Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Brésil : le Grand jeu danse la samba

Grand Jeu

Brésil : le Grand jeu danse la samba

Télécharger en PDF et imprimer

Métamag ♦

Sous la plume de nos correspondants et collaborateurs Michel Lhomme et Auran Derien, Métamag a publié de nombreux articles sur la situation au Brésil affirmant notamment, sur le plan géostratégique et économique, qui était visé c’est à dire en particulier les BRICS. Nous nous félicitons de lire l’article ci-dessous, mis en ligne par le site chroniquesdugrandjeu.com sous la signature de Zébulon et repris par le site Le Blanc et le Noir. La rédaction.

Tout a été dit sur l’importance et l’étrangeté de la séquence politique actuelle au Brésil : une présidente innocente, accusée de crime de manipulations budgétaires par des bandits, et dont le pouvoir est comme mis entre parenthèse, en attendant de savoir si elle sera définitivement écartée. Un vice-président suspecté de corruption qui constitue un gouvernement comptant au bas mot un tiers de ministres corrompus, supposé « redresser » un pays traversant une grave crise économique et sociale (le chômage a doublé en deux ans, l’inflation est à 10%, etc.) avec une politique d’austérité.

Croire à un processus raisonnable de destitution est pour le moins difficile, et certains crient, non sans raison, au coup d’état juridico-médiatique, redonnant le pouvoir, hors processus électoral, à une droite revancharde, cantonnée dans l’opposition depuis 13 ans.

Plusieurs analystes se sont efforcés de retracer les multiples péripéties d’un imbroglio institutionnel qui plonge ses racines profondes dans la culture et l’histoire politique du pays, parfois de façon très fouillée. Mais on ne saurait se contenter de cette lecture purement interne, pour plusieurs raisons.

D’abord parce que cet événement brésilien n’est pas isolé, mais prend place dans une séquence qui concerne toute l’Amérique Latine : destitution au Honduras (2009), au Paraguay (2011), élection de gouvernements de droite en Argentine et au Pérou (2016), projet de destitution au Venezuela.

Ensuite parce que plusieurs détails s’avèrent particulièrement troublants : le fait que le vice-président Temer ait été un informateur de la CIA, que l’ex-présidente Dilma ait fait l’objet d’écoutes de la part de la NSA (révélé par Wikileaks), que le sénateur Nunes ait été reçu par des think tanks néo-conservateurs à Washington juste après le vote de défiance du Parlement et avant celui du Sénat, et enfin le fait que le juge Morro, qui a lancé les premières accusations contre Dilma et Lula, ait suivi des cours de droit pénal au consulat américain de Rio de Janeiro, Quand on connaît le passif particulièrement lourd des interventions des USA dans cette région…

Il est évident que, s’il devait se préciser (ce qui semble probable), l’éloignement de Dilma aurait des conséquences géopolitiques importantes. En effet, il permettrait d’abord au gouvernement de substitution de se débarrasser durablement du Parti des Travailleurs (puisqu’il s’agit aussi d’empêcher le retour de Lula aux élections de 2018). Surtout, il empêcherait le Brésil de poursuivre son rapprochement avec les BRICS, en rééquilibrant les relations du pays en faveur des USA et de l’Union Européenne. La Chine se verrait notamment priver d’une importante route commerciale – puisque le projet de canal au Nicaragua est au point mort, les Chinois avaient prévu avec le Pérou et le Brésil un gigantesque projet de ferroutage d’ouest en est, destiné à éviter le canal de Panama sans passer par le Cap Horn.
Sans compter que les investissements directs dans l’industrie locale seraient surveillés et ralentis. Enfin, le départ de Dilma gênerait durablement les efforts récents et laborieux d’intégration régionale (Mercosul), d’inspiration plus ou moins bolivarienne.

De là à considérer que ce coup d’état « blanc » n’est qu’une simple bataille dans la nouvelle guerre froide opposant l’Occident aux BRICS, il n’y a qu’un pas…

Lire Michel Lhomme:
– 
 Brésil : le premier coup d’état du parlementarisme corrompu 
 Pérou : l’espoir d’une femme présidente
 Brésil : les jeux seront américains

Lire Auran Derien :
–  
Argentine, Brésil : menaces contre les peuples !
–  Histoires parallèles : au Mexique comme en Europe, la marche victorieuse de l’inhumanité
–  Le Traité transatlantique : un nouveau diktat contre l’Europe
–  
En Amérique Latine, leurs coups d’État ressemblent aux nôtres désormais

 

  1. Plouvier Bernard
    Plouvier Bernard20 mai 2016

    Soyons logiques (à défaut de faire dans l’éthique), les véritables maîtres des USA défendent leur arrière-cour, dans le droit fil de la doctrine de James Monroe.
    C’est le énième épisode, depuis près de deux siècles, de la lutte opposant les Yankees, voulant garder le contrôle des Trois-Amériques, et les Latinos qui veulent se libérer de cette arrogante et envahissante tutelle.
    De Trujillo à Vargas en passant par Cardenas et Peron, les années 1935-1955 avaient été riches en péripéties. Peron s’est même offert un come-back grâce au peuple argentin, mais tout cela ressemble beaucoup à la lutte du pot de terre contre le pot de fer.
    Que les Latinos fassent comme nous autres Européens et qu’ils attendent patiemment que l’amoralité économique US craque réellement de partout avant de s’insurger.
    L’efficacité naît toujours de la concordance du bon moment et de l’enthousiasme des opprimés.
    Il faut donc marteler, encore et toujours, les arguments anti-globalo-mondialisation, de façon à ce que même le plus stupide des Européens comprenne enfin les risques majeurs économiques, sociaux et raciaux.

Répondre