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Norma de Bellini à l’Opéra de Monte-Carlo

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Norma de Bellini à l’Opéra de Monte-Carlo

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Christian Jarniat ♦

Le triomphe de Cécilia Bartoli dans ce rôle emblématique

« Norma » est un opéra vénéré par nombre d’amateurs d’art lyrique qui considèrent, à juste titre, que cette œuvre constitue le sommet du bel canto italien. Difficile de mieux écrire pour mettre en valeur la beauté pure et la virtuosité de la voix humaine. Bellini en a fait l’archétype de l’hédonisme vocal, magnifié au vingtième siècle par l’interprétation incontournable de Maria Callas qui en a laissé deux enregistrements mémorables : le premier avec pour partenaires Mario Filippeschi et Ebe Stignani et le deuxième avec Franco Corelli et Christa Ludwig. Et puis revient à notre mémoire la chance d’avoir vu ces Norma célèbres : la première de Montserrat Caballé au Liceo de Barcelone (1970), celle de Renata Scotto au Teatro Regio de Turin (1974) ou encore celle de Shirley Verett à l’Opéra de Monte-Carlo (1988). C’est dans cette même salle que revient le chef d’œuvre de Bellini dans la production du Festival de Salzbourg donnée en 2015.

La nouvelle édition critique de la partition originale de Bellini

norma_163-n5320Cette production présente un certain nombre d’intérêts dont le moindre n’est pas la nouvelle édition critique de Maurizio Bondi et de Riccardo Minasi. Ces musicologues ont accompli un travail très approfondi sur la partition originale de Vincenzo Bellini, laquelle, au fil du temps, avait subi un certain nombre de modifications, d’altérations, de rajouts, tendant à faire de « Norma » un « grand opéra » au format de « La Juive » ou encore des « Huguenots » avec une sorte de proportion monumentale en ce qui concerne les chœurs et l’orchestre et, pour les voix, une propension à l’ampleur, à telle enseigne, pour ne prendre qu’un seul exemple, que le rôle de Pollione était confié à ce qu’il convient d’appeler des « ténors dramatiques » comme John Vickers, Mario del Monaco ou encore Franco Corelli. Dans la nouvelle édition, « Norma » se rapprocherait davantage du climat musical de « La Sonnambula »du même Bellini et c’est ainsi que le rôle masculin est confié à un ténor rossinien avec certes les passages graves nécessaires, mais aussi la fluidité dans le phrasé, l’utilisation de la voix mixte et surtout un allègement considérable qui tire le rôle plutôt vers les emplois mozartiens que vers ceux du vérisme. Cette édition retrouve de surcroît le diapason qui était employé à l’époque.

La deuxième nouveauté est de confier la partie proprement orchestrale à des instruments anciens ce qui, naturellement, révolutionne l’esthétique des années 1950 et rend, sans doute, tout son sens au bel canto romantique. A Salzbourg Giovanni Antonini dirigeait l’orchestre La Scintilla attaché à l’Opéra de Zurich. A Monte-Carlo il s’agissait de l’orchestre I Barocchisti, sous la baguette élégante autant que brillante de Diego Fasolis.

Une Norma transposée en 1940 dans l’univers de la résistance

Autre intérêt encore de cette représentation, la mise en scène de Patrice Caurier et Mosche Leiser ainsi que leur équipe habituelle : Christian Fenouillat pour les décors, Agostino Cavalca pour les costumes et Christophe Forey pour les lumières. Quelques jours auparavant nous avions pu apprécier cette même équipe à l’Opéra de Marseille dans la reprise de « L’Aiglon » d’Arthur Honegger et Jacques Ibert.

Pour cette « Norma », nous faisons un grand saut dans le temps pour passer de l’invasion romaine en Gaule dans les années 50 avant Jésus-Christ à vingt siècles plus tard au moment de la résistance à l’oppression nazie. Donc, plus de grande prêtresse qui célèbre le rite de la cueillette du gui, pas davantage de druides, de prêtres, de colonnes, de forêts, de chênes sacrés, de toges ou de lances. Toute l’action se déroule dans une immense pièce qui sert de quartier général aux résistants et qui se transforme, pour les scènes intimistes, en appartement où réside Norma. Les costumes sont évidemment ceux des années 1940 et l’atmosphère celle du cinéma néoréaliste italien. Le hiératisme de l’héroïne s’efface pour laisser apparaître un personnage de femme simple à la fois amoureuse, jalouse et brisée qui rappelle incontestablement celui de Anna Magnani à l’écran dans « Rome ville ouverte » de Rossellini. Une habile transposition et un moment de théâtre fort et émouvant.

Le pari gagné haut la main de Cécilia Bartoli

norma_176-n7475Autre innovation, d’un point de vue vocal, on en revient à ce qu’avait sans doute voulu Bellini en choisissant Giuditta Pasta et Giulia Grisi, respectivement dans les rôles de Norma et d’Adalgisa, lesquelles étaient capables de les chanter en alternance. Pour la circonstance, c’est Cécilia Bartoli, classifiée dans les rôles de mezzo-soprano, qui incarne Norma et qui remporte haut la main son pari, tant sur le plan du drame que sur celui de la virtuosité vocale. Le rôle d’Adalgisa revient à la soprano Rebeca Olvera. Ce parti pris permet d’assurer psychologiquement, pour l’une, la maturité farouche de la femme et, pour l’autre, la fragilité de la jeune fille.

Malheureusement, Rebeca Olvera, frappée d’une laryngite aiguë, a été dans l’incapacité de chanter le rôle. Dans l’impossibilité de la remplacer en raison de la spécificité de la mise en scène, elle joua donc Adalgisa tandis que, placée à l’extrémité d’un côté de la scène, une autre cantatrice chanta sa partie. Ce fut, pour la première, Eva Meï. Pour le soir où nous assistions à la représentation, Rebeca Olvera essaya de chanter son air ainsi que le duo avec Pollione mais ses moyens firent défaut, de sorte que ce fut Lucia Cirillo qui lui prêta sa voix laquelle fut de qualité.

Le ténor Christoph Strehl interprétait, dans les conditions requises pour cette nouvelle édition critique, le rôle de Pollione avec autant de raffinement vocal que de suavité de timbre. Le reste de la distribution était de belle facture avec notamment Péter Kálmán qui campait un sobre Oroveso, Reinaldo Macias un efficace Flavio et Liliana Nikiteanu une parfaite Clotilde.

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