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Europe, Asie : les États-Unis en maîtres du monde?

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Europe, Asie : les États-Unis en maîtres du monde?

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  Michel Lhomme, politologue ♦

Les États-Unis auront, à partir de février 2017, une brigade blindée déployée en permanence en Europe de l’Est. C’est un signal fort pour dissuader toute velléité d’agression de Moscou après la saisie d’une partie du territoire ukrainien par des rebelles pro-russes et l »’occupation » de la Crimée.

Ainsi, des chars américains seront à nouveau présents en permanence sur le continent européen, alors qu’ils avaient été progressivement retirés dans les deux décennies qui ont suivi l’effondrement du bloc soviétique. L’Europe ne dit rien et de toute façon, les Européens s’en foutent.

Dès septembre 2014, le président américain avait parlé de la Baltique et dit que Tallinn, Riga et Vilnius étaient aussi importants à protéger que Berlin, Paris et Londres. Le Pentagone et l’Otan avaient déjà évoqué le déploiement par rotation de cette brigade blindée (4.200 soldats) en Europe orientale, sans toutefois donner de calendrier précis. C’est maintenant chose faite.

Notons que depuis le printemps 2014, l’Otan a pris toute une série de mesures pour rassurer les pays alliés d’Europe de l’Est, comme l’ouverture de centres logistiques, le prépositionnement de matériel, l’envoi d’avions de chasse dans les pays baltes ou le déploiement de navires en mer Baltique et en mer Noire. Moscou de son côté a régulièrement mis en garde contre le « stationnement permanent » de forces de combat alliées substantielles à sa frontière, qu’elle considère comme contraire à l’Acte fondateur Otan-Russie, signé en 1997.

Nonobstant, la nouvelle brigade blindée américaine en Europe ne sera pas « stationnée » en permanence, puisqu’elle sera déployée par rotation successives de 9 mois d’unités basées à l’extérieur de l’Europe, selon les indications fournies par le Pentagone la semaine dernière. Le Ministère de la Défense américain a indiqué que six pays étaient concernés par ces rotations (Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, et Bulgarie), sans en préciser les modalités pratiques. L’armée américaine dispose déjà en Europe d’une brigade Stryker d’infanterie stationnée à Vilseck en Allemagne, et d’une brigade aéroportée basée à Vicenza en Italie sans compter sa base du Kosovo. Avec la nouvelle unité annoncée, l’armée américaine sera en mesure d’avoir très rapidement une division prête à combattre immédiatement en Europe contre la Russie. Le déploiement de la brigade blindée ne change toutefois pas les effectifs globaux de l’armée américaine en Europe, qui restent à 62.000 personnes, bien loin du demi-million enregistré au plus fort de la guerre froide.

Washington a annoncé sa volonté de quadrupler en 2017 à hauteur de 3,4 milliards de dollars les dépenses destinées à muscler sa présence militaire en Europe. Cette volonté américaine de conforter l’Otan et ses membres n’est cependant pas unanimement partagée aux Etats-Unis.  Donald Trump, le favori de l’investiture républicaine à la Maison Blanche n’a pas ménagé en effet ses critiques contre l’Otan, jugée trop coûteuse pour les finances américaines.  « Pourquoi est ce que l’Allemagne ne s’occupe pas de l’Otan sur l’Ukraine ?« , a-t-il demandé la semaine dernière.  Le Pentagone, fait rare, a immédiatement réagi par la voix du général Joe Dunford, le plus haut gradé américain, estimant qu’il était « difficile de voir » comment on pouvait poser la question de la pertinence de l’Otan, étant donné son rôle actuel face à la Russie ou sur d’autres théâtres comme la Méditerranée ou l’Afghanistan mais il n’a pas curieusement cité la Syrie et la Libye.

L’Asie pivot de la politique étrangère US

Les Philippines et les États-Unis ont donné le coup d’envoi lundi 4 avril d’une vaste campagne commune d’exercices militaires juste au moment où Pékin demandait aux « étrangers » de ne pas se mêler des différends territoriaux en mer de Chine méridionale. Les manœuvres baptisées Balikatan (épaule contre épaule), doivent durer 11 jours et ont été lancées par une cérémonie discrète à Manille. Le secrétaire américain à la Défense Ash Carter est d’ailleurs attendu dans l’archipel la semaine prochaine pour assister à des tirs d’artillerie à munitions réelles et se rendre à bord de bâtiments de la marine américaine déployés pour l’occasion. Environ 5.000 soldats américains et près de 4.000 militaires philippins participent à l’exercice, de même que 80 soldats australiens. Pour la Chine ces « exercices sont le point d’orgue des récentes tentatives de Manille pour impliquer des étrangers dans une querelle régionale » selon l’agence officielle Chine Nouvelle.  Pékin continue de maintenir sa revendication des droits de souveraineté sur la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale, dont les sols renfermeraient de précieuses réserves minérales et d’hydrocarbures or certaines zones sont revendiquées par Brunei, la Malaisie, Taïwan, le Vietnam et les Philippines.

Depuis des mois, la Chine mène d’énormes opérations de remblaiement d’îlots. Elle transforme des récifs coralliens en ports, pistes d’atterrissage et infrastructures diverses, imposant par le béton son contrôle militaire de la zone toute entière. D’un point de vue américain, c’est déjà trop tard. Washington a renoncé mais ce qu’elle semble vouloir martialement indiquer à la Chine c’est qu’elle ne permettra pas la coupure des voies maritimes et aériennes dans la région. Les États-Unis ont donc déjà dépêché des bombardiers et des bâtiments de guerre près des zones de travaux. Légèrement provocatrice, la Chine a demandé cependant aux États-Unis, de  » clarifier sa stratégie » visant à faire de cette région un « pivot » de sa politique étrangère. Les Philippines sont au premier plan et se préparent à donner cette année aux forces américaines l’accès à cinq bases de l’archipel, dont certaines sous-marines proches de la mer de Chine méridionale.

Et encore l’isolationnisme militant de Trump

Le candidat républicain à la Maison Blanche Donald Trump a suggéré dimanche que Tokyo et Séoul devraient peut-être se défendre seuls et se doter de l’arme nucléaire. Malcolm Turnbull, le premier ministre australien a déclaré aussitôt à Sky News que Canberra, puissance régionale alliée de Washington, était « opposée à la prolifération des armes nucléaires ».  De toute évidence, selon le point de vue australien, les propositions de Donald Trump ajouteraient considérablement aux tensions et aux risques de conflit dans la région. Quant à Séoul et à Tokyo, ils sont restés discrets sur les propositions du milliardaire américain. Près de 30.000 soldats américains sont déployés en Corée du Sud et 47.000 au Japon.

Á quelques mois des prochaines élections présidentielles américaines, il devient difficile de prévoir la future politique étrangère des États-Unis. Isolationnisme ou interventionnisme ?

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