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Mayotte : c’est loin d’être fini

Mayotte Paysage

Mayotte : c’est loin d’être fini

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Michel Lhomme, politologue ♦

On compte même un mort de plus . Frédéric d’Achery, 84 ans, ancien maire de Koungou de 1983 à 1995 dans le nord de Mayotte, et ancien conseiller général, est décédé mercredi des suites d’une agression. Le procureur de la République, Joël Garrigue, a indiqué jeudi qu’une autopsie devrait être effectuée vendredi, sans fournir de précisions sur les causes du décès mais le préfet s’est empressé de minimiser le décès en parlant de crise cardiaque. Pourtant d’Achéry a bien été agressé par un cambrioleur qui s’était introduit chez lui et qui lui avait asséné des coups de marteau sur la tête même si brièvement hospitalisé, l’élu était, il est vrai ressorti, avec plusieurs points de suture. La question est toujours – et c’est la même chose en métropole – le déni  des réalités par les autorités  incapables d’assurer la sécurité de ses citoyens, première fonction pourtant de l’État. Or, ce qui se passe à Mayotte anticipe ce qui se passera demain à une autre échelle en France.

La mort de l’ancien élu survient après le meurtre, il y a deux semaines, d’un restaurateur de 38 ans, poignardé au cours d’un vol en réunion par trois mineurs et qui avait suscité une vive émotion et une grande marche avec plusieurs milliers de personnes le 19 avril à Mamoudzou pour protester contre l’ insécurité et les violences grandissantes de l’île. Hier mercredi 11 mai, c’est un jeune garçon qui a été poignardé dans un bus. Agé de 15 ans, il aurait reçu plusieurs coups de couteau. Le 12 mai, à 19h29 heure locale nous recevions cette dépêche : « Plusieurs témoins nous informent de caillassages au niveau du rond point Méga à Kaweni. Des personnes munies de barres de fer auraient été également vues. Du côté de Vahibé, une bande de voyous serait en train de descendre vers Passamainty avec des chombos et des chiens. »

En attendant, on naît toujours autant à Mayotte et le personnel hospitalier est en burn out. Du coup, les syndicats du personnel ont déposé un préavis de grève illimitée et celle-ci a commencé ce 11 mai. Ils condamnent les conditions dans lesquelles médecins, sages femmes et infirmiers exercent leur métier. La suractivité est indéniable dans tous les secteurs médicaux de l’île.  Depuis le début de l’année, 28 enfants en moyenne sont nés par jour à Mayotte (28 enfants étrangers devenant français par le droit du sol  !) or cela impose aux maternités une cadence infernale en termes de prise en charge des mères et de leurs nourrissons, mères  très souvent comoriennes ou africaines  souffrant souvent de grosses pathologies. 30 millions d’euros ont été demandés au gouvernement pour l’année 2016 et ils ne sont destinés essentiellement qu’au recrutement. Le Quotidien du Médecin de ce mois s’est fait aussi l’écho de la grogne du personnel fonctionnaire qui se retrouve moins bien payé que les contractuels souvent peu diplômés venant de Madagascar, d’Algérie ou d’ailleurs. 40 sages femmes supplémentaires doivent arriver en juillet.

La situation est comme pour les collèges et les lycées liée au surpeuplement. On inaugure à tour de bras des bâtiments souvent mal construits mais on n’a pas de profs titulaires à la rentrée. 750 enseignants ont décidé de quitter le territoire en juin, ce qui apparaît comme sans précédent. Les départs sont essentiellement motivés par l’insécurité  mais aussi par les conditions de travail du personnel enseignant qui sont aussi parfois très compliquées dans les établissements scolaires avec de plus le manque de respect et de solidarité du rectorat. Nathalie Costantini, la vice-rectrice évoquait 1400 contractuels à recruter pour le premier degré et 400 pour le 2nd degrés, un recrutement qui s’annonce déjà bien difficile pour la rentrée prochaine.

En attendant, on tente quand même de s’amuser à Mayotte mais samedi dernier,  la Battle of the year 2016 (BOTY), l’évènement hip-hop tant attendu de l’année, grand concert à l’air libre et gratuit, a été interrompu par la police après de violentes échauffourées. Les jeunes, excités, ont continué à se battre et à défier la police aux abords de Mamoudzou. Plusieurs barrages sauvages ont été dressés, notamment à Kaweni, M’tsapéré et Tsoundzou. Des jets de pierre sur des véhicules et sur quelques vitrines du centre ville, sont également à déplorer. Le bilan de l’évènement comprend des dégradations et des blessés légers. Mais le préfet est satisfait : c’est la modernité en marche.

En attendant et sans réelle politique de fermeture maritime de l’île, la préfecture feint de reprendre la chasse aux clandestins. Mais grosse surprise, dimanche dernier, ce sont 200 à 300 comoriens qui ont été délogés et expulsés du village de Choungui au Sud par les habitants eux-mêmes. Plusieurs dizaines d’habitations ont été détruites et leurs occupants ont été forcés de quitter les lieux. Informé de cette situation, le Préfet de Mayotte Seymour Morsy, préfet sur le départ et qui sera remplacé très prochainement par Frédéric Veau a immédiatement rappelé au maire de Kani Kéli ses obligations en termes d’ordre public et de relogement des personnes sans toit.. Or, les habitants de Choungui qui ont expulsé les sans papiers de leur village  l’ont fait après, ceux de Poroani, de Tsimkoura, de Kani Bé et de Mbouini. La politique du gouvernement français à Mayotte en matière d’immigration n’a jamais – et comme en France – voulu et souhaité enrayer le phénomène d’immigration massive vers l’île au lagon. Au contraire, il y a même eu un certain relâchement des autorités comme la volonté affichée de laisser pourrir la situation.

Le dérapage continue à Mayotte. Il nous atteindra mais les politiques ne pourront pas fermer les yeux plus longtemps, car dans le dérapage de la fin de l’état de droit, il faudra bien qu’un jour, chacun assume sa part de responsabilité.

Illustration : Mayotte, la porte de la France  pour l’immigration

 

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