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Miracle à l’islandaise: à Reykjavik, le taux de chômage est tombé à 1,9%

Islande A Vaincu La Crise

Miracle à l’islandaise: à Reykjavik, le taux de chômage est tombé à 1,9%

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Pierre Magnan, journaliste à Géopolis ♦

L’information n’a pas fait la Une : «L’Islande a retrouvé son niveau de chômage d’avant la crise.»

Un résultat impressionnant pour la petite île indépendante qui a connu l’une des pires crises économiques d’Europe. Depuis sa faillite retentissante en 2008, l’Islande et ses quelque 320.000 habitants ont réussi un retournement économique impressionnant. Avec quelles recettes?

Le chômage en Islande est désormais de 1,9%, selon les chiffres officiels, le taux le plus bas depuis 2007. En 2007, le taux de chômage était de 1,3%… Au plus fort de la crise, survenue en 2008, le chômage avait dépassé les 10% (avec des pointes à 12%).

Pourtant, la crise islandaise a été un vrai tsunami pour cette île. «Peu de pays, voire aucun, avaient vécu une débâcle économique aussi catastrophique», notait le FMI à son propos.

Ce petit miracle à l’islandaise s’explique. Selon le Premier ministre, «nous n’aurions pu sortir de la crise si nous avions été menbre de l’Union européenne», avait-il dit en novembre 2015. Sigmundur Davíð Gunnlaugsson avait même été plus loin en affirmant que ne pas être membre de la zone euro avait été une chance pour l’Islande: «Si toutes ces dettes avaient été en euros, et si nous avions été obligés de faire la même chose que l’Irlande ou la Grèce et de prendre la responsabilité des dettes des banques en faillite, cela aurait été catastrophique pour nous sur le plan économique.»

Pourtant l’Islande revient de loin. Le pays a connu une crise beaucoup plus violente que les autres pays européens du fait de la démesure de son système financier lors de l’éclatement de la crise des subprimes. Mais face à une telle situation, l’Islande a pris des mesures très différentes des autres pays européens, quitte à provoquer de vives tensions avec certains d’entre eux (leurs avoirs n’ayant pas été remboursés à la suite d’un référendum en Islande). «A la différence des autres pays heurtés par la crise, l’Islande a laissé ses banques faire faillite, ne préservant que les comptes des ménages résidents. Les étrangers qui avaient placé leur argent dans les banques du pays ont tout perdu lorsque ces banques ont fait faillite. Ailleurs, dans le reste de l’Europe, de nombreuses banques ont été nationalisées car il n’était pas concevable qu’elles puissent faire faillite», rappelait l’Express en 2015.

Le pays a mené une politique mêlant contrôle des capitaux (une idée mal vue en Europe), austérité budgétaire mais aussi hausse des impôts et surtout dévaluation importante de sa monnaie (60%) qui a entraîné une importante inflation, aujourd’hui maîtrisée… et une reprise de la croissance. Résultat, Reykjavik n’a pas sacrifié sa politique sociale et le FMI a été totalement remboursé de ses avances financières. Cette politique a fonctionné, moins d’entreprises ont fait faillite et il n’y a pas eu d’exode des jeunes comme au Portugal, Espagne ou Irlande.

De nombreux économistes font le parallèle avec le cas grec qui est toujours noyé dans sa dette et l’empilement des plans d’austérité. Mais les deux pays sont loin d’être semblables. La Grèce est enfermée dans les règles de la zone euro alors que l’Islande est libre de ses règles et de sa monnaie. Et a même décidé de ne plus demander son adhésion à l’Europe.

De plus, l’Islande a profité des capitaux qu’elle détenait du fait de l’énormité de son système bancaire, bloqués par le contrôle des changes. En conclusion de son rapport sur l’Islande, le FMI le reconnaît le côté peu orthodoxe de la reprise islandaise: «Cet ensemble éclectique de mesures a été efficace dans le cas de l’Islande, mais il n’est pas du tout certain que les enseignements à en tirer soient transposables ailleurs, y compris dans la zone euro en crise.»

En tout cas, l’Islande est devenue un exemple pour ceux qui critiquent l’intégration autour de l’euro. Avec raison ?

Source : Géopolis/francetvinfo.fr
Illustration : extrait de la couverture de l’ouvrage de Pascal Riché « Comment l’Islande a vaincu la crise » , Ed. Rue89 -Versilio
  1. Bernard Plouvier
    Bernard Plouvier11 février 2016

    Il est amusant, voire jubilatoire, pour un écrivassier d’histoire, de relever l’expression que l’auteur de cet excellent article met dans la bouche « d’experts du FMI » soit « le côté peu orthodoxe de la reprise islandaise » !!!
    Si ces clowns (pardon, ces très savants EXPERTS) avaient un minimum de connaissances historiques, ils iraient voir le modèle suivi consciemment ou non (en tous cas les Islandais ne l’avoueront jamais !)… 1933, du côté de chez Goethe, où, toutefois, on ne liquida pas les avoirs étrangers, qui furent simplement bloqués, tandis que leurs royalties devaient être consommées ou investies sur place. En outre, « là-bas », on se refusa à dévaluer, pour éviter l’inflation… car, n’en déplaise aux mânes de Keynes, une reprise est possible et le chômage est curable sans entraîner ipso facto de l’inflation.
    Et qu’on n’aille pas encore ressortir la fable du « chômage guéri par le réarmement massif ». Ce dernier n’a débuté que durant l’année budgétaire 1934-35, avec nette augmentation des crédits en 35-36… alors qu’à la fin de 1934, le chômage partiel (4 millions) avait disparu sauf pour les artistes et le chômage plein (7,6 millions et non les « 6 » de la narration universitaire… qui, décidément, aime beaucoup les « 6 millions » pour cette époque) avait déjà été réduit de moitié par une politique de grands travaux financée par des Traites de travail escomptées comme des effets de commerce.
    Bravo aux Islandais, qui montrent la voie à suivre.
    On peut regretter que l’article n’ait pas assez mentionné les efforts considérables (restrictions de dépenses personnelles superflues) des Islandais, en plus de la surcharge fiscale… mais ces Nordiques n’ont pas d’immigration-invasion massive, donc pas de dépenses publiques ruineuses autant que superflues.

    • Biet
      Biet24 février 2016

      Il est aussi difficile de comparer la Grèce et l’Islande actuelle que l’Islande actuelle et l’Allemagne pré seconde guerre mondiale. Les islandais n’ont confisqués aucun commentaire bien à leur concitoyens, ni aux juifs ni aux autres. Votre commentaire est d’une malhonnêteté intellectuelle incroyable. Mais ce n’est pas étonnant quand on conclu sur une supposée immigration invasion (rien qu’accoler ces 2 termes…), alors que les chiffres montrent que l’immigration rapporte plus qu’elle ne coûte, et que le nombre de personnes arrivant en France n’est qu’une goutte d’eau (« massive »? Vous participez aussi à ce discours nauséabond si courant aujourd’hui…)

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