Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Amazones, une chorégraphie forte et expressive d’Audrey Lucien

Amazones 1

Amazones, une chorégraphie forte et expressive d’Audrey Lucien

Télécharger en PDF et imprimer

Christian Jarniat ♦

Une exploration fascinante dans une communauté de femmes guerrières.

La guerre de Troie a généré, dans la mythologie grecque, nombre de héros : Hélène, épouse du roi grec Ménélas, enlevée par Pâris, prince troyen (le rapt est le catalyseur du conflit), Agamemnon, qui commandite l’expédition punitive, Ulysse et son fils Télémaque, le devin Calchas ou encore les deux Ajax.

Mais il y avait de surcroît, et entre autres, Achille que sa mère avait trempé dans le Styx pour rendre son corps invulnérable, à l’exception de son talon. La légende veut que Penthésilée, reine des amazones, soit venue prêter main forte aux troyens contre les grecs. Elle se serait opposée à Achille en un violent combat. A cette occasion leurs yeux se croisèrent et, lorsque l’amour s’empara d’eux, il était trop tard car l’épée d’Achille avait transpercé le cœur de la belle amazone.

amazones_2La chorégraphe Audrey Lucien s’est habilement approprié ce thème pour plonger dans une exploration de la communauté fascinante de ces femmes guerrières qui tenaient les hommes dans l’humiliation et l’esclavage, n’accordant aucune place à l’amour et à la pitié et qui combattaient jusqu’à la mort. Elle s’est attachée à développer le thème de  la rivalité et de l’amour interdit entre deux héros qu’à priori tout oppose.

Le ballet qui nous est proposé dans la superbe salle BlackBox de Nice (Centre Anima Nice Bon Voyage) est animé d’une énergie farouche de tous les instants. Les prologues des actes 1 et 2 permettent, grâce à de fort belles images, d’expliciter chacune des parties : la première en nous plongeant au cœur de la vie d’une peuplade de femmes indomptables vouées au sacrifice, la seconde en nous faisant participer au dilemme guerre/amour. Les costumes, tantôt dans des dégradés d’ocre, tantôt noirs, s’accordent avec cette ambiance oppressante qui n’offre aucune perspective d’un bonheur serein face au destin dont on devine l’intransigeance parachevée par l’alternance des effets sombres ou violents des lumières.

La chorégraphie d’Audrey Lucien, forte et expressive, est soutenue par des musiques judicieusement choisies dans laquelle la tension est aiguillonnée à la cadence des bandes sons de « Nikita » à « Avatar » en passant par « Transformers 4 » sans compter quelques succès de groupes tels que Audiomachine ou Mercenary ainsi que des tubes de chanteuses comme  Sia, Birdy, ou encore Florence Welch.

Les 9 danseuses de la Compagnie Dependanse, rompues à la danse moderne, à la danse jazz ou à la break dance, font preuve d’une technicité sans faille et d’une remarquable endurance que requiert ce ballet de plus d’une heure sans le moindre temps mort ou s’expriment tour à tour l’incantation, la peur, l’attente, la prière, le combat… Exaltation, vigueur et passion imprègnent chacune des protagonistes. Les 2 danseurs Mathieu Aribot et Jessy Gueguen captent l’attention dans des registres différents : le premier en esclave dans les passages déliés autant que virtuoses, le second en un athlétique Achille exécutant de brillantes figures acrobatiques de hip-hop mais capable également de maîtriser avec bonheur les postures plus classiques et les portées d’un émouvant pas de deux (avec Audrey Lucien) qui précède la mort de Penthésilée.

Ardeur, audace et sensibilité ont suscité l’adhésion amplement méritée d’un public venu en nombre.

Répondre