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Le retrait russe de Syrie : un coup politico-médiatique de Poutine

Vladimir Poutine Annonce Le Retrait Du Gros Des Forces Russes De Syrie

Le retrait russe de Syrie : un coup politico-médiatique de Poutine

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Michel Lhomme, politologue ♦

Le coup de tonnerre du retrait partiel des forces russes du théâtre de guerre syrien correspondant exactement à la date de début de la « guerre civile » en Syrie le 15 mars 2011.

La communauté internationale a été littéralement estomaquée par la décision surprenante du président Poutine alors même que l’on se préparait au déclenchement au sol d’une opération d’envergure et alors que les les néo-conservateurs américains se frottaient déjà les mains, espérant et attendant l’enlisement des forces Russes dans un « second Afghanistan » comme en 1979/1989.

Pour expliquer et surtout dévaloriser ce retrait, tout a été dit dans les médias occidentaux et en particulier, cette désinformation courante à propos de la Russie concernant son épuisement économique. Il y a quelque temps, ne me racontait-on pas que la Russie n’était peuplée que de nostalgiques néo-bolcheviques sans domicile fixe regrettant le passé où ils ne faisaient pas la manche ? Non, Messieurs, il y a de moins en moins de sans domicile fixe en Russie et c’est à Los Angeles ou à San Francisco que, près des parcs des mairies, squattent à l’abri des regards des touristes des sans-abris attendant leurs pensions.

En fait, l’opération russe en Syrie n’aura coûté que 33 milliards de roubles soit quelque 481,5 millions de dollars. En se retirant ou en se plaçant en retrait, alors qu’en Syrie la trêve du 27 février continue de tenir bon depuis plus de deux semaines – cessez-le feu conclu avec les mouvements non takfiristes, c’est-à-dire ni Daech, ni al-Nosra & Cie – sur fond de négociations de Genève, il était judicieux de la part du Kremlin de laisser l’Armée arabe syrienne reconquérir par elle-même le territoire national.

Mais il va de soi que la base navale russe de Tartous,  ni celle aérienne de Hmeimim, ainsi que toute la logistique militaire utile à l’appui des forces gouvernementales restent  en place, prêtes à être réactivées en un tour de main. Les Russes conservent la complète maîtrise de l’espace aérien syrien. D’ailleurs pour reprendre Palmyre, les avions russes ont mené plus de  25 raids chaque jour contre le groupe État islamique. De la même façon, depuis le 18 mars les pilonnages russes se sont intensifiés sur la capitale de Daech, Raqqa et des vidéos de Daesh mises en ligne ont particulièrement montré la violence des bombardements.

La chaîne du Hezbollah, al-Manar, très bien informée quant au front syrien, a signalé par exemple la mort d’Ali Moussa Chawah, gouverneur de la ville, nommé par les djihadistes et de plusieurs hauts responsables de l’organisation terroriste (rfi.fr20mars).
En fait, il ne s’agit pas d’un retrait russe mais d’une réorganisation du dispositif russe avant les tempêtes de sable. Il s’agit à la fois d’une opération de maintenance des matériels qui ont été soumis à rudes épreuves (9000 sorties en cinq mois) et de reprofilage des moyens au regard des objectifs non plus seulement militaires mais aussi géopolitiques et maintenant diplomatiques. La Russie conserve intacte sa capacité de longue frappe.

Mais quelle est donc cette capacité de frappe ?  

Le 7 octobre dernier, la flotte russe de la mer Caspienne lançait une salve de 26 missiles de croisière sur 11 cibles de l’EI en Syrie. Les missiles parcoururent près de 1500 kilomètres, traversant les espaces aériens de l’Iran et l’Irak avant d’atteindre les objectifs désignés deux heures après le tir. Ces robots volants, les SS-N-27 Sizzler/Kalibr et SS-N-30, en version antinavire, sont subsoniques en croisière et hypersoniques à l’arrivé et qui plus est, susceptibles de manœuvres évasives. Ce sont ces SS-N-27 tirés depuis des navires de petit tonnage et à faible signature radar, qui ont été l’une des causes non-dites du gel du programme de porte-avions américains . Cela parce qu’il n’existe aucune parade vis-à-vis de telles armes, sans parler des torpilles à cavitation.
Ces missiles peuvent aussi être tirés de Méditerranée et le porte-avions russe, l’Amiral Kuznetssov sera en Méditerranée cet été.

De plus, face à leurs défaites à Raqa et à Palmyre, il devient prévisible que les états-majors de l’EI vont devoir se replier sur le continent africain – leur profondeur de champ stratégique – et en premier lieu sur leurs bases arrières libyennes. Le retrait russe permet ainsi le cas échéant des redéploiements en Méditerranée orientale et au Maghreb où le conflit risque d’être détourné. En effet, de toute évidence la Syrie devrait perdre son statut d’épicentre du séisme de la troisième guerre du mondialisme en cours au profit de la Libye, de la Tunisie, voire peut-être de l’Algérie exposée à un vide relatif du pouvoir avec la momification in vivo du président Bouteflika.

La France une fois de plus ne sera pas épargnée par les fuites de population qui devraient en découdre. Le 18 mars des djihadistes  »algériens » ont attaqué à la roquette un site gazier exploité par la Cie algérienne Sonatrach, la British Petroleum et le norvégien Statoil à 1300 km au sud d’Alger. Le verrou tchadien devient de plus en plus prioritaire.

Par ailleurs, sur le front syrien,  plus de 150 représentants de partis kurdes, arabes et assyriens se sont réunis le 16 mars à Rmeilane au nord-est de la Syrie dans le but de parvenir à l’annonce d’un projet d’unification des régions du nord syrien sous leur contrôle dans le cadre d’un système fédéral applicable à l’ensemble du pays. Le même jour, Washington prévenait les participants qu’il ne reconnaîtrait pas la création en Syrie par les Kurdes d’une région unifiée et autonome dans les zones reprises à Daech.

Mais alors qui soutiendra demain le projet d’un Grand Kurdistan ? Israel ? En effet, seul le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est exprimé en faveur d’un tel État indépendant kurde, idée rejetée immédiatement par la Turquie, l’Irak et la Syrie. Israël a déjà fourni armes et conseillers au Kurdistan irakien et l’État hébreu a également aidé les Kurdes en achetant leur pétrole en 2015 même si le pétrole de Daech transitait lui aussi par les installations portuaires israéliennes. Business is business.

Dans le plan prévu de recomposition de l’espace syro-irakien, l’idée d’un état kurde indépendant est toujours apparue sur les cartes car cet État constituerait pour les Israéliens une formidable barrière contre des forces anti-israéliennes d’islamistes radicaux sunnites toujours prêts à se réveiller. C’est en fait l’idée logique du point de vue israélien d’un État kurde allié qui séparerait des deux ennemis potentiels, l’Iran, de la Turquie d’Erdogan et de son rêve d’une puissance ottomane.

Illustration : Vladimir Poutine annonce le retrait du gros des forces russes de Syrie

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