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La nouvelle querelle byzantine : la prolongation du (non-)état d’urgence

Etat D Urgence

La nouvelle querelle byzantine : la prolongation du (non-)état d’urgence

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Dr Bernard Plouvier, auteur, essayiste ♦

Tous les historiens se moquent des Byzantins qui, au milieu du XVe siècle, se préoccupaient de querelles théologiques alors que Constantinople était assiégée.

En réalité, l’Empire romain d’Orient, abandonné des Européens, était réduit à sa seule capitale depuis des décennies et le peuple comme son Basileus savaient qu’ils n’avaient rien d’autre à espérer qu’une éventuelle clémence du sultan turc lorsque ses troupes auraient enfin pris d’assaut les murailles de l’énorme et très riche cité.  Dans ces conditions, disserter du sexe des anges ou de la dévolution au Père seul ou au couple Père-Fils de l’Esprit Saint et autres spéculations métaphysiques, cela faisait passer le temps et oublier l’imminence de la fin d’un monde.

De nos jours, alors que menacent une tornade financière (cf. les remarquables articles de notre collaborateur Auran Derien ), et une invasion islamique d’une violence extrême dont nous n’avons dégusté que les prémices, les adeptes du néo-byzantinisme dissertent sur les « importantes dérives de l’état d’urgence ». Cet état fut proclamé d’un ton solennel autant que grave, en novembre 2015, par notre bon Président, devenu subitement fort soucieux du bien-être des Français. Notre sémillant premier ministre a dit que l’état d’urgence perdurerait jusqu’à disparition de l’État Islamique… soit une promesse qui évoque l’expression enfantine « saint glin-glin ».

La « gauche de la gauche » (néologisme délicieux en une époque où tous les politiciens sont littéralement vautrés devant le veau d’or, à l’exception de rares populistes d’Europe danubienne, centrale et de l’Est) et diverses ligues (il existe, le bon peuple devrait le savoir, de bonnes et de mauvaises ligues) hurlent et se contorsionnent à propos d’abus de notre soi-disant état d’urgence, soit quelques milliers d’assignation à domicile d’islamistes, alors qu’en deux mille cités de non-droit et dans les mosquées qui se multiplient dans notre pays, les fanatiques de l’islam sont stricto sensu innombrables.

On savait déjà, grâce à une remarquable biographie d’Andreï Vychinski, le procureur des grands procès staliniens, que la Ligue Internationale des Droits de l’Homme n’avait pas plus protesté que le PCF ou les diplomates de la Société des Nations contre les parodies judiciaires organisées par ‘’Staline’’ pour se débarrasser de (très timides) opposants. De nos jours, les « humanistes » semblent oublier que si « l’on persécute des musulmans un peu exaltés », ce sont près de 150 Français de souche européenne qui ont été exterminés l’An 2015 (de janvier à novembre… en n’oubliant surtout pas les victimes isolées qui n’ont pas fait la Une des journaux, à la différence des tueries collectives).

Or, une question (mineure, on le reconnaît, comme tout ce qui relève de la politicaillerie) se pose. Querelle byzantine ou machiavélisme d’un Exécutif empêtré dans une mesure électoraliste, qui devait n’être que symbolique et s’est avérée extraordinairement populaire ? Notre beau Président, dont le comportement est trop souvent celui d’un adolescent en goguette, n’est certes pas un homme à poigne, encore moins cet apprenti-dictateur que de curieux commentateurs croient apercevoir.

C’est un doux opportuniste qui a besoin de se sortir d’un guêpier sans faire perdre trop de voix et de sinécures aux membres de son parti, ne sachant même plus s’il pourra ou non tenter de conserver la place élyséenne, dont on sait qu’elle est bonne et gratifiante. Alors, ce Tartarin, joue avec autant de finesse qu’il le peut une scène de comédie de boulevard : « Retenez-moi ou je fais un malheur ! ». Pourtant, avec un tel homme et un tel « état d’urgence », les islamistes n’ont pas trop de craintes à développer.

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