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Francois Hollande dans les îles ou les Socialistes en campagne

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Francois Hollande dans les îles ou les Socialistes en campagne

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Michel Lhomme, politologue ♦

François Hollande est donc retourné dès dimanche soir en Polynésie Française pour traiter le dossier des victimes des 193 essais nucléaires de la France entre 1966 et 1996. C’était la partie sans doute la plus délicate de son voyage, celle des promesses qui se doivent en campagne électorale toujours d’être tenues.

François Hollande à Wallis

François Hollande à Wallis

Il y a quelques jours, le principal hebdomadaire local, Tahiti Pacifique titrait avec arrogance et mauvaise foi : « Nucléaire : elles sont où vos promesses M. Hollande ? ». Effectivement, le dossier des indemnisations de Mururoa empoisonne les relations entre Paris et Papeete depuis près de trente ans. Si, avec ce déplacement, François Hollande tient sa promesse de visiter les 11 territoires d’Outre-mer habités durant son mandat, on l’attendait ferme sur le fenua (le territoire polynésien sur cette question). Le président Edouard Fritch dès l’arrivée à l’aéroport de Faa’a à Tahiti avait été clair : «Ce que je souhaite c’est que François Hollande profite de cette occasion pour vraiment sentir le pouls de la Polynésie : se rendre compte des handicaps de ce Pays réparti sur 5 millions de km2, donc beaucoup d’espoir mais d’abord c’est le nucléaire. Si l’on veut que les rapports entre l’Etat et la Polynésie française soient rétablis, des rapports normaux, il faut purger cette affaire du nucléaire et il y a encore beaucoup de questions en suspens sur les trois volets : financier, la santé et l’environnement mais je crois que si on évacue cette affaire le reste roulera tout seul».

François Hollande à Wallis: cadeaux et colliers, nattes et tapa contenant du kawa

François Hollande à Wallis: cadeaux et colliers, nattes et tapa contenant du kawa

De fait, le Président  a fait plusieurs annonces concernant les essais nucléaires ce lundi à la présidence de la Polynésie français mais a-t-il réellement convaincu son monde ? François Hollande a reconnu solennellement la contribution des Polynésiens au statut pleinement indépendant de la France, grâce à la force de dissuasion qu’incarne la bombe atomique et il a clairement évoqué également le préjudice environnemental et sanitaire des essais. A ce titre, il a proposé la création d’un institut d’archives, d’informations et de documentation sur le nucléaire. Le décret d’application pour préciser la notion de risque négligeable pour certaines catégories de victimes sera modifié (cadre de la loi Morin)et le traitement des demandes d’indemnisations des victimes des essais nucléaires, revu. Le montant de la dotation globale d’autonomie, a bien été ramené à 10,8 milliards de Fcfp, et pérennisé. Une aide de 700 millions a été accordé au service d’oncologie de l’hôpital mais cela ne résoudra pas directement les problèmes de recrutement du service. On est donc resté dans le cadre de la loi Morin sans changement notable en particulier sur le retrait de la mention  »risques négligeables  » que réclamaient les associations écologistes et de malades. Le Président n’a proposé en fait qu’un  »ajustement ». Il pourra certes faciliter les indemnisations mais ne les garantit pas du tout.

François Hollande a-t-il vraiment tourné la page du nucléaire ?

Lors du discours qu’il a prononcé à la Présidence du Pays durant sa rencontre avec les élus Polynésiens, François Hollande a annoncé vouloir  »tourner cette page ». Il a donc bien reconnu les conséquences des essais, leur impact avec la création d’un énième machin à fonctionnaires locaux, un institut d’archives, d’informations et de documentation sur le nucléaire mais il semblerait que les Polynésiens attendaient plus, une sorte de pardon collectif et pathétique de la nation. François Hollande n’a pas su le faire ou n’a pas osé. Il a peut-être eu tort. Seule l’annonce que la dotation globale d’autonomie sera ramenée à 10,8 milliards de Fcfp dès l’an prochain et qu’elle ne changera pas et sera même « sanctuarisés » dans le statut du Pays a amené les millier d’invités, élus en tête, à applaudir le discours présidentiel.

Cérémonie du kawa à Wallis

Cérémonie du kawa à Wallis

Or, si ce voyage ultra-marin de François Hollande ne semble pas passionner les foules en métropole, il y en a une, en tout cas qui, au chômage depuis quelques jours doit le suivre avec attention : c’est Christiane Taubira, l’ancienne Garde des Sceaux. N’est-elle pas en effet le corbeau noir caché de toutes ses visites du Président dans les îles ?
Comme nous l’évoquions à propos du dépôt de gerbes au pied de la statue du leader indépendantiste de Tahiti, l’adversaire historique du Général de Gaulle sur l’île, Pouvana’a Opoa, l’ancienne garde des Sceaux, Christiane Taubira est sans doute l’ombre fantomatique de tout ce voyage.

Si, en effet, Taubira décide d’être candidate à la Présidentielle 2017 comme elle en aurait l’intention, c’est la Guyane mais aussi les Antilles, la Réunion, une partie de Mayotte qui risquent de basculer dans son giron. La rencontre de François Hollande avec Oscar Temaru visait essentiellement lundi soir à limiter un probable effet Taubira en Polynésie française, le leader indépendantiste local de l’UPLD s’étant déclaré à plusieurs reprises l’« ami personnel » de Christiane Taubira, l’ancienne Ministre qui a soutenu le procès en réhabilitation de Pouvana’a mais surtout défendu à fond l’idée d’une forte indemnisation des victimes du nucléaire de Mururoa.

La capacité de nuisance de Taubira pour le Parti Socialiste est là, fortement ultra-marine. L’entrée d’une Réunionnaise, Madame Bareigts à l’ « égalité réelle », un secrétariat quelque peu fantôme, attaché au Premier ministre, secrétariat fumeux d’ailleurs dans un contexte de crise et de montée des inégalités sans précédent sur le territoire français, ne vise qu’à cela, préparer une sorte de ligne Maginot anti-Taubira dont la candidature risque en effet d’être une fois de plus fatale au Parti Socialiste.

Illustrations : fournies par notre collaborateur en exclusivité

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