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Pérou : le mercure monte pour les élections

Keiko Fujimori Perou

Pérou : le mercure monte pour les élections

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Michel Lhomme, politologue ♦

Surprenant! En pleine campagne électorale présidentielle, le Pérou a déclaré l’état d’urgence dans 11 districts de la région de Madre de Dios (sud-est), en Amazonie, après y avoir détecté des niveaux de mercure anormalement élevés, liés aux nombreuses mines illégales.

Selon un rapport des autorités environnementales, il a été détecté dans ces zones une « pollution par le mercure des eaux des rivières, des espèces marines et de la population à des niveaux supérieurs aux limites autorisées ». Plusieurs ethnies de la région présenteraient des niveaux excessifs de mercure dans l’organisme capable d’entraîner des problèmes de santés sérieux particulièrement chez les enfants et les femmes enceintes. Ces niveaux sont en fait la conséquence des pratiques illégales et irresponsables de l’activité minière clandestine. La pollution toucherait aussi les poissons, notamment le Mota Punteada (Calophysus macropterus), un poisson-chat prisé par les populations locales.

Cette déclaration d’urgence peut être discutable mais en fait elle souligne au bon moment, à savoir celui de la campagne  électorale présidentielle en cours, les conséquences de l’activité minière illégale, activité pourtant défendue par la gauche et les soi-disant progressistes et écologistes contre les projets miniers gouvernementaux. Ces derniers adossés à des grands groupes ont en effet le mérite d’avoir à chaque fois un plan environnement, un cahier de charges précis renvoyant à la gouvernance mondiale de l’extraction minière. Les potentats locaux rebelles contre le pouvoir en place à Lima défendent au contraire l’extraction minière sauvage de l’or dont ils sont souvent les financiers occultes ou les maîtres d’œuvre. Or, ces petites exploitations sauvages qu’on découvre tout au long de l’Amazone quand on se promène sur les rives ne respectent aucun protocole environnemental et utilise le mercure à gogo qu’il rejette dans le fleuve sans la moindre précaution.

Le ministre de l’environnement péruvien a précisé que l’état d’urgence permettra de mettre en place des actions dans le domaine de la santé, des hôpitaux de campagne mais aussi de faire parvenir des aliments comme des poissons non-pollués aux populations affectées.  La population prendra-t-elle  conscience de la démagogie des notables locaux qui les appellent régulièrement à la rébellion dans des mouvements anti-miniers parfois violents et que dirigent carrément des anciens terroristes.

Un second tour devenu incertain

Keiko Fujimori, candidate à la présidence du Pérou et qui a largement remporté le premier tour de la présidentielle, le 10 avril, avec près de 40 % des voix est en train curieusement de plafonner dans les intentions de vote en vue du second tour et semble même se faire rattraper par son rival, l’ancien premier ministre de l’économie, le néolibéral Pedro Pablo Kuczynski, dit PPK, 77 ans, candidat de centre droit.

Les deux candidats sont actuellement pratiquement à égalité, dans les sondages pour une élection prévue le 5 juin. En fait, Keiko peine à rassembler la gauche et une partie de la droite libérale mais pèse surtout sur elle de plus en plus l’ombre de son père assimilée au pire des « dictateurs ». Keiko Fujimori est victime d’une véritable campagne de diffamation, les médias locaux ne cessant  d’en rajouter sur le portrait d’un Alberto Fujimori peint en véritable tortionnaire ou criminel de guerre civile. Ainsi, très clairement, les journalistes péruviens ont rejoint les classe d’affaires et les banquiers en optant et en faisant campagne ouvertement pour Pablo Kuczynski. Il n’est donc plus possible actuellement de prévoir l’issue de ce scrutin.
D’ailleurs, comme toujours dans ce cas là au Pérou, on ressort de vieilles affaires de blanchiment d’argent. Ainsi, la justice péruvienne a fait savoir le 20 mai qu’une enquête est en cours sur d’éventuelles irrégularités dans les comptes de campagne de la candidate à la présidentielle, Keiko Fujimori. C’est encore une très mauvaise nouvelle pour la favorite du scrutin présidentiel du 5 juin. A noter aussi que dernièrement et très opportunément sont parues dans la presse péruvienne des déclarations attribuées à un présumé « collaborateur de la DEA » – l’agence américaine de lutte contre la drogue – selon lequel le secrétaire général de Fuerza Popular, le parti de Keiko Fujimori aurait dit que la candidate lui avait remis 15 millions de dollars afin qu’il blanchisse cet argent, lequel aurait été utilisé lors de sa première campagne électorale en 2011.

Si les Américains s’en mêlent, effectivement, cela pourrait être mal parti pour Fujimori mais  personne ne se demande au passage comment se fait-il qu’en la circonstance, à savoir pour blanchir de l’argent, on en vienne à demander aux agents de la DEA des renseignements ?

C’est que sans doute, ils doivent être les mieux placés et surtout les plus expérimentés pour rentabiliser les prises. Ce dont nous ne doutons pas un seul instant.

Illustration : Keiko Fujimori et une élection présidentielle sous l’ombre de la DEA américaine.

 

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