro, essayiste ♦

La victoire des nationalistes en Corse aux élections régionales est passée relativement inaperçue. A l’heure de la mondialisation et du repli nationaliste, Paul-François Paoli s’interroge sur ce que c’est qu’être français.

La victoire des nationalistes en Corse est passée relativement inaperçue dans le grand tohu-bohu que nous venons de vivre. «Les grands événements s’annoncent sur des pas de colombe», écrivait Nietzsche. Or la victoire de gens qui proclament l’existence d’un peuple corse distinct du peuple français constitue un événement qu’on ne saurait négliger.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit avec le succès historique de la liste de M. Gilles Siméoni, allié au lugubre Jean-Guy Talamoni. Le vote corse ne concerne que quelques dizaines de milliers d’électeurs, mais il est emblématique d’un état d’esprit et on s’étonne que M. Valls, si prompt à sonner les trompettes des valeurs républicaines en danger sur le continent, ne se soit pas encore manifesté. Il est vrai qu’en Corse, comme sur le continent, le discours sur les valeurs républicaines tombe à plat face à la revendication identitaire. Sur le continent, c’est le FN qui assume cette revendication.

En Corse, ce sont les nationalistes, qui sont, comme le FN, allergiques à la mondialisation. Mais ils nous disent aussi autre chose. Ce que nous disent les Corses identitaires c’est qu’ils ne se sentent plus Français, mais exclusivement Corses. La Corse qui fut francophile jusqu’à De Gaulle, ne l’est plus. De nombreux insulaires ne se considèrent plus français qu’administrativement dans un pays où le seul drapeau qui vaille est celui de la tête de maure. A quoi bon maintenir la fiction de l’État nation dans une région qui se sent de moins en moins française? Nous devrions y réfléchir plutôt que de nous cacher derrière la ligne Maginot des valeurs de la république. Car le cas corse est l’expression d’une crise de l’Etat nation affaibli par l’Europe et la mondialisation. Franco-maghrébins qui hissent des drapeaux algériens ou marocains à la moindre occasion et nationalistes corses participent d’un phénomène à certains égards comparable. Ils témoignent, chacun à leur manière, d’une dissociation, devenue banale, entre nationalité administrative et sentiment d’appartenance communautaire. Quant au vote Front national, il exprime la montée d’un communautarisme franco-français qui répond aux communautarismes des minorités encouragé par la gauche depuis si longtemps. La gravité de cette situation nous oblige à aller au fond des choses.

Qu’est-ce au juste qu’être Français?

Tant que nous n’aurons pas répondu à cette question en délaissant nos ornières idéologiques, nous ne verrons pas d’issue à la crise identitaire qui travaille ce pays. Face à ce défi, la gauche nous ressasse son catéchisme obsolète.

Non, M. Cambadélis, être Français n’est pas adhérer à des valeurs, fussent-elle républicaines, c’est une appartenance qui ne relève pas de la politique. Quelles sont les valeurs des Italiens au juste? Et des Croates? Des Serbes et des Portugais? Il n’y a qu’en France, ou aux États-Unis, que l’on croit que les «valeurs» conditionnent l’existence d’un peuple alors que la langue, la culture ou la familiarité avec une région sont bien plus importantes. A cet égard, il est insupportable que nous ayons à subir, à tout propos, le chantage inculte de Manuel Valls et consort sur les «valeurs de la république». Qui sont ces gens pour nous dire ce que nous devons être? Ne savent-t-ils pas que la France a précédé la République et qu’on a été Français avant d’être républicain? Les plus grands écrivains français, depuis Balzac à Saint Exupéry en passant par Baudelaire et Giono n’étaient pas républicains et leur renommée est néanmoins universelle.

Être Français n’est, ni plus ni moins valeureux qu’être Italien ou Américain, il n’y a pas lieu d’en avoir honte, ni d’en tirer une fierté déplacée. Je suis français si mes parents le sont ou si je le suis devenu par la naturalisation ou le droit du sol, voilà pour la réalité effective, mais aussi si je me sens lié à ce pays et impliqué par lui, voilà pour la réalité affective. Ce lien peut être très incarné, l’amour des paysages de France ou plus cérébral, l’amour de la langue. Il peut être religieux ou historique. Mais ce qui compte avant tout est d’être concerné. Or certains sont moins concernés par la France que consternés par ce qu’elle représente à leurs yeux. Ils sont les citoyens d’un pays qu’ils n’aiment plus et que parfois ils abhorrent. Mais après tout, nul n’est obligé d’être français.

Pourquoi ces gens ne renoncent-ils pas à une nationalité qui n’a pas de sens à leurs yeux? Ce n’est pas que ces gens soient contre la solidarité nationale, au contraire, ils la réclament à cor et à cri, mais ce cri est utilitaire, voir alimentaire. Et puis il y a ces hexagonaux qui ne prisent plus un pays indigne d’eux. Eux sont universels ou citoyens du monde. La France est trop limitée pour ces esprits dont la pensée rayonne depuis New York à New Delhi. Mais pourquoi s’en soucient-ils autant alors? Pourquoi ne renoncent-t-ils pas à vouloir que la France, qui ne les mérite décidément pas, leur ressemble? Cette morgue étayée depuis tant d’années explique aussi le score massif du FN.

Face à cette situation dramatique les Français doivent renouer un lien affectif avec un pays, la France, qui n’est pas un territoire administratif ou une idéalité abstraite. C’est ce lien sensible qu’il faut assumer, sans chauvinisme ni haine de soi et qui n’implique nullement de tourner le dos à L’Europe ou au vaste monde. «Je ne serais pas plus homme pour être moins français» écrit Malraux. Non la France n’appartient pas à tout le monde, contrairement à ce que prétend Danielle Mitterrand, mais à ceux qui s’en sentent les responsables parce qu’ils en sont les héritiers.

* Paul-François Paoli a publié « Quand la gauche agonise » aux Éditions du Rocher le 25 janvier 2016 aux Éditions du Rocher.

Source : LeFigaro.fr

Illustration : photo Bataille de Ponte Novu, le 9 mai 1769, 600 Corses périrent dont 250 sur le pont.

 

  1. Bernard Plouvier
    Bernard Plouvier4 février 2016

    Excellent article, à la conclusion parfaite. Bravo et merci
    Se sentir bien dans sa patrie – c’est-à-dire la terre des ancêtres -, c’est à l’évidence respecter son histoire et refuser toute implantation de « valeurs » étrangères
    Ce peut également vouloir s’intégrer – le monde actuel l’exige – à une fédération de Nations de même origine ethnique, pour être moins vulnérables.

  2. Julien
    Julien5 février 2016

    Parfaitement justifié, bravo!

  3. Claude Berger
    Claude Berger5 février 2016

    C’est un ministre, de droite, qui a dit un jour : « La France n’est pas une race, ni une langue, ni une religion, ni un peuple mais un conglomérat. » Effectivement, c’est un territoire qui n’a plus d’homogénéité ethnique, mais composé de peuplades plus ou moins africanisées. Dernier vrai sursaut, 14-18. Alors, assez de franchouillardises !

  4. Robert41
    Robert415 février 2016

    Magnifique, vous dites tout-haut ce que mon cœur murmure. Cette lettre devrait être lue dans les collèges et lycées. Merci.

  5. ALBERTINI JACQUES
    ALBERTINI JACQUES14 mai 2016

    analyse parfaite et imparable qui nous ramène à la remise en question du droit du sol et à la différence entre être français et n’en avoir que la nationalité…

Répondre