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Le Crif grogne : le Festival de Cannes déprogramme un film palestinien

Crif Thierry Fremaux Caseneuve Pierre Lescure

Le Crif grogne : le Festival de Cannes déprogramme un film palestinien

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Hicham Hamza ♦

Scandale. Vendredi 13 mai, Pierre Lescure, président du Festival de Cannes, a rencontré Roger Cukierman, patron du Crif, pour lui annoncer avoir accédé à sa requête : la censure d’un documentaire palestinien remettant en cause de la version officielle du « massacre de Munich ».

Roger Cukierman , Président du CRIF

Roger Cukierman , Président du CRIF

Souvenez-vous : le lundi 9 mai, Panamza révélait une information édifiante qui fut largement relayée sur les réseaux sociaux et passée sous silence par la presse traditionnelle.

Mardi 3 mai, Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, a adressé un courrier à Pierre Lescure, président du Festival de Cannes, et Audrey Azoulay, ministre de la Culture.

Le motif : faire connaître son indignation à propos de la diffusion, le 16 mai, durant le festival de Cannes et dans le cadre du Marché du Film de Dubaï, d’un documentaire palestinien qualifié de « révisionniste » en raison de sa remise en cause de la version officielle relative à la prise d’otages israéliens lors des Jeux olympiques de Munich

Dans sa lettre, Cukierman « invite » tacitement Lescure à faire annuler la projection du film -accusé de « légitimer la violence terroriste »- en lui demandant expressément d’être « vigilant » et de « prendre les mesures les plus appropriées ».

Vendredi 13 mai, Roger Cukierman, président du Crif, a fait savoir -via son compte Twitter- qu’il s’est entretenu avec Pierre Lescure.

La veille, un site d’information ultra-sioniste dénommé Le Monde juif avait déjà obtenu la primeur de la nouvelle.

Non pas auprès de Lescure mais d' »un responsable de la communauté juive cannoise ».

Selon ce site, David Lisnard, maire LR de Cannes et co-responsable de la décision, a écrit à Gérard Bavard, président du Consistoire local, pour le rassurer: « La décision de la déprogrammation a été prise à l’issue d’une réunion avec le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui a effectué une revue du dispositif sécuritaire du Festival de Cannes« .

Mardi 10 mai, Panamza avait évoqué ce personnage qui revendique son « lien à Israël » : il est à l’origine du recrutement d’un criminel de guerre israélien pour « sécuriser » le Festival.

Aujourd’hui, après Cukierman, c’est au tour de Béatrice Strouf, employée de l’ambassade d’Israël en France, de fanfaronner en relayant -via son compte Linkedin- l’information du Monde juif : « Festival de Cannes : pas d’apologie du terrorisme !« , écrit-elle.

Rappelons ici que le documentaire « Munich : a palestinian story » de Nasri Hajjaj (né en 1951 dans un camp libanais de réfugiés palestiniens) ne figurait même pas dans la sélection officielle du Festival : il était simplement programmé lundi 16 mai dans le cadre du Marché du Film organisé à Cannes en vue du Festival de Dubaï, prévu en décembre.

Quel est le fond de l’affaire?

Nasri Hajjaj, réalisateur du film à 12 ans

Nasri Hajjaj, réalisateur du film à 12 ans

Le documentaire désormais censuré constitue ce que de nombreux commentateurs français de la vie culturelle -de sensibilité sioniste comme propalestinienne- n’hésiteraient pas à qualifier, automatiquement et stupidement, de « complotiste ».

D’une durée de 75 mn, le film d’Hajjaj, dont la réalisation a été entamée en 2012 (à l’occasion des 40 ans de la prise d’otages israéliens survenue aux Jeux Olympiques de 1972), se base sur les récits croisés de Jamal et Mohammed, les « deux seuls survivants » du commando palestinien qui fut ultérieurement décimé par le Mossad.

Dans la notice du film, Hajjaj explique avoir abordé ce sujet, non seulement parce que l’un des « feddayins » était son ami d’enfance mais aussi -et surtout- pour donner un point de vue palestinien sur cette affaire, jamais traitée par un réalisateur arabe.

Selon sa version des faits, les forces de sécurité allemandes seraient directement responsables de la mort de 5 des 8 preneurs d’otages palestiniens mais également de celle des 11 athlètes israéliens.

L’atout d’Hajjaj, un réalisateur qui précise ne pas s’être privé dans son film -contrairement à ce que prétend Cukierman- de « critiquer l’opération » de Munich?

Avoir réussi à recueillir des documents et témoignages inédits qui vont à l’encontre de la version officielle faisant état d’Israéliens sommairement exécutés par des Palestiniens.

Est-ce la raison pour laquelle le Crif et diverses antennes du lobby sioniste ont lancé une campagne de dénigrement à l’encontre de ce film dit « négationniste »?

Comme l’avait rapporté Panamza, Roger Cukierman avait également exprimé son courroux à l’encontre de la directrice de l’UNESCO en raison d’une récente résolution relative au patrimoine culturel palestinien de Jérusalem. Irina Bokova, patronne de cette institution onusienne basée à Paris, lui avait aussitôt adressé une lettre pour montrer patte blanche.

Aujourd’hui, c’est Lescure, fondateur de la chaîne pseudo-insolente Canal+ et chroniqueur sourcilleux de l’émission C à vous de France 5, qui affiche sa soumis-sion.

Tweet du Président du CRIF

Tweet du Président du CRIF

Ironie du sort : un autre film sur le même thème avait déjà subi la bronca de la mouvance sioniste. Il s’agit de l’excellent « Munich« , de Steven Spielberg. Vivement critiqué par Elie Barnavi, alors ambassadeur d’Israël en France, ce film n’était pas une ode à la gloire des services secrets israéliens mais plutôt un portrait sombre des hommes et des femmes censés servir l’Etat hébreu, quoiqu’il en coûte. Son co-scénariste, Tony Kushner, est d’ailleurs toujours considéré comme un « juif ayant la haine de soi » par plusieurs lobbies pro-israéliens aux Etats-Unis.

Reste dorénavant à savoir si l’information relative à la dernière manœuvre d’intimidation efficacement opérée par le Crif et ses relais sera commentée sur la place publique ou étouffée, comme à l’accoutumée.

Source

Illustration : Thierry Frémaux, directeur général du festival de Cannes, Bernard Cazenave et Pierre Lescure, Président du Festival.
  1. Robert41
    Robert4119 mai 2016

    Décidément le bon sens n’est plus de mise dans ce vieux pays. Qui aurait cru que la liberté d’expression serait atteinte au festival de Cannes ? Festival qui endort plus de propagande qu’il ne réveille de vérités d’ailleurs … Alors pour une fois, où l’éveil d’un film aurait permis dialogue, débat, bref une discussion salutaire sur un fait historique ; on aurait espérer une autre réponse que celle de la censure télécommandée. Le Président Pierre, Lescure, s’est comporté en petit télégraphiste discipliné. Tout comme beaucoup, il a besoin de la gamelle médiatique pour vivre. Son intérêt premier s’est de se soumettre comme tant d’autres, à des directives supra-communautaire. Celle-ci ordonne soit par admonestation lors de dîners ou soit par protestations virulentes envers les élites politique, médiatique et artistique qui ne se conforment pas au code pratiquement civil, du bon comportement dans leur fonction représentative. Soit comme je veux que tu sois et tais-toi ! Voilà ta fonction ! – Cette emprise pourrait paraître risible comme une comptine sur le loup qui rôde; mais oui, nos élites politiques, culturelles et médiatiques sont sujets d’une réalité prenante, très visible et indigeste forcément pour une démocratie salutaire. On ne va pas construire quand-même, un mur idéologique en France pour se protéger d’une paranoïa importée. Trop c’est trop, il faut en finir avec ces censeurs partiaux qui outragent la liberté d’expression qui est plus importante qu’un ordonnancement communautaire !

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