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Gender Theory (GT) ou Théorie du genre : un aperçu historique [1/2]

Theorie Du Genre

Gender Theory (GT) ou Théorie du genre : un aperçu historique [1/2]

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Dr Bernard Plouvier, auteur, essayiste ♦

Le mot « genre » indique le sexe ou l’absence de sexe (ce qui définit le mode neutre) et ceci aussi bien en grammaire qu’en matière de comportement sexuel animal.

L’humain n’en est que la variante la plus élaborée, par une intellectualisation, pas toujours bénéfique pour le passage à l’acte, et par une rage de justification morale pour certains individus qui traînent un complexe de culpabilité ou sont dévorés par le prosélytisme.

Pour la quasi-totalité des êtres appartenant à l’espèce Homo sapiens sapiens, le sexe du nouveau-né est généralement une affaire évidente. Seul un nouveau-né sur 10 000 souffre d’ambiguïté sexuelle à la naissance, le problème d’interprétation étant levé par l’étude des chromosomes sexuels, ou mieux encore par la recherche du gène SRY, qui est la caractéristique indubitable du sexe masculin. La Gender Theory (GT, pour la suite) a pour but d’opposer la notion de « sexe intérieur » (ou intimement perçu par le sujet) au sexe génétiquement déterminé, affirmé par les organes génitaux de l’individu dont le statut hormonal génère le « phénotype » (l’apparence) mâle ou femelle.

Depuis l’Antiquité, certains théoriciens ont voulu à toute force attribuer une bipolarité sexuelle à tous les êtres humains, confondant féminité et mollesse ou sens poétique, masculinité et rudesse voire brutalité.

Presque tous les mythes originels mettent en scène un dieu-énergie primordial qui enfante un principe mâle et un autre femelle jugé naturellement complémentaire du premier. Ainsi du Chaos grec qui génère Ouranos et Gaïa, d’où postérité divine, titanesque et humaine. C’est un schéma simple, compréhensible au paysan et au propriétaire de troupeaux qui sait d’expérience qu’il faut mener la vache au taureau si l’on veut obtenir un veau ou une génisse. Les émois sexuels de la majorité des humains ont toujours suivi cette règle de complémentarité.

Cela parut trop simple à de profonds penseurs. C’est dans la Genèse que l’on peut trouver la préhistoire de la GT. Dans ce livre, dont l’écriture ne date que du 6e siècle avant notre ère, les rédacteurs font naître Ève d’une côte prélevée par Yahvé sur Adam, endormi ou anesthésié. Ce n’était pas vraiment la première femme, selon des textes non retenus dans la Bible hébraïque : Lilith, une première ébauche, avait été tellement ratée qu’il avait fallu recourir à cette opération. Le couple primordial fut envoyé batifoler en toute innocence dans le Jardin d’Eden. On connaît la suite : le rival perfide du dieu créateur, Satan, fit naître la rouerie féminine et Adam fut poussé à goûter du fruit défendu, celui de « l’arbre de la connaissance ». Ainsi disparut l’innocence des créatures et débuta l’histoire de la sexualité dans toutes ses bizarreries. L’idée était lancée de l’origine commune des deux sexes.
Un siècle plus tard, dans cette Grèce antique qui est la mère intellectuelle des Européens, un homme aux émotions sexuelles bien définies et davantage connu de ses contemporains athéniens comme ex-champion de lutte que comme penseur, met en scène « l’androgyne primordial », qui va servir de fondement aux élucubrations des théoriciens de la « bipolarité fondamentale de tout être humain ».

En son temps, Platon vantait surtout les mérites de l’amour chaste entre deux mâles d’élite, ces aristocrates guerriers dont il était issu et que seul il fréquentait, ne s’intéressant guère à l’amour vulgaire entre hommes et femmes, utile à la perpétuation de l’espèce. Avec ce demi-dieu de la pensée, débute l’activité de la nombreuse cohorte des théoriciens qui cherchent de savantes excuses à leur comportement sexuel antinaturel (ou « antiphysique », comme l’on dira du 4e siècle avant notre ère au XVIIIe de l’ère chrétienne). Car si l’homosexualité initiatique était tolérée chez l’éphèbe guerrier grec, l’on n’acceptait plus cette pratique à l’âge adulte, où les choses sérieuses étaient de mise, à savoir la procréation, perpétuant la lignée.

Platon, homosexuel exclusif, est le grand ancêtre des vertueux hypocrites qui éprouvent à la fois un besoin de justification et le désir de faire du prosélytisme. N’importe qui devrait pouvoir forniquer dans le secret de son alcôve avec un partenaire majeur consentant, sans éprouver le besoin d’en appeler à l’opinion publique nationale ou internationale. Hélas, ce comportement ne suffit pas à certains histrions ; c’est la source profonde de la GT.

C’est Karl-Heinrich Ulrichs, un juriste (démissionnaire après un scandale homosexuel), né en Basse–Saxe en 1825, qui crée en 1864 l’expression « Troisième sexe », largement reprise ensuite par Magnus Hirschfeld, et lance en 1869 le long combat pour la dépénalisation de l’homosexualité entre adultes consentants, soit l’article 175 du Code civil prussien, puis allemand, aboli en 1969. Avec son 3e sexe, il est l’ancêtre de la Théorie du Genre.

Le psychiatre so british et nettement ambigu Henry Havelock-Ellis, faisant de son cas personnel une généralité, offre le premier à l’humanité entière un « potentiel homosexuel ». Ses publications s’échelonnent de 1886 à 1928, où il s’efforce de faire partager à l’humanité souffrante ses troubles émois et son inversion sexuelle. Encore faut-il signaler qu’étant sujet de Sa Majesté Victoria (puis d’Edouard VII et de George V), il recommande officiellement la chasteté à ceux et celles dont l’orientation sexuelle est opposée à celle désignée par la nature. Il ne fait que reprendre le conseil de Platon… cet hypocrite qui en sa maturité lutinait ses élèves Alexis et Dion (sans compter ceux dont la postérité n’a pas retenu le nom).

À Vienne, paraît en 1903 Sexe et caractère, soit la version adaptée au public mondain d’une thèse de lettres intitulée Eros et Psyché, présentée en 1902 par un schizophrène fort arrogant, haïssant pêle-mêle : son père dominateur, sa mère effacée, sa judéité et ses penchants homosexuels, Otto Weininger. Il fut le vulgarisateur de la théorie de la « bisexualité fondamentale de tous les êtres humains », avant de se suicider à 23 ans. Dans son livre, Weininger disserte longuement sur « l’idioplasme », sexuellement indifférencié, qui est censé s’associer à « l’arrhénoplasme » mâle et au « thélyplasme » féminin pour donner naissance à un être achevé. Et le grand Otto calcule les quantités de ces trois composants nécessaires à l’éclosion du génie par opposition à celles dévolues aux individus formant le vulgum pecus, ou celles qui discriminent l’être au comportement sexuel orthodoxe de l’homosexuel exclusif ou du bisexuel pratiquant.

À l’époque, l’idée de la bisexualité des êtres humains court les cafés de Vienne et les salons à prétentions littéraires de Berlin. Elle est soulevée par l’oto-rhino-laryngologiste de Berlin Wilhelm Fliess, grand ami de Sigismond Freud, par le psychologue viennois Hermann Swoboda, ami de Weininger et patient du Dr. Freud et par le grand Freud lui-même, qui accuse Weininger de plagiat, ce qui fâche son coreligionnaire viennois Karl Kraus et le Suédois August Strindberg, tous deux admirateurs de Weininger. Franz Kafka, à l’équilibre mental précaire, fut influencé tant par Weininger que par Strindberg.

Quant à Fliess, le « Kepler de la biologie », selon Freud – du moins en 1898, quand les deux hommes sont toujours liés -, il est surtout connu pour avoir inventé la « névrose réflexe naso-génitale » (dont diverses conséquences chirurgicales furent dramatiques) et proposé la thèse du comportement sexuel périodique du mâle, selon un cycle de 23 jours, calqué sur la périodicité du cycle menstruel féminin qu’il croyait immuablement fixée à 28 jours. Swoboda est devenu célèbre à son tour en reprenant et en amplifiant la théorie cyclique de Fliess (lui-même probablement père incestueux, sur la personne de son fils Robert… ce qui l’a peut-être amené à devenir l’un des fondateurs de la psychanalyse).

Avec Havelock-Ellis et Weininger, la théorie du genre est élaborée, celle qui oppose le sexe gonadique (celui des organes génitaux), qui seul compte pour l’état-civil, aux orientations sexuelles inverties ou polymorphes. Les commentateurs suivants ne feront que broder sur ce schéma, de façon savante, amusante ou ennuyeuse selon les cas, mais toujours intéressée : sexuellement hors normes naturelles, ils veulent se justifier à leurs yeux et à ceux de leurs contemporains. Sans complexe de culpabilité et sans histrionisme, il n’y aurait pas eu de « théorie du genre ».

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