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Les tromperies de Béziers

Rochedy Bagarre Village Gaulois

Les tromperies de Béziers

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Julien Rochedy, essayiste, blogueur ♦

Arrivé dans la ville martyre de Béziers (qui se souvient du massacre de 1209 par les forces françaises et papales ?) pour le week-end organisé par Robert Ménard, certaines personnes déclarèrent avec ironie qu’ils furent trompés par le temps. Comment ? «Descendre » dans le sud, pour y trouver du gris, du vent et de la pluie ? Voilà qui n’était certainement pas « le deal ».

Tout le reste ne fut qu’un nuancier de cette ironie.

Personnellement, je sors de ce week-end assez meurtri et, peut-être un peu, désespéré par les politiques. Sans doute suis-je encore un peu naïf. Sans doute suis-je surtout animé de la conviction que seule une grande alliance de droite peut prendre le pouvoir dans ce pays et changer quelque peu les choses. Quoi qu’il en soit, je me suis trompé, et tout le monde a été trompé.

Ce rendez-vous de la droite organisé par Ménard devait poser les bases d’un mariage, ou, disons, d’une Union Civile, entre certaines forces du Front National lucides sur les limites de ce mouvement, et certaines forces de la droite classique, lucides, elles aussi, sur les besoins de celle-ci pour appliquer, un jour, une véritable politique de droite. J’ai parlé de l’exigence de ce mariage dans mon texte J’irai voir la droite à Béziers. Je n’y reviendrai donc pas.

A la vérité, personne, à Béziers, ne voulait de ce mariage. Chacun est venu avec son égo, ses arrière-pensées, ses gros sabots et ses petits bras. La fête du village gaulois a dégénéré en baston. Les romains continuent de rire aux éclats, et pas l’ombre d’une potion magique à l’horizon.

Valeurs Actuelles, présents en nombre et en moyens, n’avait évidemment pas comme objectif de servir la soupe au Front National. Journal de droite dure aux actionnaires par trop liés à certains responsables des Républicains, il n’avait logiquement pas licence, et certainement pas l’envie non plus, de vouloir aider Marine Le Pen. Marion Maréchal Le Pen, seule responsable politique de premier plan à avoir eu le courage de se déplacer (et n’importe quel militaire vous dira que les ponts sont les plus périlleux à traverser), a dû rebrousser chemin face à trop de déclarations hostiles à l’encontre de son mouvement.

Comment Marion aurait-elle pu faire autrement ? Vilipendée régulièrement à l’actuel direction du FN, accusée de la « jouer solo », de contester les axes stratégiques de sa tante et de Florian Philippot, elle ne pouvait rester tout sourire auprès de gens qui ne cachaient pas leur mépris pour le populisme mariniste. C’eut été franchir un rubicond que sa loyauté et son affectif familiale ne peuvent décider. Quelles que soient les idées de Marion Maréchal et sa lucidité sur la situation politique, elle demeure fidèle et tient à le rester.

Florian Philippot, plus malin, n’attendait que cela. Lui et ses troupes (10 personnes…), avaient déjà aiguisés leur tweets. Marion obligée de partir ? Bim ! Fiasco de Béziers ! Rassemblement d’extrême-droite ! Ménard traitre ! Ingrat ! Infâme ! Droitiers, droitistes, droitards : autant d’imbéciles naïfs ! Une seule solution pour le pays : tous au pas derrière Moi…arine !

Tout de même, Florian Philippot voudrait susciter une candidature à droite qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Aiguillonner de la sorte 2000 personnes, les piquer, les insulter comme cela, alors qu’il aurait tout gagné de se taire, fût-ce en souriant, est profondément suspect. Les hypothèses sont légion : susciter une candidature à droite pour 2017, pensant qu’elle prendrait plus aux Républicains qu’au FN, accélérer la purge au FN de tout ce qui est droitier, ou simplement ne pas savoir se retenir dans sa jubilation haineuse contre tout ce qui ne lui ressemble pas. Impossible de savoir.

Et Ménard dans tout cela ? Je le crois sincère. Pris entre des frontistes qui ne veulent discuter que dans la mesure où, à la fin, il s’agira de se plier aux volontés de la chef, et entre une droite qui méprise radicalement l’équipe chevénementiste du FN, la position est difficile à tenir. J’entends partout que l’édile de Béziers aurait des velléités présidentielles. Je ne le sais pas, je ne le pense pas. Toutefois, à quelques-unes de ses maladresses dont il n’aurait pu que très difficilement faire l’économie, compte tenu de sa position inconfortable, ont répondu les méchancetés de Philippot et, par-là, il ne pouvait que se défendre et accentuer son trait, sauf à se dédire.

Tel fut le piège de Béziers. La tragédie était déjà écrite avant que le week-end commençât.

Et pourtant, il y avait là de braves gens. Beaucoup de petits entrepreneurs, d’anciens frontistes ou sarkozistes, qui seront bientôt tous des futurs ex-frontistes ou ex-sarkozistes à nouveau, car pas une ligne n’a bougé. La prime pour obtenir ce petit peuple de droite est facile à obtenir, tout dépendra de qui dégainera le premier. Si le candidat des Républicains durcit son discours sur l’immigration, il l’obtiendra. Si la candidate du FN tient un discours micro-économique plus étoffé en rognant quelque peu ses envolées macro, elle l’obtiendra. Qui dégainera le premier ? Nous verrons en 2017.

Source

  1. Valmy
    Valmy2 juin 2016

    Article déjà daté, périmé sitôt publié. Car des nouvelles du jour il ressort que Ménard s’est défini sur BFMTV comme un «maire Front National», qu’il n’envisage aucune candidature présidentielle, et fera voter pour Marine.
    En ce sens, le RV de Béziers, au final, aura eu du bon puisque son échec semble avoir convaincu Ménard de rentrer dans le rang et d’éviter de «vitrolliser» sa ville (du moins dans l’immédiat, car on n’est jamais à l’abri d’une foucade avec lui)…
    Le pari de Ménard reposait sur l’idée folle selon laquelle la ligne de la direction n’était défendue que par une infime minorité du FN, dont la base sociologique aurait été du côté de la Manip pour Tous. Or, cette ligne Philippot a été mieux que validée par les récentes élections, ce que confirment aussi les sondages du jour.
    On a également appris pourquoi l’indigeste bric-à-brac des 51 propositions faisait l’impasse sur l’euro. Ménard, on le sait, voulait faire du maintien dans l’Eurozone un marqueur «ménardien» anti-Philippot. Et comme l’assistance n’était visiblement pas d’accord, il a refusé de mettre au vote la question.
    Bref, salubre échec complet de l’opération.
    Le plus rigolo est que Ménard a cru malin de vouloir exploiter à son profit la popularité de Marion MLP. Or, c’est elle qui s’est taillée une stature en lui roulant dessus. C’est désormais elle qui arbitre les limites de ce qui est permis au FN.
    Ménard aurait dû s’y attendre. Car Marion avait déjà eu à traiter le cas de Bompard, qui disposait pourtant d’une base locale autrement plus solide à Orange et Bollène. Que croyez-vous qu’il arriva?
    Faute de vouloir s’entendre avec le FN, Bompard en a été réduit à se rabattre sur une alliance avec le groupusculaire PDF et les ultimes survivants du Bloc Id. (les mêmes qu’on a vu à la manœuvre à Béziers !) pour monter une liste qui a remporté haut-la-main 1,1% des suffrages aux dernières régionales…

  2. Antiquus
    Antiquus3 juin 2016

    L’erreur de Ménard fut de laisser trop de place à Kerdrel. L’allusion au « marchepied » aurait été sans conséquence si, dès les premières secondes, Kerdrel et Tillinac n’avaient pas donné le la en attaquant sans nuance le FN. Par la suite, Kerdrel s’efforça d’empêcher les gens du Front de parler. Bref, il n’ avait aucun homme politique d’envergure, excepté Marion, et l’équipe de Valeurs actuelles s’est efforcée de la rabaisser. Pour que ces journées fussent un succès, il fallait, soit afficher les buts de Kerdrel, à savoir susciter une candidature de la Droite dure contre le FN, mais alors les deux tiers des assistants ne seraient pas venus, soit tenter de faire contrepoids à Philippot sans rompre avec le FN, mais alors il fallait écarter Kerdrel. Pour n’avoir pas su choisir, Ménard n’a pu obtenir le succès espéré.

  3. Peters Pierre
    Peters Pierre3 juin 2016

    Bonjour,
    Lorsque je lis vos articles, j’ai du mal à comprendre ce que vous voulez dire, votre position, vos critiques. Il faudrait plus pointer du doigt ce qui vous ne plait pas et le préciser. Quel est votre position? Que pensez-vous du père Jean-Marie qui a été beaucoup plus clair, plus direct dans ses discours.
    Etes-vous en faveur de l’EU, de Bruxelles, du maintient de l’EURO?
    J’étais à Béziers et je voulais parler avec M. Ménard. Il n’était pas disponible. Sinon, je n’ai rien vu en ville qui aurait signalisé un maire frontiste. Ou sont les différence? Par deux fois que je me suis rendu au sud de la France, d’Hendaye à Cannes en passant par Fréjus, je ne me sentais pas vraiment en France à part la beauté des paysages et de la France en général. Les mêmes enseignes qu’au Luxembourg, en Belgique en Allemagne,…., les mêmes gens, partout des drapeaux EU, la même bouffe, des pains offerts par des enseignes de grandes chaînes (pain artisanal (sic)), des fruits et légumes qui n’ont aucun goût etc….
    De grands chantiers qui détruisent la nature et les paysages…..
    Les mêmes articles de journaux que chez mes pays voisins.
    C’est la merde partout. Autant rester chez soi. Mais chez soi, tout s’effondre aussi. Et si on s’insurge, on est condamné et mis en prison. Tous les gens autour de vous se taisent, se retirent, vous évitent lorsque vous avez une opinion autre que celle affichée par les médias et semblent accepter qu’on vous emprisonne pour l’expression publique de votre opinion  » Il aurait mieux fait de se taire ». Qu’on vous condamne à 38 mois de prison pour un discours politique au Luxembourg, cela ne choque personne. Il semble que nous n’ayons plus aucune chance de nous en sortir sauf à fermer notre gueule et accepter les changements et bouleversements et essayer d’atteindre la fin de notre vie avec pas trop d’emmerdes.
    Salutations
    Pierre Peters
    Luxembourgeois

    • Peters Pierre
      Peters Pierre3 juin 2016

      Bonjour,
      Lorsque je lis vos articles, j’ai du mal à comprendre ce que vous voulez dire, votre position, vos critiques. Il faudrait plus pointer du doigt ce qui vous ne plait pas et le préciser. Quel est votre position? Que pensez-vous du père Jean-Marie qui a été beaucoup plus clair, plus direct dans ses discours. J’aime les politiques qui sont franc et disent ouvertement ce qu’ils pensent.
      Êtes-vous en faveur de l’EU, de Bruxelles, du maintient de l’EURO?
      J’étais à Béziers et je voulais parler avec M. Ménard. Il n’était pas disponible. Sinon, je n’ai rien vu en ville qui aurait signalisé un maire frontiste. Où sont les différences par rapport aux autres partis? Par deux fois que je me suis rendu au sud de la France, d’Hendaye à Cannes en passant par Fréjus, je ne me sentais pas vraiment en France à part la beauté des paysages et de la France en général. Les mêmes enseignes qu’au Luxembourg, en Belgique en Allemagne,…., partout des drapeaux bleus avec les étoiles jaunes de l’EU, la même bouffe, des pains offerts par des enseignes de grandes chaînes (pain artisanal (sic)), des fruits et légumes qui n’ont aucun goût etc….
      De grands chantiers qui détruisent la nature et les paysages…..
      Les mêmes articles de journaux qu’au Luxembourg et chez les pays voisins. Je voulais parler avec des Français. J’en ai pas rencontré beaucoup. Ils fuyaient, ils n’étaient pas bavards. Ont-ils peur? Moi j’ai ressenti une peur. Il y avait des villages que j’ai traversé où la plupart des maisons étaient barricadées avec des planches de bois; plus aucun commerce. Des villages fantômes.
      C’est donc la merde partout. Autant rester chez soi. Mais chez soi, tout s’effondre aussi. Et si on s’insurge, on est condamné et mis en prison. Tous les gens autour de vous se taisent, se retirent, vous évitent lorsque vous avez une opinion autre que celle affichée par les médias qui vous massacrent, qui vous criminalisent et semblent accepter qu’on vous emprisonne pour l’expression publique de votre opinion  » Il aurait mieux fait de se taire ». Qu’on vous condamne à 38 mois de prison pour un discours politique au Luxembourg, cela ne choque personne. Si vous vous insurger contre la présence d’un nombre faramineux d’étrangers dans votre pays, cette masse qui vous met pratiquement en minorité dans votre propre pays, dans votre pays, résultat de la politique ultra-libérale en Europe, qui vous étouffe, qui vous opprime, vous êtes stigmatisé comme un criminel plus dangereux qu’un assassin. Il semble que nous n’ayons plus aucune chance de nous en sortir sauf à fermer notre gueule et accepter les changements et bouleversements et essayer d’atteindre la fin de notre vie avec pas trop d’emmerdes.
      Salutations
      Pierre Peters
      Luxembourgeois

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