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Scandale post-mortem pour Erik Satie

Erik Satie

Scandale post-mortem pour Erik Satie

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Philippe Randa, directeur d’EuroLibertés ♦

Le compositeur Erik Satie, pourtant mort en l’année 25 du siècle dernier, vient d’être au centre d’un affrontement politique d’importance au Conseil municipal d’Arcueil (Val-de-Marne)…

Le maire entendait faire voter une subvention extérieure d’un maximum de 50 000 euros à l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de ce musicien qui avait habité la commune, y avait fondé le groupe musical « L’École d’Arcueil »… et y est même enterré.

C’était sans compter sur Denis Truffaut, conseiller Front national, qui s’y opposa au prétexte que musicien peut-être, mais non seulement alcoolique et « illuminé », mais qui surtout communiste notoire…

Ses collègues du Conseil municipal aurait pu rétorquer à l’élu rechignant ainsi à accorder la générosité des impôts de ses concitoyens que s’il fallait trouver un artiste, quel que soit l’art où il excelle, dénué de tous défauts et parangon de vertus multiples, la liste risquait de s’avérer courte, voire même inexistante… et qu’a contrario, les plus grands artistes furent souvent et très fortement dépendants d’addictions multiples et variées : alcool, stupéfiants, sexe, médicaments… reste à déterminer si le militantisme, fusse-t-il souvent fanatique, est ou non lui-même une addiction. Vaste débat !

Ce n’est évidemment pas l’alcoolisme ou l’aspect foutraque d’Erik Satie – ex-gourou d’une « Église métropolitaine d’art de Jésus-Conducteur » dont il fut, nous indique l’encyclopédie Wikipedia (citée d’ailleurs par l’élu frontiste), « le trésorier, le grand-prêtre, mais surtout le seul fidèle » – qui déclencha les jours suivants l’indignation de la presse institutionnelle française, du Parisien au Monde, via France musique

On s’en doute, c’est bien entendu la mise en cause de ses convictions communistes : « … l’argent public ne doit pas servir à honorer un compositeur alcoolique membre du Parti communiste », a martelé le Frontiste.
Et le journaliste du Monde de s’étrangler d’indignation contre ce « dérapage » qualifié quasiment d’hérétique, et d’écrire avec un aplomb qui peut faire sourire que « jusqu’à preuve du contraire, l’argent public en France permet de jouer et d’honorer tous les compositeurs, indépendamment de leurs opinions politiques, religieuses ou même de leurs mœurs. Cela s’appelle la République ! »
Et de citer Moussorgski ou Glazounov alcooliques notoires… et Charles Koechlin Louis Durey, Elsa Barraine, Jean Wiéner, Erwin Schulhoff, Hanns Eisler ou Luigi Nono qui crûrent « au bien commun et aux avancées sociales à une époque où l’on pouvait y croire »…

Grand bien leur firent, mêmes s’ils attendirent en vain et ignorèrent, sciemment ou non, la réalité de ce Paradis Rouge qui enflammait leurs rêves, réalisé avec force dénonciation, déportation et exécution, dans les républiques dites populaires, derrière un Rideau de Fer de sinistre mémoire…

Quoiqu’il en soit, l’intervention de l’élu frontiste, pour discutée et discutable qu’elle soit, a au moins un avantage : faire connaître à un grand nombre de Français un artiste dont beaucoup n’avaient sans doute guère ou jamais entendu parler…

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