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Wladimir Poutine : un maître de la stratégie géopolitique

Vladimir Poutine

Wladimir Poutine : un maître de la stratégie géopolitique

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Yves-Marie Laulan ♦

Wladimir Poutine vient de réussir un triplé éblouissant qui en dit long sur les qualités de ce maître de la stratégie géopolitique.

On le disait ruiné par la chute du prix du pétrole, prêt à s’engloutir à son tour dans les sables syriens , comme naguère les Américains en Afghanistan . Le voici qui, contre toute attente, abat sur la table un carré d’as, enfin, au moins un tiercé. Décidément nos amis américains, et nos stratèges en chambre de l’Élysée, auraient bien des leçons à prendre du patron du Kremlin.

Car enfin, voici que d’un coup de maître, Poutine rafle la mise en un seul coup de poker menteur :
-Il réussit à remettre en selle son ami Bachar El Assad que le brave Hollande -aussi malheureux en stratégie militaire qu’en matière de chômage -avait décidé, de son propre chef, de vouer aux gémonies et condamné à disparaître en préalable à tout règlement politique sur la Syrie,
-il prête son concours et avec quelle efficacité, à l’armée syrienne, voici peu disqualifiée et prête à s’effondrer . Requinquée et efficacement soutenue par l’aviation et les forces spéciales russes, l’armée de Bachar El Assad repasse à l’offensive. Et la voilà capable de repousser sur le terrain, au moins partiellement, les équipes infernales du sinistre Califat. Celles-ci se sont révélées être en fin de compte de répugnants « tigres de papier », beaucoup plus efficaces pour égorger hommes, femmes et enfants que de se battre en soldats. L’armée russe au secours de la civilisation, voilà qui est peu banal.
-Il s’affirme enfin comme un arbitre incontournable du jeu politique au Moyen -Orient, ce que nos amis américains n’ont jamais réussi à faire. Et tout cela dans le dos de l’Oncle Sam qui semble s’être obstinément inscrit aux abonnés absents.

Le trait de génie de Poutine a été, son coup réussi, de ne pas s’attarder sur le terrain, comme les Américains l’ont fait sottement en Irak et en Afghanistan mais, bien au contraire, de plier bagages au plus vite et de rapatrier sans crier gare forces spéciales et avions tambour battant et alors que tout le monde s’attendait à l’inverse, de bien se garder d’aller faire du « préchi précha » aux Syriens au nom des droits de l’homme, de la femme, des chameaux avec ou sans bosses.

En Afghanistan, les Américains ont eu l’idée saugrenue de vouloir chasser les Talibans mais aussi changer les mœurs des Afghans, notamment en leur inculquant le respect de la femme. Imaginez un peu…C’est vouloir apprendre le solfège à des lapins. Rien de tel chez les Russes. Pas de prosélytisme superflu. Que les Syriens battent leurs femmes ou non, le soir ou le matin, ce n’est pas leur affaire.

En outre, on imagine sans peine que les aviateurs russes, et les troupes au sol, ont reçu pour consigne de faire vite et bien, c.a.d. de ne pas être trop regardant sur les pertes civiles, s’il n’était pas possible de faire autrement.
Là encore, les malheureux soldats américains n’ont jamais pu monter une opération d’une quelconque envergure au Vietnam ou en Afghanistan ou en Irak sans avoir à leurs trousses une meute de journalistes et d’observateurs des associations humanitaires. Ces dernières sont toujours prêtes à hurler à la mort devant le moindre manquement à la Charte des Nations Unies et de la Convention internationale sur les droits de l’homme. Allez donc combattre des guérillas sur le terrain dans ces conditions.

Quoiqu’il en soit, voilà notre Bachar El Assad remis en selle et renaissant de ses cendres, tel le phénix de la légende. Il y a fort à parier qu’il n’est pas prêt à quitter le pouvoir alors même que son contempteur français, l’ineffable François Hollande, semble bien condamné à l’abandonner (le pouvoir bien sûr ) dans la honte et l’indifférence.

Il est des agonies interminables. Celle de la fin du mandat de François Hollande n’échappe pas à cette règle. Il transforme en plomb vil tout ce qu’il touche, y compris le dossier de la déchéance de la nationalité. Non que le dossier lui-même fut mauvais, mais parce que l’était celui qui le présentait, François Hollande, lequel en espérait, on ne sait jamais, un petit sursaut de popularité. Il en aura été pour ses frais.

Car le malheureux aura été sans conteste le champion toutes catégories des présidences calamiteuses. Il aura tout raté, tout gâté, tout gâché. Il aura été le pire président de toutes les Républiques Réunies, de la Première à la Cinquième.

Il est vrai que le retour en grâce, au moins dans l’opinion , de Bachar El Assad a été savamment préparé et orchestré par une série de visites protocolaires de députés français, de Thierry Mariani, haut en couleurs, ancien tête de liste de la Droite Populaire jusqu’à Jacques Myard, le tout petit maire rubicond de Maisons Laffitte. Ancien diplomate qui a mal tourné, il brûle encore de jouer un rôle, enfin, sur la scène diplomatique.

On le comprend. On s’ennuie tellement à l’Assemblée nationale, devenue une simple Chambre d’enregistrement, plus qu’au Sénat qui a quand même de beaux jardins et une excellente cantine. Il n’y a qu’à voir la bonne mine florissante de Gérard Larché, le président du Sénat. Il faut des années de bonne chère sénatoriale en arriver là.

Quoi qu’il en soit, tout cela fait que Bachard El Assad, naguère décrit comme un odieux tortionnaire, assassin de son propre peuple à coup de gaz de combat, est redevenu un homme de bonne compagnie, parfaitement fréquentable.

Les bonnes âmes n’ont plus qu’à avaler leur chapeau. Il n’y a rien de tel que le succès pour blanchir une réputation. Il n’y a que le pauvre François Hollande qui n’a toujours rien compris au film. Son cas est désespéré. Mais comme les positions françaises sur la Syrie « comptent pour du beurre » tout le monde s’en f.….

Beaucoup plus intéressant est d’observer l’évolution de la diplomatie américaine sur la Syrie d’abord, mais, de façon plus générale, sur le Moyen-Orient. Il ne serait pas exagéré de parler d’un véritable désengagement américain dans cette région du monde. Ils s’y étaient pourtant si longtemps et douloureusement investis avec la Guerre du Golfe, la lutte contre Saddam Hussein, aux côtés d’Israël et de l’Arabie Saoudite contre l’Iran etc. etc..

Mais le fait est que l’Oncle Sam a été pratiquement absent pendant le renversement de la situation en Syrie. Ce n’est pas un hasard. Comme si les Américains, quelque peu las des efforts consentis jusqu’à présent, avaient tendance à se désintéresser du Moyen-Orient au profit des Russes.

Mais, en fait, on peut se demander si cela ne serait pas plutôt la manifestation d’un nouvel isolationnisme américain qui commence à se faire jour. Après 70 années de présence en Europe sous diverses formes avec l’Alliance Atlantique et l’OTAN en première ligne, l’Amérique est probablement en train de tourner son regard vers d’autres lignes d’horizon, dans le Pacifique notamment, où se joue plus vraisemblablement le sort du monde de demain.

 

Yves-Marie Laulan est président de l’Institut de Géopolitique des Populations

 

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