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Les évènements européens : le point de vue israélien

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Les évènements européens : le point de vue israélien

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Michel Lhomme, politologue ♦

Sait-on en France que, la semaine dernière, un diplomate européen s’est retrouvé comparé à un tueur en série et même à un tueur dévorant la chair humaine. Cet honneur est revenu à Lars Faaborg-Andersen, ambassadeur de l’Union européenne en Israël lorsque des colons juifs ont lancé une très vive campagne contre lui sur les réseaux sociaux, lui donnant le rôle de Hannibal Lecter, le terrifiant personnage du film « Le Silence des Agneaux ».

Une image du diplomate danois portant le masque de prisonnier de Lecter était censée suggérer que l’Europe, elle auss, doit être muselée. Les colons israéliens reprochaient au diplomate européen d’avoir fourni une aide humanitaire à des familles arabes délogées par la colonisation juive qui ne cesse de s’étendre pour accueillir entre autres les Juifs du Francistan alors que Shir Hever, un économiste israélien travaillant depuis des années à assembler les pièces de l’économie de l’occupation israélienne des territoires vient de publier un rapport consternant sur le détournement de l’aide internationale aux palestiniens par Israël.

Les trois leçons israéliennes de Bruxelles

De fait, on parle beaucoup, chez les colons comme dans la presse israélienne, des attentats européens et très souvent, c’est pour nous donner des conseils. Ainsi, on nous enjoint de  »changer » et d’appliquer par exemple ce qu’on appelle là-bas,  » la couverture de base ». De fait, les Israéliens tirent trois leçons des attaques terroristes en Belgique. Selon les Israéliens, les attentats de Bruxelles imposent trois changement fondamentaux et contraignent l’Européen à changer sa vision du monde, à devenir plus que jamais un anti-palestinien, un islamophobe forcené, un pro-israélien.

La première leçon concerne le système international de transport aérien

Il a pourtant fait l’objet d’une réforme fondamentale après les attentats du 11-Septembre, incluant des contrôles de sécurité rigoureux avant l’embarquement, l’interdiction des objets tranchants et la surveillance des entrées et de sorties en direction et depuis l’avion. Pour Israël, cette réforme a été un succès mais elle demeure largement insuffisante parce qu’elle ne s’applique  qu’aux avions alors qu’elle devrait toucher non seulement tous les aéroports et les autres moyens de transport en commun (bateaux de passagers, autobus et trains) mais surtout les passagers par un contrôle systématique qui impliquerait le fichage mondial généralisé des passagers. Cela exige donc une autre révolution dans le transport en commun et surtout dans la circulation des personnes : le contrôle totalitaire de tous leurs déplacements.

La deuxième leçon israélienne concerne le renseignement

L’ennemi auquel les services de renseignement européens sont confrontés serait jeune et talentueux, transnational et fanatisé, religieux et habile à manipuler la population locale, à organiser des opérations chronométrées dans de courtes périodes de temps, en utilisant des moyens de communication cryptés. Contre un tel ennemi, l’Europe doit changer fondamentalement ses perceptions du renseignement, de la coordination, des législations et des ressources humaines et financières. Elle doit accepter de faire des compromis sur les droits de l’homme. Bref, elle doit briser le mythe de l’Internet libre et de la libre circulation des idées et des informations. Au cœur de ce changement souhaité se trouve quelque chose que le Shin Bet (les services de sécurité intérieure d’Israël) appelle justement “la couverture de base » que nous évoquions au début. Il s’agit de surveiller de larges populations sur de grandes zones géographiques avec même les personnes qui ne font l’objet d’aucun soupçon spécifique, en tout temps et de manière intensive. Autrement dit de surveiller non pas seulement les importantes communautés musulmanes d’Europe mais tout le monde. La  »couverture de base » nécessite que des ressources humaines et technologiques soient déployées dans toutes les rues, dans tous les centres communautaires et dans toutes les mosquées. La connaissance par les agents de renseignement de la culture locale doit aussi être si parfaite que s’ils vivaient dans le milieu en question et c’est d’ailleurs ainsi que le Shin Bet fonctionne avec la population palestinienne. Sans ce concept de  »couverture de base », Israël n’aurait – il est vrai – pas triomphé des kamikazes de la seconde Intifada au début des années 2000.

La troisième leçon pour l’Europe des attentats de Bruxelles confirme notre point de vue précédent

Elle consiste à reprendre la position ouvertement affichée par l’Otan : lancer au plus vite des opérations au sol contre l’État Islamique en Syrie et en Irak, ce qui est effectivement le seul moyen de renverser le régime syrien et de créer non pas le Califat islamique mais le Grand Israël. Les cartes sont à peu près les mêmes, il suffit simplement de changer la couleur du drapeau. Pour les services secrets israéliens, c’est l’expérience amère des invasions américaines de l’Afghanistan et de l’Irak profondément gravée dans l’ADN des dirigeants européens et dans le bilan du président Barack Obama qui empêche les Occidentaux de se lancer dans cette incursion terrestre mais ce n’est que partie remise selon eux après les élections américaines ou si d’autres attentats viennent à frapper l’Europe ou les États-Unis.

Pour Israël, cela ne fait plus aucun doute : l’invasion de l’Afghanistan avait atteint son objectif premier. Elle avait dispersé les commandants d’Al-Qaïda à travers le Moyen-Orient et en Asie, elle avait rendu ses opérations beaucoup plus difficiles et aidé les États-Unis à entreprendre une série d’éliminations ciblées qui lui ont permis de prendre le contrôle du pays et d’y installer un gouvernement fantoche.

Aujourd’hui, la principale organisation djihadiste, l’EI, possède un vaste territoire sous son contrôle. Il faut la transformer en une organisation dispersée et fragmentée dont les dirigeants seront constamment en fuite. La Russie fait ce travail mais ce n’est pas du beau travail. Il est fait avec l’appui iranien et cela ne convient pas tout à fait à Tel Aviv qui souhaiterait y voir plutôt ses amis américains et français.

Une opération terrestre ne signifie pas nécessairement l’occupation complète de la Syrie et de l’Irak, mais elle permettrait en tout cas d’éliminer Assad et d’enfin se consacrer aux seules affaires qui intéressent l’État hébreu : le commerce du gaz, l’exploitation pétrolière et la mise au pas de l’Iran.

Illustration : mur construit depuis 2003 en Cisjordanie occupée

 

  1. Robert41
    Robert4130 mars 2016

    Ils ont inventé la boule de cristal et peut être Dieu ? Qu’en pense les sumériens ? Trop tard pour la vérité ? Peut-être …

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