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Ötzi avait des possibles origines corses

Otzi

Ötzi avait des possibles origines corses

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Cyrille Vanlerberghe, journaliste ♦

Une équipe internationale a réussi à décrypter le génome d’Ötzi, l’homme conservé dans les glaces du Tyrol italien pendant 5300 ans

L’homme des glaces Ötzi avait les yeux marrons, du sang du groupe O, ne pouvait digérer le lactose, avait une prédisposition aux maladies cardiovasculaires et est génétiquement proche des populations actuelles de Corse et de Sardaigne. Ces informations très précises sur le célèbre homme de glace, dont le corps a été incroyablement bien conservé dans les glaces pendant 5300 ans, ont été révélé par la première analyse complète de son génome, publiée dans la revue Nature Communications .

Cette analyse, très difficile à cause de l’âge de la momie retrouvée dans les Alpes en 1991, a été rendue possible «par des nouvelles technologies de séquençage génétique ultra-sensibles qui ont réussi à travailler avec de très petites quantités d’ADN», explique au Figaro Frank Maixner, chercheur à l’Académie européenne de Bolzano en Italie, près du musée archéologique du Tyrol du Sud où est soigneusement conservé la dépouille momifiée.

Les précédentes études génétiques de l’homme des glaces, elles aussi réalisées à partir d’un petit échantillon d’os de la hanche, n’avaient pû être réalisées que sur de l’ADN dit mitochondrial, très utile pour la génétique des populations, mais qui ne donne aucune information sur les caractéristiques physiques d’une personne.

En 2008, les scientifiques avaient simplement trouvé que l’homme des glace ne semblait pas avoir de descendance aujourd’hui. La nouvelle étude a pour sa part réussi à décoder l’ADN du noyau, et donne donc des informations uniques sur la constitution d’Ötzi, comme la couleur de ses yeux et son groupe sanguin.

D’après Albert Zink, le directeur de l’Institut des momies et de l’homme des glaces à Bolzano qui a mené l’étude, l’intolérance au lactose d’Ötzi est peut être dû au fait que l’élevage de bétail n’était pas encore très répandu en Europe, et que la capacité de digérer le lait n’était pas encore un avantage génétique pour l’espèce humaine.

En comparant l’ADN d’Ötzi avec 1300 Européens actuels, les chercheurs ont trouvé que les populations qui lui sont le plus proches génétiquement vivent en Corse et en Sardaigne. Une vraie surprise pour un habitant du chalcolithique qui est mort dans les Alpes, près de la frontière actuelle entre l’Autriche et l’Italie.

«Il y a en fait deux hypothèses, explique le Dr Jacques Chiaroni, l’un des auteurs de l’étude, chercheur à l’unité mixte Anthropologie Bioculturelle à l’Université de la Méditerranée à Marseille (UMR 7268). Soit l’homme des glaces est une sorte de touriste qui serait arrivé de Corse ou de Sardaigne, ou alors la mutation génétique que l’on observe dans son chromosome Y était plus fréquente au néolithique qu’aujourd’hui et a été diluée dans l’ensemble de l’Europe par d’autres populations, et on ne la retrouve plus que dans ce deux îles un peu préservées, la Corse et la Sardaigne.»

«A côté de l’ADN humain nous avons aussi retrouvé de l’ADN de bactéries qui semblent être des pathogènes qui circulaient dans le sang d’Ötzi», raconte Frank Maixner. «Certaines sont du genre Borrellia et sont des traces possibles de la maladie de Lyme.»

Ces recherches génétiques, qui vont se poursuivre, viennent se rajouter à une masse considérables d’informations recueillies au cours de plus de 20 années d’études scientifiques sur cette momie exceptionnelle. On sait notamment que cet homme était frèle, 1,59 m pour une cinquantaine de kilos, et est mort à 45 ans d’une hémorragie provoquée par une flèche reçue dans l’épaule gauche. La raison de sa présence, aussi haut dans les Alpes, à 3200 m d’altitude reste en revanche un mystère.

Source : Le Figaro
Illustration : la dernière reconstitution de l’homme des glaces, au musée d’archéologie du Tyrol du Sud en Italie.

 

  1. Bernard Plouvier
    Bernard Plouvier4 mars 2016

    Absolument passionnant. Toutefois, il faut moduler le paragraphe 6 et ce qu’aurait dit Albert Zink (ou ce qu’on lui a fait dire après traduction de ses dires) : le déficit en lactase (donc l’intolérance au lactose) est une pathologie familiale assez fréquente de nos jours ; l’interprétation « évolutionniste » que l’on prête à Zink n’est qu’une hypothèse.
    Certes la lactase est une enzyme inductible (sa quantité produite est fonction des quantités de lactose introduites dans l’organisme), mais l’intolérance absolue est affaire génétique. Il est intéressant de savoir que c’était déjà une pathologie il y a 5000 ans.

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