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François Hollande ou l’amour du grand large : en route pour les îles…

François Hollande Papeete

François Hollande ou l’amour du grand large : en route pour les îles…

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Michel Lhomme, politologue ♦

La ministre des Outre-mer, Georges Pau-Langevin avait souhaité faire de 2016 « l’année de la jeunesse des Outre-mer », de la « santé », de « l’emploi » et de « l’égalité ».

C’était sans compter avec l’envie du grand large du chef de l’Etat : sortir du pays, du mécontentement et de la morosité générale, des sondages de popularité les plus bas de la Vème République et se ressourcer quarante huit heures dans les îles en pleine saison des pluies, pourquoi pas si cela peut surtout rapporter des voix ? Nous l’avons déjà écrit ici, le seul réservoir de voix fiable du Parti Socialiste reste l’Outre-mer. Il faut donc soigner l’Outre-mer comme sous Sarkozy et l’Outre-mer sait que l’année 2016 sera pour elle une année généreuse avant sans doute les douches froides qui l’atteindront après 2017.

Si pour la ministre de la rue Oudinot, 2016 devait être « l’année de la jeunesse des outremer », on s’étonnera de voir que dans son programme de visite à  Polynésie françaiseWallis-et-Futuna, Papeete et sur l’île sacrée de Raiatea, le Président de la République rencontrera peu de jeunes lycéens, étudiants, salariés mais surtout chômeurs, le chômage touchant principalement les jeunes en Polynésie française. 2016 devait pourtant « être l’année de l’emploi outre-mer » mais pour cela foin des mesures autres que la reconduction des emplois aidés ou le maintien de la déplorable défiscalisation, beau cadeau aux gros patrons ultra-marins mais véritable boulet économique sur le long terme pour les économies ultra-marines. Le quinquennat finalement n’aura pas touché à grand chose en Outre-mer et n’aura surtout pas fait les réformes structurelles qui s’imposent de plus en plus : il n’aura pas supprimer ou réduit par exemple l’indexation des fonctionnaires pourtant recommandé par la Cour des Comptes, il aura maintenu les niches fiscales généreuses, il aura en définitive surtout veillé à préserver les avantages acquis et les réseaux de pouvoir et de privilège. Cinq ans encore de perdu ?

Nonobstant, le voyage présidentiel de François Hollande en Polynésie vise aussi à montrer qu’il n’y a pas de territoire, qui, malgré son éloignement, soit éloigné des préoccupations gouvernementales. C’est pas mal. Á défaut de pouvoir se balader sereinement avec  Manuel Valls dans les quartiers de non droit de la métropole, on se balade dans les lagons. Á Wallis, la visite est historique puisqu’il n’y a pas eu de visite présidentielle depuis Valéry Giscard d’Estaing.

Les deux jours dans le Pacifique de François Hollande se décomposent comme suit : une arrivée à Papeete le 21 février au matin avec un redécollage presque immédiat pour Wallis. Un « stop and go » par-dessus la ligne de changement de date qui fera revenir François Hollande le soir même du 21 à Tahiti. Le président passera alors une nuit sur Papeete puis la journée complète du 22 sera consacrée aux visites protocolaires et officielles avec un discours au Palais Présidentiel aux côtés d’Edouard Fritch, le Président de la Collectivité et un autre sans doute plus sympathique, sur l’île de Raiatea et plus précisément sur le site du marae (centre de cérémonie religieuse des cultures pacifique) de Taputapuatea, candidat au patrimoine de l’Unesco. Ici, les vieux chefs polynésiens venaient se recharger en mana. Hollande en a bien besoin même si pour l’instant, il pleut sans discontinuer sur le marae sacré.

Les enjeux polynésiens de la visite du Président de la République

La question du devenir de la collectivité dans l’ère post-nucléaire et dans le cadre de la maritimisation de la stratégie française sera probablement centrale lors du court déplacement de François Hollande en Polynésie française mais la visite est trop brève et elle paraît avant tout électoraliste. La preuve, l’entrevue accordée à la dernière minute dans son fief de Fa’aa au leader indépendantiste, Oscar Temaru, l’un des premiers candidats officiels à s’être déclarés pour l’élection présidentielle de 2017. Ne s’agit-il pas d’ailleurs de le convaincre de renoncer à sa candidature pour récupérer les voix des indépendantistes ?

Concrètement et localement, qu’apportera la visite du chef de l’Etat à la Polynésie française ? De toute évidence des sous alors que Bercy freine de toutes parts pour envoyer à temps les dotations promises. La Polynésie peine à retrouver un second souffle économique, 20 ans après le dernier essai nucléaire et malgré des projets quelque peu pharaoniques comme le Mahana Beach ou des promesses d’investissement chinois qui tardent réellement à se concrétiser vu le prix excessif de la main d’œuvre locale en comparaison des salaires régionaux aux Fidji, aux Samoa ou ailleurs. Ainsi, l’État va sans doute apporter comme toujours un bol d’air frais à la Polynésie française par quelques commandes publiques sur les infrastructures qui vieillissent vite sous le climat tropical et n’ont d’ailleurs souvent pas été rénovées depuis le Centre d’expérimentation nucléaire. Il s’agirait de l’ agrandissement du port et de l’aéroport, de la rénovation plus que nécessaire des lycées, du désenclavement de la circulation à Papeete par la construction d’une nouvelle route, du renflouement de la caisse de sécurité sociale et de la remise à plat de la politique de santé qui souffre en particulier de problèmes de recrutement de médecins spécialistes ou de pédiatres dans les îles. Sur le principe, il est ici question de la Dotation globale d’autonomie (DGA). Passée de 90 à 80 millions d’euros en quatre ans, la dotation globale d’autonomie pourrait être sanctuarisée, c’est en tout cas ce que réclame la classe politique polynésienne et ce afin que cette DGA ne soit plus soumise aux aléas des discussions de la loi de finance et surtout des comptables scrupuleux de Bercy. La collectivité ne souhaite pas que cette aide de l’Etat (84 millions d’euros en 2016) pour la reconversion de l’économie polynésienne au titre de la « dette nucléaire » soit traitée comme une variable d’ajustement budgétaire.

François Hollande va du coup aussi en profiter pour satisfaire les écologistes et Ségolène Royal qui est aussi du voyage sur la question des conséquences environnementales des essais nucléaires de Mururoa et de Fangataufa. La question du dédommagement dûs aux victimes au regard des limites de la loi Morin ou des charges supportées depuis 1992 par la collectivité pour le traitement de patients atteints de cancers reconnus comme maladies potentiellement radio-induites est posée. Sans vouloir attiser ici le bien fondé de polémiques réelles sur les effets cancérigènes de ces essais, nous pouvons prévoir qu’en pleine période électorale, les indemnisations de Paris seront conséquentes (Paris ne peut tout de même pas jouer les pingres !) mais hélas, les remboursements se perdront sans doute dans les limbes obscures des comptes en banque de l’élite locale ? On attend en tout cas – et ce sera, paraît-il, fait !-, un mea-culpa officiel de la France, (encore un !) au peuple Polynésien. Certains riront sous cape et évoqueront sans doute une certaine hypocrisie mais c’est un peu cela en filigrane, le tiroir caisse de la métropole. Il y a aussi l’idée de donner à terme plus d’autonomie au territoire et de reprendre pourquoi pas l’idée pernicieuse de Gaston Flosse d’un changement de statut vers l’Etat associé. De toute façon, il faudra résoudre tôt ou tard ce casse-tête ultra-marin du Pacifique quitte à modifier de fond en comble la relation constitutionnelle avec ces territoires. A l’aube de l’ouverture vers le Pacifique (ouverture chinoise et américaine), il faudra de toute façon en finir un jour avec la dépendance économique et rompre avec la politique d’assistanat et de subventions, la vieille économie de comptoir qui n’a plus de sens en pleine zone du traité Trans-pacifique. La classe politique locale a évolué, elle s’est dynamisée et ouverte à l’international et au réalisme budgétaire même si les vieux réflexes quasi tribaux, disons familiaux, de la dépendance économique sont encore trop utilisés pour l’obtention de bons postes faciles.

Mais voilà, 2016 n’est pas n’importe quelle année, c’est une année électorale et de fin de mandat

Or, c’est sans doute en début de mandat qu’il faudrait donner le ton du changement. La politisation des relations ultra-marines demeure. Alors qu’un comité local Alain Juppé Président s’est récemment formé, une autre étape a été ajoutée sur le programme officiel de François Hollande: un dépôt de gerbe sur la tombe de Pouvana’a Oopa, l’exilé de De Gaulle et ce dès son arrivée sur le territoire, avant même de se rendre au monument aux morts. Si ce n’est pas de la démagogie politique et un soutien indirect à Christiane Taubira qui a défendu son procès en réhabilitation, qu’est-ce que c’est ?

Le redressement de l’Outre-mer et en particulier de la Polynésie française ne trouvera pas de solutions dans de tels débats électoralistes de posture et surtout pas en l’absence de projets de développement sur le long terme. Les projets de long terme autour d’investissements d’avenir doivent donc être clairement ciblés. Le seront-ils dans une visite aussi brève qui s’apparente plus à une escale sur la route de l’Amérique du Sud ? Le cas français des collectivités ultramarines où l’activité économique est particulièrement sinistrée et dans lesquelles le chômage, en particulier celui des jeunes, se situe au bord de l’explosion sociale est loin d’être anodin. Pourtant, nous n’avons cessé de défendre ici l’Outre-mer qui bénéficie d’atouts considérables trop souvent ignorés tant au plan local que national. Des atouts au plan géostratégique offerts par des territoires ultramarins répartis dans le monde aux frontières de pays émergents, des atouts pour la Polynésie par sa place au Sud du Pacifique qui assurerait la présence européenne dans la région lors du basculement du pivot géopolitique du monde autour des années 2050. C’est aussi le renforcement des Outre-mer dans leur environnement régional qui offrira à terme des possibilités importantes de développement d’un certain nombre de filières agricoles, industrielles et technologiques dans des zones à fortes croissance. On commence déjà à produire du rhum tahitien. N’oublions pas aussi que la Polynésie française permet à notre pays d’occuper le deuxième espace maritime au monde derrière les Etats Unis. La mer est une formidable réserve de richesses pour l’avenir. La Polynésie française aura donc à jouer un rôle fondamental dans la maritimisation du pays, dans le développement probable des énergies marines et dans l’approvisionnement en matériaux stratégiques indispensables (les métaux rares) qui pourrait rebâtir en France un développement industriel à long terme.

Et puis, le Pacifique français – et on l’oublie aussi trop souvent -, ce sont les valeurs  de tradition et d’ouverture de la France, bien opposées au fanatisme barbare de certaines communautés françaises. C’est l’havre de ressourcement de quelques dissidents français un peu trop voyants, ce sont aussi des guerriers, les Aîto,  ardents combattants d’Afghanistan et qu’on retrouve aujourd’hui en Syrie.

Le voyage de François Hollande s’inscrit dans un séjour hors de France assez long puisqu’il va passer deux jours dans le Pacifique pour ensuite se rendre en Amérique latine, plus précisément au Pérou qui se trouve en pleine campagne électorale, en Argentine en pleines réformes libérales avec le gouvernement choc de Macri que l’on compare parfois à notre impétueux Macron et en Uruguay.

Illustration : capture d’écran – Á l’occasion du déplacement officiel du Président François Hollande en Polynésie française le 22 février 2016, TNTV met en place un dispositif exceptionnel à la télévision et sur le web.
  1. lhomme
    lhomme21 février 2016

    Petit rectificatif : Ségolène Royal ni d’ailleurs la Ministre de la Culture n’accompagneront le Président de la République dans ce voyage en dehors du Ministre de l’Outre-mer, George Pau-Langevin. Comme nous l’évoquions à propos du dépôt de gerbes au pied de la statue du leader indépendantiste de Tahiti, l’adversaire historique du Général de Gaulle sur l’île, Pouvana’a Opoa, l’ancienne garde des Sceaux, Christiane Taubira est l’ombre fantomatique de tout ce voyage. Si, en effet, Taubira décide d’être candidate à la Présidentielle 2017 comme elle en aurait l’intention, c’est la Guyane mais aussi les Antilles, la Réunion, une partie de Mayotte qui risque de basculer dans son giron. La rencontre de François Hollande avec Oscar Temaru vise essentiellement à limiter un probable effet Taubira en Polynésie française, le leader indépendantiste local de l’UPLD s’étant déclaré à plusieurs reprises l’« ami personnel » de Christiane Taubira qui a soutenu le procès en réhabilitation de Pouvana’a mais surtout défendu à fond l’idée d’une forte indemnisation des victimes du nucléaire de Mururoa. La capacité de nuisance de Taubira pour le Parti Socialiste est là, fortement ultra-marine. L’entrée d’une Réunionnaise, Madame Bareigts à l’ « égalité réelle », un secrétariat quelque peu fantôme, attaché au Premier ministre, secrétariat fumeux d’ailleurs dans un contexte de crise et de montée des inégalités sans précédent sur le territoire français, ne vise aussi qu’à cela, préparer une sorte de ligne Maginot anti-Taubira dont la candidature risque en effet d’être une fois de plus fatale au Parti Socialiste. ML.

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