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Outre-mer : Mayotte dans l’impasse

Délinquance Mayotte

Outre-mer : Mayotte dans l’impasse

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Michel Lhomme, politologue ♦

Lancée il y a deux semaines par le collectif des  »Citoyens inquiets de Mayotte », la pétition sur le 101ème département français, destinée au président de la République vient d’être close. Elle réunit 12 642 signatures. Un véritable succès.

Cette pétition lancée en ligne, mais aussi sur papier dans de nombreux lieux de l’île était destinée à alerter les plus hautes autorités françaises de la situation du département : insécurité en tête (agressions quotidiennes y compris dans les collèges), mais également fiscalité (des impôts locaux à 1500 euros voire plus mais que ne doivent payer que les métropolitains !) et toujours et encore l’immigration. Alors que l’objectif initial était d’atteindre 5000 signatures afin qu’elles soient envoyées au président François Hollande, la pétition en question a finalement atteint 12 642 signatures, lors de son comptage final, vendredi 19 février. Un résultat attesté par un huissier de justice, bien au-delà des attentes, et qui traduit le sentiment de ras-le-bol généralisé qui s’empare actuellement de Mayotte. Ce chiffre correspond à 5 % de la population de l’île (à titre de comparaison, cette même proportion en métropole correspondrait à une grogne de 3 250 000 personnes), et 10 % de sa population adulte. Les autorités de la République pourront-elles continuer longtemps à ignorer la dégradation sans fin de Mayotte, l’île aux Parfums ?

Mayotte est dans l’impasse

Le candidat aux primaires, Alain Juppé lui-même, s’en est rendu compte après une brève visite à Mamoudzou, la préfecture du département. Il a aussi pris sa plume pour s’adresser à Manuel Valls. Il lui dit redouter carrément des  » affrontements interethniques  » autrement dit la chasse aux blancs et des  »flambées de violence à court terme ». Alain Juppé, plutôt modéré d’habitude, avertit de la gravité de la situation et pointe même du doigt l’immigration débordante en provenance des Comores mais aussi de Madagascar et des autres pays africains.

Á Mayotte, l’insécurité, dit-il, est devenu  »extrême ». On peut croire Juppé car si c’était un extrémiste, on le saurait depuis longtemps. Le 19 janvier 2016, Mansour Kamardine, député républicain de Mayotte affirmait lui que l’île était  »au bord de la guerre civile ». La maternité de Mamoudzou détient le record de France du nombre annuel de naissances : plus de 7.300 enfants y ont vu le jour en 2014 avec des chambres saturées de patients, des équipes qui travaillent en flux tendu et une qualité de l’accueil et des soins totalement menacée malgré la modernité des installations. Du point de vue de la sécurité, la semaine dernière, alors que la mesure est déjà applicable en Petite-Terre, le “couvre-feu” pour les mineurs a dorénavant été imposé dans certaines communes comme Chirongui (nombreuses bagarres inter-bandes ces dernières semaines avec des blessés à l’intérieur même du Collège) et la délibération est à l’étude dans la commune du chef-lieu Mamoudzou. Ces mesures sont adoptées dans un contexte de recrudescence des actes d’incivilités, de vols et de montée de la consommation de l’alcool et de la drogue chez les jeunes, en particulier de nuit. Récemment, l’hebdomadaire Le Point titrait :  » Violences à Mayotte : la délinquance peut provoquer un « cataclysme« . Les chiffres sont inquiétants : les agressions physiques ont augmenté de 50 % en 2015 et le nombre de mineurs passés devant le juge a explosé. Le procureur de la République de Mayotte a déclaré lui-même lors de son réquisitoire tenu à l’occasion de l’audience de rentrée du tribunal de Mayotte, que 2017 pourrait être l’année du  » cataclysme  » si la délinquance continuait d’augmenter :  » Restons lucides : nous ne pourrons pas continuer longtemps à ce rythme  », a averti le procureur Joël Garrigue, rappelant les chiffres des derniers états-majors de la sécurité à Mayotte : en 2015, le nombre d’agressions physiques a augmenté de 50 % par rapport à 2014 et un tiers des faits de la délinquance totale sont imputables à des mineurs, un chiffre bien au-delà de la moyenne nationale à  »un peu moins de 20 % », selon le procureur de la République. Le magistrat a fait état de chiffres en constante augmentation : nombre de mineurs passés devant le juge pour enfants en 2015 (31 % de plus qu’en 2014 et 55 % de plus qu’en 2013), nombre de journées d’incarcération (3 430 en 2014, 4 440 en 2015) et nombre moyen de mineurs incarcérés (10 en 2014, 14 en 2015 et déjà 20 en 2016).

Il y a deux causes à l’accroissement de cette délinquance : l’arrivée de la drogue de synthèse,  » le chimique  » (la Ice, le crack) et les violences inouïes déclenchées par les rivalités intervillageoises. De fait, cette semaine un inspecteur général de la police et un général de gendarmerie sont arrivés à Mayotte pour une inspection du dispositif de sécurité de l’île. Ils ont rencontré tous les services de l’État en lien avec la sécurité, mais aussi certaines associations et la protection judiciaire à la jeunesse. Ils sont repartis atterrés le 5 mars pour Paris pour livrer leur analyse du terrain : elle est dramatique.

Mayotte :  un bel héritage sarkozyste

La départementalisation fut non seulement un échec complet mais  une pure folie. Sarkozy avait promis à Mayotte le département comme Hollande vient de promettre à Papeete les  »indemnisations nucléaires ». Or, Mayotte n’a été départementalisé par Sarkozy c’est-à-dire les Républicains que pour des raisons électorales : 50.000 voix d’assurés et, en politique, quand les scrutins sont justes, 50 000 voix cela compte même s’il faut y sacrifier l’intérêt général.

De fait, la Cour des comptes s’était aussi penchée en début d’année sur l’île aux Parfums pour estimer en mots polis que la départementalisation de Mayotte avait  » été mal préparée et mal pilotée  ». Mayotte est devenue officiellement le cent unième département français voilà bientôt cinq ans, le 31 mars 2011. Le chômage sur l’île demeure le plus élevé des DOM (36,6 %) et le PIB par habitant, bien qu’ayant augmenté de 65 % entre 2005 et 2011, ne s’élève qu’à 7 900 euros contre 31 500 euros au niveau national et 18 900 euros à la Réunion. Dans la situation insécuritaire totale que traverse l’île, avec des forces de l’ordre en sous-effectif, les opportunités de développement économique sont purement hypothétiques. Qui voudrait aujourd’hui investir à Mayotte ? La plupart des entrepreneurs fuient le département et l’Education nationale ne parvient même pas à mettre en face des élèves des professeurs compétents, faute d’ailleurs de vouloir les payer convenablement et de mégoter en permanence sur leurs conditions de travail.

Certains voyaient pourtant dans l’extension toujours reportée de l’aéroport, un probable développement du tourisme. Pure illusion. Les infrastructures hôtelières sont inexistantes ou inadaptées et puis enfin, soyons réaliste, qui voudrait aujourd’hui passer des vacances dans une île musulmane sous les cocotiers où l’alcool et le nudisme restent proscrits ? Si la départementalisation est un échec total, elle a aussi complètement déstabilisé une société matriarcale, islamisée à 95 %, très peu francophone mais autrefois  tranquille, agréable et chaleureuse.

Relativement pauvre par rapport à ses voisins (les Comores et Madagascar), la population mahoraise n’en demeure pas moins en forte croissance. Evaluée à quelque 220 000 ha au 1er janvier 2014, elle a triplé depuis 1985. La moitié des habitants ont moins de dix-sept ans et demi mais ils ne sont pas en fait mahorais. Ils sont les enfants de France c’est-à-dire comme en France, les enfants de la générosité suicidaire du droit du sol. Dans un entretien au Figaro, le député Kamardine affirme que  » la population d’origine mahoraise y serait en fait aujourd’hui minoritaire  ». C’est presque vrai.

On vote d’ailleurs Front National à Mayotte, en particulier dans la vieille cité royale du nord de l’île, la fière Mtzamboro parce que Mayotte anticipe à sa manière dans un ultime instinct de survie ce que sera demain le peuple français, un peuple minoritaire. Selon l’Insee, les étrangers régulièrement installés à Mayotte représenteraient 40 % de la population mais ce chiffre est tronqué comme à son habitude puisque l’Insee est incapable de comptabiliser les clandestins. Or, combien sont-ils ? Des milliers cachés dans les forêts, surtout de jeunes garçons dont les parents ont souvent été reconduits à Anjouan, un de ces scandales de la République des Droits de l’Homme, un scandale comme celui de Calais, l’abandon des mineurs dans la jungle comme au pire temps du marronnage caribéen et guyanais.

Il faut revoir la copie, redéfinir complètement le statut de Mayotte

Pour y parvenir, une seule solution à court terme, généraliser au niveau national la suppression des départements, une suppression nécessaire qui nous débarrasserait des doublons administratifs comme de ses élus territoriaux totalement inutiles. Seule la suppression à l’échelle nationale des départements français pourra permettre, dans le calme, de reposer la question mahoraise pour pourquoi pas alors imposer par le haut un retour dans le giron comorien dans le cadre d’un Etat associé, une Union des Comores-République Française.

Déjà, depuis 2013, un Haut conseil paritaire réunit ainsi des représentants français et comoriens. Il est peu actif car braqués sur des conceptions passéistes, sur des questions souverainistes alors qu’il faudrait dans l’urgence humanitaire se tourner vers l’avenir, vers le devenir réel d’une jeunesse comorro-mahoraise qui a autant de potentiel qu’une autre. Aujourd’hui, les jeunes mahorais n’ont aucune autre perspective de travail que celle d’ émigrer vers La Réunion ou la métropole où très vite, ils grossissent le nombre des sans-emploi ou les quartiers chauds de Marseille.

Il faut donc revenir au plus vite sur le statut antérieur de Mayotte, condamné par plusieurs résolutions de l’ONU, soit rendre l’île aux Comores dans une création juridique nouvelle d’Etat associé qui pourrait à terme servir aussi de modèle pour la Polynésie française, soit trouver un statut moins contraignant de COM (collectivité d’outre-mer) comme à Wallis-et-Futuna ou Saint-Martin. Sans changement radical, Mayotte sera un jour au premier plan des actualités françaises mais dans le drame. La Ministre des Outre-mer Georges Pau-Langevin ne veut pas y croire : elle a tort car quels que soient les efforts de l’Etat consentis pour endiguer les flux migratoires, Mayotte restera confrontée à la pression inhérente aux déséquilibres régionaux.

Mayotte saignera.

  1. Haïlé
    Haïlé19 mars 2016

    Michel Lhomme,

    Bon article.

    MARSOUIN.

    c’est Rasta

  2. KASSIM
    KASSIM19 mars 2016

    Ce n’est pas l’erreur de Sarkosy , il a achevé un processus qui était déjà mis en place . Mais depuis 1958,lors du referendum aux Comores pour que devenir un TOM , statut de transition vers l ‘ indépendance des Comores ,les Mahorais voulaient rester dans le Giron Francais car ils y sont depuis 1841 , avant même nice et la Savoie , tandis que les 3 autres iles des Comores sont devenues Francais 50 ans après , c’est à dire un demi siècle en 1892 ,,,respectons l’ historique , et respectons « le Droit du peuple à disposer d’eux même ».

    Il faut le dire depuis l’arrivée des socialistes aux pouvoir les Vannes de l’immigration clandestine s’est intensifiée à Mayotte , , le gouvernement à supprimer le GIR : Groupement Intervention Régional , des Gendarmes mobiles qui faisaient un travail efficace sur le terrain , avec la PAF pour lutter contre cet immigration clandestine .
    Ils ont aussi laisser Mayotte se bidonviliser par des clandos qui n’ont fait que pondre des mômes sans se soucier comment les nourrir puisque le seule but c’est d’être régulariser puisqu’ils ont fait des enfants sur le territoire Français ,….
    Les socialistes ont même quadruplés la délivrances de titres de séjours et bien sur que cela à créer une exode massif de tous les pays limitrophe pour venir à Mayotte.
    l’ heure est grave , nous sommes asphyxié , nous nous sentons plus chez nous , nous avons perdu nos repères , ce n’est pas du tout l’effet de la Départementalisation ….
    Ils faut attaquer le mal par les racines en démolissant tous ces favelas comme on vient de le faire il y’a une semaine à Calais et montrer qu’à Mayotte n’est plus un pays de non Droit .
    Revoir en profondeur la politique de l’immigration clandestine à Mayotte : une petite ile  » l’ Etat a essuyé un cuisant échec sur sa mission régalienne sur une petite ile comme Mayotte ….trop de laxisme  » Nous avons voulu rester dans la France pour être en sécurité , pas seulement financiere mais surtout des envahisseurs des autres iles et d’ailleurs ce fut l’article 1 er du traité de 1841 signé par notre sultant Andiatsouly et le comandant Passot  » lors de la cessation de Mayotte à la France le 10 Avril 1841 …. » Avant la région s’appelait les iles des sultans Batailleurs .
    Sinon le reste de l’article est bien

  3. Ziz
    Ziz20 mars 2016

    C’est la première fois que je lis un article capable objectivement de parler des perceptives d’avenir grâce à un constat complet et éloquent. J’ai travaillé dans l’éducation nationale, puis au ministère de l’intérieur et maintenant au ministère de la justice. Et il est de bon sens de dire que l’orientation prise par nos institutions pour le devenir de Mayotte est une catastrophe et qu’outre les ambitions utopistes métropolitaines au vu des moyens mis en place, les dirigeants mahorais ne comprennent pas l’inadaptation de leurs comportements et de leurs politiques pour un vivre ensemble plausible. Et malheureusement cela me coûte de l’admettre mais à court ou moyen terme Mayotte va imploser…. Pétition ou non!

  4. Inzou Ahmed
    Inzou Ahmed21 mars 2016

    La question Maoraise de la France n’est plus ni moins qu’une farse politique. Comme le redacteur de cet article l’a dit; la France par la voix de Sarkozy s’est embourbé labà.
    Comment un pays qui se dit le  » le PAYS DE DROIT DE L’HOMME » se permet d’aller annexer l’Ile comorienne de Mayotte, malgrès les condannations des droits internationnaux( les resolution des nations unis, des Etats de la Ligue Arabes, de l’Union Africain,…)?
    Quant la France s’est monté avec la collaboration des Europeens contre la Russie pour avoir annexé la Crimé, en se basant sur les conventions internationnales, c’était de la ruse.
    La france cherche à couper les liens familliales entre le peuple des 4 iles mais l’histoire la jugera comme c’etait le cas de l’allemagne nazis à l’ALSE ET LA LORAINE.
    Attendons de voir……

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