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Mayotte, fin des barrages sur fond de drame : le Préfet sur le départ ?

Mayotte Barrages 18

Mayotte, fin des barrages sur fond de drame : le Préfet sur le départ ?

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Michel Lhomme, politologue ♦

Toute la semaine dernière, la grève générale a continué à Mayotte.

La population a dressé plusieurs barrages, en particulier dans le Sud de l’île. Cela a donc duré près de quinze jours. La grève générale a commencé comme reprise d’un mouvement qui avait été lancé en octobre 2015 sur le mot d’ordre de l’égalité réelle. On ne comprend pas trop les atermoiements du gouvernement car après tout, ce mot d’ordre devrait plaire aux socialistes puisqu’il reprend les termes mêmes du rapport Outre-mer de Victorin Lurel sur « l’égalité réelle ».

Mais voilà, nous sommes au cœur du débat : entre la démagogie gouvernementale qui transforme l’égalitarisme de l’outre-mer avec la métropole en proposition de suppression à venir de l’indexation des fonctionnaires et autres avantages ultra-marins et l’incapacité de la rue Oudinot à mettre au pas définitivement la pratique frauduleuse des prix dans les grandes surfaces ultra-marines sans compter celle du règlement de l’octroi de mer, il a le fossé des reculades et de l’immobilisme gouvernemental qui dure depuis des décennies. Pourtant, l’égalité des conditions devra passer par là et l’État ne pourra toucher à l’indexation ultra-marine des fonctionnaires sans heurts s’il n’attaque pas de front le patronat ultra-marin et exige de lui une baisse des prix et la fin des défiscalisations et des prébendes de toute sorte.

En tout cas, cinq ans après l’attribution irréfléchie du statut de département à Mayotte, la situation n’évolue guère et sur tous les plans, éducatif, sécuritaire, sanitaire, elle ne fait qu’empirer de jour en jour. Or, les Mahorais demandent tout simplement l’application de l’intégralité du Code du Travail, ainsi que l’égalité des prestations sociales avec la France. Ils revendiquent aussi une hausse des revenus des retraités, l’alignement de la sur-rémunération sur celle de La Réunion soit 53 %. Disons-le franchement : ils ont raison.

On ne transige pas en droit sur l’égalitarisme républicain et l’on doit être cohérent sur les décisions antérieures prises qui ont été soutenues par toute la drauche réunie. Ou alors, si l’on veut revenir en arrière, il faut du courage pour le faire mais où est le courage politique quand, depuis longtemps, on gouverne à la petite semaine et toujours sur le court terme. Les syndicats mahorais s’appuient d’ailleurs sur un rapport de la Cour des comptes, qui en janvier, a pointé les retards de l’île dans la mise en place du droit commun  tout en fustigeant l’incohérence des décisions jospinistes et sarkozistes sur la départementalisation.

Dans la semaine, le mouvement s’est étendu dans toute l’île. Les manifestants ont choisi de barrer les routes et dans la chaleur locale et l’impétuosité de la jeunesse, il y a eu, dixit la vice-rectrice, des « incidents d’une extrême gravité ». Du coup, mercredi dernier, le gouvernement annonce l’envoi de forces de l’ordre supplémentaires à Mayotte, pour faire face aux violences urbaines qui secouent le département français depuis plusieurs nuits. Ces violences combinées au mouvement social ont effectivement rendu la situation de l’île explosive comme nous l’avions prédit dans deux articles précédents et elles perturbent bien évidemment totalement l’activité économique.

Se greffant sur le mouvement social, des groupes de jeunes cagoulés ont commencé le week-end dernier à caillasser chaque nuit voitures et habitations autour du stade Cavani, seule partie de Mamoudzou bien éclairée et traditionnel lieu de rencontre de ceux qui veulent prendre l’air. La préfecture a évoqué des affrontements entre « bandes rivales » pour minimiser aussi les propos hostiles et parfois racistes des jeunes ulcérés contre les mtzungus (les « blancs »).  Après une nouvelle explosion de violences dans la nuit de lundi à mardi qui faisait suite à celle du week-end dernier que nous avions relaté, la préfecture a mis en place mardi soir un dispositif de sécurité renforcé dans certains quartiers de Mamoudzou, ce qui a permis selon elle de contenir les violences, même si une centaine de jeunes ont encore dégradé des véhicules. La décision qui avait été prise par le ministère de l’Intérieur d’envoyer des renforts dans l’île est aussi due au fait que les forces de l’ordre présentes sur place sont à bout, en plein burn out : elles n’ont parfois pas été relevés depuis des mois. Pour presque s’excuser, la Ministre de l’Outre-mer, madame Pau-Langevin a tenu à préciser qu’en 2015 et 2016, les effectifs de sécurité ont augmenté à Mayotte de 135 personnes. Peut-être mais pas de juges supplémentaires, des prisons pleines et des délits comme l’assurance obligatoire des scooters qui ne sont même plus verbalisés puisque les assurances refusent de les garantir.

Mayotte est-elle encore dans la République ?

Samedi, une marche blanche était organisée suite au coup de poignard mortel reçu par un père de famille, restaurateur  de Dembéni alors qu’il allait chercher son fil au club de Judo. C’est le premier mort officiel des événements mahorais, du laxisme sécuritaire de l’île même si du coup le préfet a mis les bouchées doubles pour retrouver le coupable un jeune mineur de seize ans tout en cédant immédiatement à la réunionite administrative . Déjà, dimanche 10 avril, des habitants excédés s’étaient rassemblés sur la place centrale de Mamoudzou pour dénoncer les violences tandis que dans le quartier de Doujani, d’autres ont « exposé » leurs voitures caillassées, en bloquant ainsi à leur manière les carrefours. Toute la semaine, malgré l’appel irresponsable du rectorat à aller coûte que coûte à l’école, celles-ci étaient vides. Les enseignants du primaire comme du secondaire sont restées très souvent cadenassées chez eux, morts de peur, dans leurs appartements tous grillagés regardant les informations à la télévision. Mercredi et jeudi, les rues étaient quasi désertes et toute l’activité tournait au ralenti. Les entrepreneurs courageux qui doutaient encore de quitter définitivement l’île envisagent tous maintenant de plier bagage tandis qu’à la rentrée, le rectorat sait déjà que les vacataires dépasseront les titulaires, qu’un nombre croissant de postes ne seront pas pourvus et que des démissions en chaîne sont à pourvoir pour l’été. Mais là encore, à qui la faute quand on ose même mégoter sur les primes des professeurs volontaires ou leurs frais de voyage ? A qui la faute quand pour ne jamais faire de vagues et mettre sur la table le vrai problème de Mayotte à savoir la question migratoire, on alimente la seule cause criminogène du territoire ?

Pour la ministre des Outre-mer, il faut d’ailleurs traiter « parallèlement » les revendications syndicales et les violences urbaines mais on l’attend au tournant.  Concernant les jeunes, qui représentent la moitié des 220.000 habitants, la Ministre souhaite « renforcer la prise en charge de la protection de la jeunesse » car pour l’instant, fait-elle remarquer, « ce sont des services un peu embryonnaires ». Or, l’État ne verse même pas les subventions aux associations de jeunesse. Selon Rivomalala Rakotondravelo, syndicaliste SNUIPP, les violences sont liées au manque d’encadrement. « Un élève en école élémentaire en métropole représente 7.400 euros d’investissement par l’Etat. A Mayotte, on est à 4.300 euros. Voilà l’injustice ». Bien sûr, la ministre a rappelé que 217 classes ont été construites en 2015 à Mayotte, pour 70 millions d’euros et effectivement, la vice-rectrice, Madame Costantini passe son temps à couper des rubans  et c’est même la seule chose dont elle se vante sur le portail internet du vice-rectorat. Nous l’avons écrit la fois dernière en reprenant les propos d’un ancien vice-recteur : l’Education nationale aura beau construire à gogo, elle ne pourra jamais suivre la fertilité des utérus comoriens. Comme pour la dette du pays tout entier, Mayotte est en réalité un puits sans fond tant que la question migratoire n’est pas résolue et la question migratoire ne serait rien si elle ne concernait qu’Anjouan comme on veut nous le faire croire en stigmatisant de manière éhontée les Anjouanais. Elle concerne les Comores toute entière, Madagascar et l’Afrique. Si l’Etat parle de collectivités exsangues pourquoi ne verse-t-il pas qu’avec retard les dotation qui leur sont dues ? A noter que cette semaine, un seul candidat présidentiel, Dupont-Aignan a demandé la suppression du droit du sol à Mayotte .  Le Front national est resté muet.

En tout cas, ce vendredi 15 avril, les syndicats mahorais ont rencontré à Paris les directeurs de cabinet des ministères concernés. Manuel Valls ne s’est pas déplacé, lui qui projetait pourtant de visiter Mayotte avant la fin avril. Un protocole d’accord a finalement été signé par le Ministère de l’Outre-mer afin d’engager des négociations sur différentes revendications de l’Intersyndicale, avec la fixation d’un échéancier la plupart du temps. Des droits sociaux nouveaux à Mayotte ont bien été actés. Loin de faire l’unanimité, l’Assemblée générale des grévistes a voté samedi à une très courte majorité la suspension de la grève pour ce lundi. Mais on parlait déjà vendredi de l’« échec de la levée des barrages ». Après le mort de ce week-end, Mayotte peut-elle vraiment retrouver la sérénité de l’île aux parfums ? L’État va-t-il enfin prendre le problème migratoire par les cornes ? Va-t-il enfin s’occuper à ramener les jeunes orphelins des forêts et des bidonvilles à la décence c’est-à-dire faire respecter et appliquer à Mayotte la convention internationale des droits de l’enfant ?

Mansour Kamardine, le président de la section mahoraise du parti Les Républicains, a réagi dès lundi matin sur la délinquance, et l’insécurité qui sévissent à Mayotte, et il a redit encore une fois que Mayotte est « aux portes de la guerre civile ». Il a interpellé ce matin fermement dans une matinale sur la télévision locale le représentant de l’État en la personne du préfet Seymour Morsi « il n’y a pas un seul jour où l’on n’est pas en insécurité, quand le préfet prendra t-il ses responsabilités ? ». Le député dénonce et accuse la mauvaise gestion de cette crise par le gouvernement. De nombreuses pétitions sur les réseaux sociaux demandent effectivement la démission du préfet. « Le préfet, oui ou non doit-il partir ?» Tel était d’ailleurs l’objet de Face à face, l’émission politique mahoraise du lundi matin.

En savoir plus :
Quand la logique de l’antiracisme finit par les camps…
Outre-mer : mayotte dans l’impasse.
Mayotte en insurrection

 

 

 

  1. Robert41
    Robert4122 avril 2016

    Mayotte c’est du colonialisme, il serait peut être temps de détricoter ces paradis terrestres de sable chaud et de mer azurée qu’une République en faillite, ne peut égaliser socialement. Choisir entre l’esprit et la lettre et pour se faire, nous retirer de ces perles de collier qui ne sont plus faites pour une réalité française. Les Allemands ont compris depuis longtemps ce piège de l’outre-mer et des anciennes colonies.

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