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Alain de Benoist : « Le Front national n’est de toute évidence pas prêt à l’exercice du pouvoir»

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Alain de Benoist : « Le Front national n’est de toute évidence pas prêt à l’exercice du pouvoir»

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 Yann Valérie ♦

Nous évoquions la semaine passée la réédition du livre Au-delà des droits de l’homme, d’Alain de Benoist, aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. Nous avons dans la foulée posé quelques questions à Alain de Benoist, à propos de cet ouvrage, mais également de l’actualité, de Black M à Marine Le Pen et au Front national, en passant par l’ascension de Donald Trump.

Breizh-info.com : Quel est votre sentiment à propos de l’affaire « Black M » ?
Alain de Benoist : Même si mes capacités d’indignation sont émoussées depuis longtemps, le même que le vôtre probablement. Je n’en veux d’ailleurs pas spécialement à Black M, dont le style m’indiffère et qui peut bien détester le pays où il habite si cela lui chante, mais à ceux qui l’ont invité. Que des représentants des pouvoirs publics aient pu trouver judicieux de faire intervenir un rappeur dans le cadre des commémorations de la bataille de Verdun a évidemment quelque chose de stupéfiant. Si l’on y réfléchit bien, cela en dit long sur la profondeur du trou dans lequel la société française est tombée.

Mais la façon dont, une fois que la polémique a enflé, les responsables se sont piteusement défaussés les uns sur les autres de l’initiative qu’ils avaient prise n’est pas moins significative. Après quoi, bien sûr, tout le monde a déclaré que ce malheureux Black M était victime du « racisme ». Le grotesque s’est ainsi ajouté à l’inconscience et à la lâcheté.

À un an de l’élection présidentielle, on sent, à droite comme à gauche, un flou important sur les potentielles forces en présence. Que voyez-vous ?
Je n’y vois pas grand-chose pour la simple raison qu’on ne sait toujours pas qui, à part Marine Le Pen, sera effectivement candidat. L’expérience m’a par ailleurs montré qu’on ne peut rien dire de sérieux sur une élection présidentielle plus de deux ou trois mois avant qu’elle se déroule. Auparavant, on est dans le bavardage.

Marine Le Pen est-elle aujourd’hui en mesure de remporter l’élection présidentielle et d’obtenir une majorité à l’Assemblée nationale ?
Je ne le pense pas, et je pense surtout que ce n’est pas son intérêt. Le Front national n’est de toute évidence pas prêt à l’exercice du pouvoir. A supposer que Marine Le Pen accède au second tour, ce qui est probable mais pas certain, ce sera en revanche une étape très importante pour mesurer la capacité d’attraction du FN. Dans cette hypothèse, le point important est de savoir si Marine Le Pen sera opposée à un candidat de droite ou à un candidat de gauche. Si c’est un candidat de gauche, elle tirera avantage d’apparaître comme la seule force d’opposition par rapport à ce dernier. Si c’est un candidat de droite, il lui faudra tenir en priorité un langage susceptible de lui rallier des électeurs de gauche.

Comment percevez-vous l’ascension de Donald Trump aux États-Unis ? Le traitement médiatique à charge qu’il subit en France n’est-il pas lié à une méconnaissance totale de la vie politique américaine et de son programme ?
J’ai déjà eu l’occasion de l’écrire : je suis extrêmement réservé sur Donald Trump, qui me fait l’effet d’un milliardaire paranoïaque, drogué à la téléréalité et mâtiné d’un docteur Folamour en puissance. Mais au-delà de Trump, il y a le phénomène Trump, sujet distinct et beaucoup plus intéressant. Si on le rapproche du phénomène Sanders, on s’aperçoit que c’est la première fois depuis longtemps qu’à l’intérieur des deux grands partis américains se manifeste une poussée populiste de cette ampleur. Il en restera nécessairement des traces, surtout si c’est l’abominable Hillary Clinton qui finit par l’emporter.

Quant aux critiques tous azimuts qu’on peut lire contre Trump dans les médias français, elles s’expliquent avant tout par le politiquement correct, même s’il est exact que les commentateurs français, mal informés des mœurs politiques américaines, comprennent rarement que l’élection présidentielle aux États-Unis est quelque chose de très différent de ce qu’elle est chez nous.

L’actualité de ces derniers mois montre un gouvernement français incapable de faire respecter l’état d’urgence qu’il a lui-même décrété (manifestations, violences, grèves…). Le pays peut-il sombrer dans la guerre civile ?
Beaucoup de gens avancent cette hypothèse, mais je n’en crois rien. Dans un avenir prévisible, on peut s’attendre à des colères, à des troubles, à des émeutes, à des violences de toute nature, mais la guerre civile reste à mes yeux un fantasme. Je remarque d’ailleurs que ceux qui mettent le plus en garde contre cette perspective sont aussi, en général, ceux qui souhaitent le plus la voir se réaliser. Sans doute parce qu’ils s’imaginent être en mesure de gagner la guerre en question, ce qui ne fait qu’ajouter à leur naïveté.

au_dela_des_droits_de_lhommePourquoi avoir choisi de rééditer et d’augmenter votre ouvrage « Au-delà des droits de l’homme » ?
Depuis le milieu des années 1970, les droits de l’homme sont devenus la religion civile de notre temps. Ils correspondent à ce qui reste de sacré dans une époque où le sacré a pratiquement disparu. Puisque le « blasphème » est à la mode, il était donc tentant pour moi d’aller voir, au-delà des slogans et des mantras, en quoi consiste exactement l’idéologie des droits de l’homme, quelles sont ses origines, quelles sont ses composantes (quel homme ?, quel droit ?), comment ils en sont venus à former le discours de légitimation de l’expansion planétaire du marché. J’ai donc repris, actualisé et largement augmenté un essai que j’avais publié sur ce thème il y a dix ans. La nouvelle édition est parue il y a deux mois aux éditions Pierre-Guillaume de Roux.

Source

  1. Robert41
    Robert4128 mai 2016

    Dans le contexte de l’emprise technocratique européenne, animée par l’Allemagne elle-même encadrée par l’US-Force ; un seul commis voyageur suffit à représenter la France. En effet, il lui suffit de faire appliquer les ordres des donneurs d’ordres. Depuis Obama et les Mistral, la France est martyrisée dans sa raison d’être et cela s’appelle la perte de notre Souveraineté. Alors au point où nous en sommes, un simple fonctionnaire docile suffit à l’exercice. En ce qui concerne le Front national, il présente une mobilisation hétéroclite de mécontents mais cela ne suffit pas, tant qu’un faisceau de têtes politiques de gauche comme de droite, n’auront pour sens de reconquérir avec le Front, une politique nationale ouverte sur une reconquête souveraine, sur une réciprocité commerciale et surtout sur une sélection des collections occupantes. Le constat est simple, l’évidence martèle nos vies d’un désastre grandissant qui peut s’appeler le chaos de la libanisation.

  2. JEAN PN
    JEAN PN28 mai 2016

    Alain de Benoist, si l’on « éjecte » le FN, quel est le parti qui sauvera la France de l’islamisation ?

  3. Plouvier Bernard
    Plouvier Bernard28 mai 2016

    A. de B. a pleinement raison : le FN, surtout dans sa curieuse formule actuelle, n’est prêt à rien… mais :
    1 – il n’y a aucune alternative intelligente, c’est-à-dire ni corrompue, ni globalo-mondialiste : de la droite molle à la gauche bobo-caviar, en passant par le marais et en se pinçant le nez pour éviter les relents marxistes à tendance trotskiste, tout est vendu à l’économie globale.
    2 – tant que le système mou d’allocations diverses, d’immigration-invasion, de destruction du tissu industriel européen continuera de fonctionner sans casser (crash économique ou monétaire ou guerre de races et de religions), les échéances électorales n’auront en elles-mêmes strictement aucune importance.

    Ceci posé, un patriote s’abstient ou vote populiste. Dans le contexte français actuel, ne pas voter FN ou gaspiller son suffrage sur une candidature de diversion est faire le jeu de la racaille islamiste et de la non-moins racaille mondialiste.
    C’est un avis purement personnel, bien sûr.

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