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Action française et Nuit Debout : retour aux sources ou le retour des vieilles lunes ?

Le Retour Des Vieilles Lunes

Action française et Nuit Debout : retour aux sources ou le retour des vieilles lunes ?

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Michel Lhomme, politologue ♦

retour-aux-sources_AFMarion Maréchal-Le Pen est intervenue avec le maire de Béziers Robert Ménard au colloque de l’Action Française. Pour des militants frontistes, Marion représente de plus en plus l’espoir face au clan Philippot. Dans la salle de la rue Croix-Nivert du XVe arrondissement, la salle était pleine pour ce colloque intitulé « Je suis royaliste, pourquoi pas vous?» En fait, relire Maurras ou Daudet en 2016 est sans doute une bonne opération sanitaire mais à condition de s’en prendre férocement à l’oligarchie politique. Peut-il y avoir place en France pour le retour au nationalisme intégral alors que place de La République, on fustige les frontières et que Macron fleurit Jeanne d’Arc à Orléans ?

A l’évidence la Raie-publique et la démo »crassie » sont en fin de course. Rappelons-nous effectivement Maurras, « La démocratie, c’est le mal, la démocratie c’est la mort…» ou citons l’écrivain argentin Jorge Luis Borges : « La démocratie, c’est de la statistique abusive, et rien d’autre. Personne ne pense que la majorité puisse avoir des opinions valables en matière de littérature ou de mathématique. Mais on suppose que tout le monde peut opiner d’une manière valable sur la politique » (El Mercurio, Santiago du Chili, 30-8-1976). Ainsi, en relisant Maurras, on finit par comprendre que seul un pouvoir qui ne doit pas ses droits aux autres c’est-à-dire un pouvoir indépendant ou « absolu » (sans liens) est capable d’assurer le bien du peuple et la défense de l’intérêt général.

Place de la République, on est aussi dans les vieilles lunes mais là c’est la démocratie des pires sectaires, les Lordon et les Ruffin, la démocratie des petits commissaires du peuple qui se prennent pour des révolutionnaires en défendant à satiété les valeurs idéologiques du système mais sans l’économie, comme si l’on pouvait vivre coupé de la richesse matérielle.

Le plus surprenant dans Nuit debout, c’est de voir comment après la stratégie du chaos et de la peur (le péril des attentats), la stratégie de la diversion fonctionne en empêchant sur la place toute forme d’expression réellement révolutionnaire. On est alternatif mais par exemple on est pour l’Europe et l’entrée des Turcs, fournisseurs de haschich à bon prix. C’est l’extrême-gauche dans toute sa splendeur rétrograde : allez-y mais ne parlez pas de tout ! Libre parole mais fermez votre gueule. Déjà comme à Calais ou à Dunkerque mais dans la tête cette fois-ci, la logique des camps. Nuit Debout exalte l’égalité, l’amour de l’Autre, la paix dans le monde et toutes les déclinaisons universalistes de la « moraline » mais cette utopie généreuse est l’essence même du pouvoir en place : le déni de la réalité. Il s’agit d’une communauté hors sol, d’un royaume de l’Illusion, exactement comme les jeunes hommes de l’Action française aux cravates fleurdelisées. Tous ses militants sont incapables d’affronter la peur, la vraie peur celle du grand remplacement, de la fin de race, du déclin de la civilisation alors que ce soit avec le divin roi dans une salle choisie ou place de la République dans l’anarchie de la rue, ils préfèrent se réfugier en dehors de la réalité dans une microsociété renfermée sur elle-même où antiracistes, néo-hippies et autres joueurs de tam-tam pullulent.

Nonobstant, peut-on réellement mettre sur le même pied un colloque de l’Action Française et une manifestation de Nuit debout ? Le déni de réalité des uns ne se heurte-t-il pas là de plein fouet aux dits fascistes, ceux qui justement rappellent la réalité tyrannique du démocratisme de masse ? Entre la « commission immigration » qui milite pour l’ouverture totale des frontières, la « commission féministe » qui présente l’homme blanc comme le mal à exterminer, la « commission LGBT » qui véhicule le prosélytisme homosexuel ou encore les commissions « droit de l’humain » et « antispéciste » pour un droit des animaux mais sans remettre en question les abattages de la viande hallal ou casher au nom du « padamalgame », les travaux de ces commissions resucées du Fhar de Guy Hocquenghem, des GIP de Foucault ne sont en fait destinés qu’à eux-mêmes. Une constitution est en cours de rédaction. De qui sera-t-elle la loi fondamentale ? De l’ordre juridique du Royaume de l’Illusion ? Les normes et le langage – sur lequel veille une « commission vocabulaire » – agissent sur les nuitdeboutistes comme un placebo leur permettant de ne pas faire face au désastre que subit l’Europe or si on ne parle pas de ce désastre et de l’Europe, de quoi parle-t-on alors ? C’est Paul Matilion qui dans un article pertinent, a relevé pour Eléments ce royaume de l’illusion des Nuits debout  auquel nous empruntons.

Et puis posons la question qui dérange : s’il s’agissait tout simplement d’emmener la contestation dans le mur, de casser en fait la dynamique du pays, de faire en sorte que l’opinion se retourne vers l’ordre altermondialiste et digère l’antiracisme en nouvelle religion civile?  Nuit Debout n’est pas un mouvement populaire spontané grouillant d’idées en phase avec le pays réel mais apparaît de plus en plus comme une structure préétablie où tout débat d’idées doit être conforme à l’idéologie égalitariste et antiraciste.

Celui qui sort de ce cadre, qui manifesterait une quelconque velléité est immédiatement ciblé et dénoncé comme un ennemi qu’il faut chasser à coups de latte. Si Nuit debout dénonce un régime autoritaire ou un nouveau régime de contrôle absolu, un régime autoritaire qui tue ce régime existe et il n’y en a qu’un dans le monde : ce sont les États-Unis, dont Nuit Debout ne dit rien !

En tout cas, après avoir beaucoup contribué à saper les bases de l’autorité, en particulier à l’école, ce gouvernement s’achève dans les soubresauts de l’anarchie. C’est la Gauche contre la Gauche : une Gauche anarchiste dans la rue contre une gauche gouvernementale aux manettes. Deux gauches momentanément antagonistes mais pourtant unies depuis longtemps dans la même idéologie et la même démagogie avec face à elle la droite ringarde ou la droite des affaires et des forces de l’ordre de plus en plus désemparées par l’occupation des places publiques, les affrontements de rue, les manifestations sauvages…et cela alors même que le pays est en état d’urgence constitutionnalisé” ? C’est curieusement en effet à l’heure où la police et l’armée occupent les rues dans une proportion inédite que l’espace social tend à se radicaliser. Il lui faut maintenant sauter le cap et affirmer le refus du mirage électoral et justement pour cela relire Maurras, Daudet et Massis.

  1. Antiquus
    Antiquus12 mai 2016

    Votre renvoi dos à dos de l’AF et des gauchistes me paraît injuste et motivé par la rancune plus que par les constatations objectives. Votre reproche fait à l’AF et ses « militants incapables d’affronter la peur, la vraie peur celle du grand remplacement, de la fin de race, du déclin de la civilisation alors que ce soit avec le divin roi dans une salle choisie » ne correspond pas à la réalité. Je constate aujourd’hui que, contrairement à ce qui existait il y a vingt ans, les discours des jeunesses de toutes les droites radicales est fortement convergent. Ils vibrent aux mêmes choses et partagent les mêmes hostilités. Ils partagent la même hostilité au libéralisme et à la dictature de la finance, à l’immigration-invasion, à l’idéologie des Droits de l’homme. On peut même dire que le même discours peut servir indifféremment à chacun des mouvements qui rassemble la jeunesse nationaliste. Il faut s’en réjouir plutôt que le déplorer.

    • LHOMME
      LHOMME9 juin 2016

      dont acte et au combat !
      ML.

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