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La Périchole d’Offenbach à l’Odéon de Marseille

La Périchole 5

La Périchole d’Offenbach à l’Odéon de Marseille

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Hervé Casini ♦

Un chef d’œuvre entre opéra-bouffe et opéra-comique .

Écrire que « La Périchole » est un chef-d’œuvre, entre opéra-bouffe et opéra-comique, n’est aujourd’hui une évidence que pour un public, hélas de moins en moins renouvelé, qui connait l’importance de cet ouvrage dans le patrimoine musical français.

Nous ne nous étendrons donc pas sur les multiples « intertextualités » d’une partition regorgeant de multiples références au bel canto, à l’opéra romantique italien et au genre « grand opéra » qui avaient occupé le haut du pavé des salles parisiennes dans toute la période précédent le règne d’Offenbach et, en particulier, à Donizetti dont La Favorite inspira, à l’occasion, tant le texte signé Meilhac et Halévy que la musique.

©Christian Dresse

©Christian Dresse

C’est dire combien, dans « La Périchole », le « beau chant » règne en maître et rend indispensable l’emploi de trois interprètes de premier plan pour incarner le Vice-Roi, Piquillo et le rôle titre. La distribution réunie par la direction artistique du théâtre de l’Odéon comble en cela toutes nos attentes, ce qui ne saurait vraiment étonner quand on sait que Maurice Xiberras, également directeur de l’Opéra, est un vrai connaisseur des voix.

De fait, Alexandre Duhamel, dont on suit par ailleurs les engagements multiples dans le domaine lyrique sur les grandes scènes d’Europe, trouve en Don Andrès, le Vice-Roi, un rôle taillé pour ses moyens naturels, déjà considérables. La voix sonne fièrement sur toute l’étendue de l’ambitus et les accents incisifs confirment que l’on se trouve là face à l’un des grands barytons de la galaxie lyrique de demain.

Piquillo demande des moyens de ténor léger alliant souplesse dans la vocalise et brillant dans les aigus : le jeune Rémy Mathieu, révélation jeune artiste lyrique de l’ADAMI 2013, dispose, outre le physique du rôle, de ces qualités et est assurément un artiste à suivre dans son évolution vocale.

©Christian Dresse

©Christian Dresse

On retrouve, de surcroît, avec plaisir Emmanuelle Zoldan dans un théâtre où elle a remporté, en 2009, le premier prix du concours international d’opérettes de Marseille et où elle est revenue, depuis lors, à maintes occasions. Cette belle mezzo-soprano conduit intelligemment son instrument, n’essayant jamais de forcer des moyens naturels qui devraient prochainement lui permettre de regarder vers un répertoire plus dramatique.

Il convient enfin d’insister, pour ces trois interprètes, sur la qualité de style et de prononciation du français ainsi que sur une authentique vis comica qui trouve, pour nous, dans le trio du cachot du deuxième acte, son meilleur moment.

Mais réussir « La Périchole » rend indispensable de faire évoluer autour de ce trio une compagnie d’interprètes maîtrisant le style si exigeant du « petit Mozart des Champs-Elysées ». Là encore, la réussite est totale : Des incarnations des deux gentilhomme-courtisans, Don Miguel et Don Pedro, trouvant en Dominique Desmons et Jacques Lemaire d’authentiques chanteurs-acteurs au ton juste et n’ayant pas besoin d’en rajouter pour être naturellement amusants, jusqu’aux trois cousines, délicieusement piaillantes de Virginy Fenu, Violette Polchi et Valentine Lemercier, constituant un ensemble vocal parfaitement harmonieux.

©Christian Dresse

©Christian Dresse

Le choix du metteur en scène et de la direction d’orchestre sont peut-être plus encore décisifs dans un genre où les poncifs restent encore fréquents : le choix de Jean-Jacques Chazalet, pour le premier, s’avère excellent, comme l’on pouvait s’en douter du fait de l’amour que nourrit pour l’opérette celui qui a œuvré aux destinées de ce même théâtre pendant de nombreuses années. A l’aide de décors imposants, de costumes chatoyants et d’accessoires bien pensés, sachant reproduire avec tout ce qu’il faut de fidélité et, à l’occasion, avec un certain second degré, les maisons de Lima, une salle de Palais ou un cachot inquiétant, cette production laisse dans le souvenir du spectateur une sensation lumineuse bienvenue. Quant à la direction d’orchestre de Jean-Pierre Burtin, chef au répertoire passant avec bonheur du lyrique à la comédie musicale, elle sait mettre en évidence, au-delà de toute espagnolade, les raffinements d’un joyau de notre patrimoine musical.

Au final, comme il se doit dans ce répertoire, multiples rappels et reprises pour un spectacle d’une haute tenue artistique.

 

Illustration en tête d’article : © Christian Dresse

 

 

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