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Turquie : aveuglement idéologique et faux calculs

Zaman

Turquie : aveuglement idéologique et faux calculs

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Jean Bonnevey ♦

D’Ankara à  Riyad, nos alliés musulmans de plus en plus encombrants

Il faudrait parfois que certains se relisent et se repentent ou cessent d’analyser et de donner des leçons. Notamment ceux qui s’étranglent d’indignation devant la mise à mort en Turquie des libertés dont la liberté de la presse.

Il n’y a pas si longtemps que les islamistes turcs étaient présentés comme le modèle que devrait suivre le monde arabo musulman. Les islamistes d’Ankara étaient très présentables et assimilés dans le monde musulman à la démocratie chrétienne dans le monde catholique. Ils menaient le pays sur le chemin de la démocratie en mettant au pas les militaires putschistes et forcément fascistes. Ce pays avait donc toute sa place dans l’Union européenne.

L’islamophilie est un avatar de l’antiracisme. L’idéologie dominante, chez nous, cherche un exemple de réussite de l’islam dans la démocratie comme elle a cherché pendant des décennies un régime marxiste attractif. Alors on continue à tout pardonner au régime turc de plus en plus totalitaire car il peut empêcher l’Europe d’éclater en arrêtant sur son sol le flux des fuyards. Tout cela est irresponsable.

La Turquie veut éliminer les kurdes indépendantistes et renverser Assad. Elle est en proie au terrorisme et à la guerre civile et internationale et son régime se durcit et devient de plus en plus dictatorial. La voilà la vérité.

Imaginez, écrit Marianne, Le Monde placé sous tutelle par un tribunal, puis investi par la police et enfin, imprimé avec une ligne éditoriale digne d’un communiqué de l’Elysée. C’est exactement ce qui est en train de se produire en Turquie où Zaman, le plus gros tirage de la presse quotidienne nationale (650.000 exemplaires par jour), a été placé sous tutelle judiciaire par un procureur d’Istanbul le vendredi 4 mars. Le soir même, la police a fait usage de gaz lacrymogène et d’un canon à eau pour disperser la foule qui cherchait à l’empêcher de pénétrer dans les locaux du journal.
Ce coup de force s’inscrit dans le cadre de l’enquête sur l’opposant au président Recep Tayyip Erdogan, l’intellectuel et prédicateur Fethullah Gülen. Réputé proche de cet homme exilé aux États-Unis, Zaman se trouve donc désormais aux mains du pouvoir turc et ses journalistes ont été muselés : « Blocage de l’Internet, disparition des fichiers gardés en archives numériques, fermeture des messageries courriel », liste Le Figaro.

Quand on voit les manifestants pour la liberté du journal Zaman, on peut s’interroger aussi ? Les hommes sont d’un côté et les femmes de l’autre, toutes voilées… presque en uniformes.

La confrérie Gülen en effet, aussi appelée mouvement « Hizmet » (service), est une puissante organisation socio-religieuse née dans les années 70, à Izmir. Fethullah Gülen, un jeune imam charismatique, commence à cette époque à constituer une petite communauté de fidèles. Ses prêches s’inscrivent dans la tradition de Saïd Nursi, un penseur islamiste du début du XXe siècle, et attirent les foules. Mais c’est dans les années 90 que son mouvement décolle et commence à jouer un rôle plus politique. Proche des milieux islamistes, Gülen entretient aussi des liens avec le leader de la gauche sociale-démocrate de l’époque Bülent Ecevit. Après la chute de l’URSS, la diplomatie turque s’appuie fortement sur le réseau d’écoles que la confrérie a bâti en Asie centrale pour reconquérir cet espace stratégique.  La cemaat (communauté) accroît encore son influence avec l’arrivée au pouvoir de l’AKP en 2002, pour lequel elle a fait campagne. On voit que ce journal est tout de même légèrement éloigné de la démocratie rêvée.

L’Union européenne, plus divisée que jamais, condamne mollement car elle compte sur la Turquie pour éviter d’exploser sous la pression migratoire.
On est donc prêt à tout accepter du régime d’Ankara, la France en tête bien sûr.

Le pays des droits de l’homme ne manque pas de cynisme et vient de décorer de la légion d’honneur un autre islamiste radical. Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Nayef, également ministre de l’Intérieur, a été décoré de la légion d’honneur vendredi par le président François Hollande, qui l’a reçu à l’Elysée, a indiqué la présidence de la République, interrogée dimanche par l’AFP. Cette visite, inscrite à l’agenda présidentiel, n’avait fait l’objet d’aucune communication de l’Elysée vendredi.

Cette décoration a suscité de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux, alors que depuis le début de l’année, le régime saoudien a procédé à 70 exécutions, la dernière ayant eu lieu ce dimanche avec la décapitation d’un Saoudien condamné à mort pour meurtre.

On décore un des parrains du terrorisme islamique et un pays obscurantiste au nom de la secte wahhabite qui est au pouvoir. Entre la Turquie et l’Arabie des coupeurs de tête la France a vraiment des alliés que sa diplomatie incohérente mérite.

  1. Robert41
    Robert418 mars 2016

    La Turquie n’est-elle pas le cheval de Troie des américains et des israéliens ? Chien méchant a une chaîne ne l’oublions pas ! – Ce verrou géo-stratégique entre l’Europe et le Proche-Orient permettra d’effectuer un chantage migratoire, lorsqu’une politique européenne de la dissidence prendra légitimité contre l’atlantisme. Tout est à craindre de la Turquie, c’est le saillant d’un islam dogmatique pour la communauté européenne.(relire Chateaubriand de son voyage de Paris à Jérusalem de l’occupation Turque) Il est grand temps que l’on change de dictature idéologique en France et que l’on reprenne corps avec la Russie que l’on n’aurait jamais du ostraciser. L’Europe sans la Russie est une insulte à l’Histoire de ce continent.

  2. JG Malliarakis
    JG Malliarakis11 mars 2016

    Deux remarques

    1. Saïd Nursi, comme son école « nourdjou » en turc : « nurçu » – ne doit pas être assimilé aux « islamistes » au sens [obscurantiste] où nous l’entendons en occident. Il voulait notamment intégrer la science moderne à l’islam. Même attitude chez Güllen et ses disciples. Güllen d’autre part dialogue avec les chrétiens, le pape, le patriarche Bartholomée, etc.

    2. Ce matin l’excellent site de Zaman Today (en anglais) était accessible, et il critique le gouvernement.

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