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« Nuit Debout » : petite séquence révolutionnaire !

Manif 1

« Nuit Debout » : petite séquence révolutionnaire !

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Michel Lhomme, politologue ♦

Les profs exultent : leurs jeunes élèves sèchent les cours contre la loi du Travail alors qu’ils ont été incapables de se mobiliser contre la réforme du collège, véritable régression pédagogique  acceptée dans l’ensemble puisque finalement, elle leur donnera moins de travail en abaissant le niveau des cours.

Les états-majors syndicaux auraient pu mobiliser contre la loi du collège mais ils ne l’ont pas fait. Pourquoi ? Mais c’est qu’ils acquiescent tous à cette fabrique des crétins. Par contre, mobiliser contre la loi Travail, c’était ressortir l’idéologie anti-patronale et  en France, on sait que cela tient toujours ses promesses. Ainsi, le mouvement contre la loi El Khomri ne peut pas se targuer d’avoir rassemblé un grand nombre de salariés du privé mais par contre, c’est vrai, il a su avec le temps mobiliser les lycéens et les étudiants et même a pu constituer une coalition organisée entre les fonctionnaires (cheminots inquiets de la privatisation du rail) et les mouvements de jeunes. Pour le reste, on sent bien que le gouvernement abandonnera son projet tandis que pour les organisateurs gauchistes, on se félicitera en coulisses d’avoir encore nourri quelques illettrés au mythe révolutionnaire français en leur interdisant tout de même de relire Sorel.

Comme un relent de Mai 68

Comme un relent de Mai 68

Comme d’habitude, le dénombrement des manifestants a beaucoup varié selon les chiffres officiels et les chiffres des organisateurs. La CGT a claironné plus de 1 million de participants, la police en a compté moins de 400.000. Si le million n’a probablement pas été atteint, le mouvement a néanmoins donné le sentiment  d’une véritable dynamique mais c’est en fait une dynamique conservatrice puisqu’il s’agissait pour chaque partie de ne surtout pas toucher au statut quo c’est-à-dire à tous les privilèges qui ruinent actuellement la France.

Dans cet archaïsme, le patronat français ne fut d’ailleurs pas en reste, archaïque, obtus, méprisant mais comment le lui reprocher quand personne au gouvernement n’est capable aussi de lui rentrer dans le tas.

Alors que la manifestation a donné lieu à des heurts à Paris (mais aussi en province), plusieurs organisations appelaient à maintenir la mobilisation par une « Nuit Debout », place de la République. L’appel a rencontré un succès certain. Cette pression continue laisse penser à certains que les mouvements de jeunesse pourraient avoir décidé d’en découdre jusqu’au bout, sans attendre la prochaine manifestation fixée au 5 avril par FO mais n’ayons crainte, la jeunesse analphabète est contrôlée puisque dans tous les cas, il est évident que les organisations syndicales cherchent à inscrire la contestation dans un rapport de force durable mais surtout maîtrisé.

Tout exclut quoiqu’on en dise un bouleversement social profond – celui que les pouvoirs publics craignent tant depuis des années. En cas de trop grand dérapage, il suffira à François Hollande d’apparaître  une nouvelle fois, faire une  déclaration, retirant son projet ou acceptant pourquoi pas la démission de el Khomri.

Il faut regarder les images : combien de manifestants vraiment concernés par cette loi défilent dans la rue? Probablement aucun. Les jeunes qu’on voit en majorité  sont peu métissés mais ce ne sont pas non plus les fameux étudiants qui ont un emploi, ceux-ci sont en fait au boulot ou en tout cas, essaient d’y aller comme les autres. Quant aux syndicalistes qu’on a sorti de leurs décharges horaires que permet encore le paritarisme, ce sont soit des retraités, soit des salariés de la fonction publique. Les intellos, il est vrai, sont eux en pleine crise d’onanisme aigüe puisque c’est vrai, ils l’ont vu, ils nous l’ont assuré : les tracts étudiants parlent d’un « nouveau mai 68 ». Du coup, quelques attardés gauchistes reconvertis psychologues pro-drogue en voiliers ou donneurs de leçons sur plateau télé rêvent à nouveau du grand soir tout en s’écartant bien sûr de toute action puisqu’ils ne sauraient – pensez-vous ! – cautionner la formule célèbre de Rebatet dans Les Décombres « Que vienne enfin le temps de l’action ! ».

Qu’on ne s’y méprenne pas : il n’y aura pas de révolution

C’est bien là tout le problème. Les étudiants et leurs maîtres n’ont pas changé de logiciel dialectique depuis près de cinquante ans. Ces manifestations ne sont pas dirigés contre la loi Travail. Le but de ces manifestations parfaitement organisées au départ est d’établir tout simplement un rapport de force politique des plus classiques avant l’entre-deux tours infernal que la société spectaculaire nous promet pour 2017. Il sert d’autres intérêts : d’abord, ce sont des règlements de compte internes au Parti Socialiste (à Rennes, on a vu des manifestants procéder aux funérailles symboliques du Parti de gouvernement) et puis, il s’agit aussi de maintenir une synergie de gauche contestataire, un « tour de chauffe » comme le remarque si justement George Feltin-Tracol en vue des élections présidentielles à venir dans le cas  d’une victoire du Front National au second tour. On peut aussi penser à préparer une candidature alternative comme une sorte d’Obamisme à la française qui serait incarnée par Christiane Taubira.

manif_2C’est pour cela qu’on ne vise pas du tout des changements sur le fond puisqu’une grande partie des manifestants ne demande qu’un retrait pur et simple de la loi, un geste donc de pure forme. En aucun cas, ces manifestations ne sont donc des manifestations anti-système. Pour les étudiants, ce ne sera ni plus ni moins qu’une victoire à la hauteur de celle contre le CPE d’Alain Juppé, prochain candidat favori  de la droite auquel en passant on se rappelle à sa mémoire et pour les syndicats liés à la fonction publique, cela leur permettra de négocier en position de force le maintien de leurs avantages catégoriels.

Il n’y a donc pas de risque révolutionnaire en France, ni à gauche, ni à droite. Ce style de propos est tribunitien. Nonobstant, la tragédie sociale dissimule la vraie tragédie politique du pays celle d’un Thermidor socialiste couché devant le nouvel ordre globalitaire. L’impasse du pays n’est pas révolutionnaire mais politique, le seul parti qui offre une alternative n’étant qu’un parti d’Ordre que l’on voit se renier tous les jours plus la gamelle approche. Les conflits sociaux existent mais ils sont isolés les uns des autres et sans modèle fédérateur pour les unir. La radicalité affichée dans ses manifestations n’est donc qu’une radicalité de circonstance, une manière de se défouler, d’attirer l’attention sur soi face aux autres radicalisations guerrières et religieuses, une sorte de surgissement d’Éros contre le Thanatos des attentat,s dans la logique des instincts de masse.

Certes, on fait ici appel à l’opinion pour déclencher l’intérêt des politiques mais on ne remet rien en question car que demande-t-on au juste face à la crise si ce n’est le statut quo, la garantie économique ou des revendications romantiques à la fois globales et éparses. Cela sent la weed à plein nez et surtout l’anarchisme diffus. La crise du politique français cristallise ici un changement d’état d’esprit et de mentalité qui risque d’être fort et durable. Il a tout bonnement amené les jeunes français à constater qu’ils n’ont plus aucun respect pour l’autorité puisqu’une autorité qui n’obtient pas de résultats est une autorité qui perd de toute façon sa légitimité. Nous avons  dans ces manifs bon enfant, le reflet d’une société qui, n’attendant plus rien de l’autorité, assume son dérèglement sans culpabilité et multiplie en chantant les gestes de désobéissance civile romantique.

Ainsi cela donne l’image d’un pays en rébellion adolescente et une communauté de citoyens quasi délinquante à certains égards mais totalement enfumée. In fine, une démocratie déceptive, un état d’urgence aléatoire mais aussi un système qui, pour ceux qui ne défilent pas, ne pourra s’en sortir que par la débrouille et nous éloigne donc définitivement d’une perspective révolutionnaire ou du coup de force.

Pour les gouvernants et tous ceux qui aspirent à gouverner demain, tout cela rend beaucoup plus compliquée la régulation démocratique puisqu’effectivement, quelque chose s’est structurellement déréglée dans la société, cassée avec l’autorité. Les citoyens n’obéissent plus qu’à eux-mêmes, persuadés que toutes les autorités sont là pour les rouler. Or, aucune vie politique ne peut se réorganiser dans une telle situation. C’est d’ailleurs sans doute aussi pour cela que l’état d’urgence est devenu un refoulé constitutionnel quand l’anarchisme citoyen est devenu permanent.

Bref, c’est la France du carnaval avec une multiplication de tribus qui décident de « s’éclater » dans les rues pour récupérer dans les manifs la gaité perdue par la stratégie organisée de la peur et du chaos, une micro-rébellion, une révolution spasmodique à l’image de son chef, l’homme convulsif à la main qui tremble.

  1. Christian Hivert
    Christian Hivert8 avril 2016

    « Nuit debout » oui mais : le démarrage de cette occupation est le fait d’une poignée de carriéristes qui occupent le devant de la scène spectaculaire des fausses luttes, ce que l’on appelle les extincteurs, qui viennent faire rentrer tout le monde à la maison pour aller porter la parole des pauvres à qui on fait accepter l’inacceptable, DAL est une création d’État il y a trente ans pour détruire le comité des mal logés qui devenait trop puissant et occupait des dizaines d’HLM refusant les relogement en taudis ou hôtels de marchands de sommeil, DAL n’a jamais obtenu de véritables relogements, toute leur propagande est mensongère, mais les centaines de personnes rassemblées sur la place ou qui commencent à se rassembler dans les autres villes ne sont pas DAL, et sont sincères, y a ras le bol et vrai désir de trouver des solutions pour influer sur les pouvoirs responsables, donc DAL est débordé pour le moment, sauf si le porte parole de tout cela redevient à nouveau l’extincteur en chef « Jean Baptiste Eyraud » président dictateur à vie de DAL, d’où risque de récupération du mouvement par ses habituels comparses manipulateurs et militants professionnels de l’arc ATTAC-NPA-SUD… pour le moment ils sont débordés… ☺

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