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Mohamed Ali : encore une exploitation anachronique. L’immense boxeur reconnaîtrait-il son islam ?

Ali Clinton

Mohamed Ali : encore une exploitation anachronique. L’immense boxeur reconnaîtrait-il son islam ?

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Raoul Fougax, journaliste ♦

Mohamed Ali ne s’exprimait plus. On l’exhibait, on se servait de lui. On le fait encore après sa mort. Il était ailleurs depuis longtemps, ayant payé un terrible tribut à sa carrière sur le ring. Mais que pensait-il vraiment de l’évolution du monde, des noirs et de l’islam ? Personne ne le sait.

Clinton va le dire cependant pour conforter le vote noir en faveur de sa femme en difficulté. Obama aussi dans doute, lui le président post raciste qui n’aura en rien fait avancer la cause des noirs.

Cassius Clay est devenu musulman pour rejeter, en tant que noir, l’Amérique des blancs. Mais il n’a rien dit sur le 11 septembre par exemple. Ce qui est sûr, c’est que le mouvement des noirs américains n’est plus, depuis longtemps, dominé par l’islam et que les noirs le rejettent le plus souvent l’assimilant à un terrorisme qui n’est plus leur actualité.

Les musulmans noirs des années Ali ne se sentaient pas américains. Ce mouvement nationaliste noir nord-américain, se réclamant de l’islam, fondé en 1930, est hostile à l’intégration des noirs dans la société américaine. Fondé à Detroit sous l’impulsion du « prophète » Wallace D. Fard, dit Walli Farrad, surnommé aussi « le Grand Mahdi » et « le Sauveur », le mouvement connaît ses premiers succès grâce au successeur de Farrad, Elijah Poole, qui se fait appeler Elijah Muhammad. Dans les années 1960, Malcolm Little (Malcom X) développe considérablement le mouvement mais rompt avec Muhammad et est assassiné en 1965.

Les Black Muslims se réclament de l’islam, tout en se distinguant des autres musulmans (Moslems) du pays. Ce sont souvent d’anciens chrétiens qui ignorent l’arabe. Ils rejettent le christianisme (« la religion de l’homme blanc ») et leurs patronymes d’origine européenne (« des noms d’esclaves »). Ils doivent mener une vie exemplaire (pas d’alcool, pas de drogues, pas de fornication, pas d’excès alimentaire, pas de mensonges).

Leur influence s’est exercée surtout dans les milieux étudiants et dans les milieux les plus défavorisés de la population noire. Le champion de boxe Cassius Clay, devenu Muhammad Ali, est donc un des plus célèbres membres des « Black Muslims. »

Le comparer à Mandela ou King est tout de même un sacré amalgame et une simplification pour exploitation.

Les hommages se détachent du contexte historique et de la réalité de son parcours. Aurait-il refusé l’Irak ou l’Afghanistan où personne ne l’a jamais traité de sale nègre?  Nul n’a le droit de le dire à sa place.

Personne ne peut le dire et le patriotisme des noirs américains de l’après 11 septembre n’a rien à voir avec le rejet des années Clay…. L’Islam non plus d’ailleurs.

C’est pourquoi Barak Obama plus proche  de noirs de Foreman que d’Ali devrait être plus réservé sur son hommage au « greatest »,  un surnom qu’il a peu de chance d’obtenir.

Illustration : Ali, un soutien posthume à Hillary Clinton
  1. Plouvier Bernard
    Plouvier Bernard7 juin 2016

    Article fort intéressant, mais :
    Pas un mot sur le racisme forcené (notion de supériorité raciale) de Malcolm X et de Cassius Clay (qui refusait l’idée de « souiller sa race » avec une Blanche)… c’est pour faire politiquement correct ?

    Quant à écrire que les attentats du 11-IX- 2001 n’a rien à voir avec l’islam (à moins que j’aie mal interprété cette phrase), c’est faire dans l’angélisme ou ne pas avoir lu les 9 sourates sur le Djihâd

    On peut avoir admiré le style du boxeur lorsqu’il avait de 20 à 25 ans et ne pas avoir envie de le suivre dans son errance raciste et musulmane.
    L’islam, qui a énormément de défauts, n’est pas une religion raciste.
    Que le racisme de Clay ait été réactionnel au racisme blanc anti-noir est une évidence… mais Jessee Owens, victime du racisme blanc aux USA et à Londres au retour des JO de Berlin, n’est pas devenu raciste pour autant… au fait, Owens a été traité avec beaucoup de respect en Allemagne, l’été de 1936 (que ce soit ou non par opportunisme politique de la part des Allemands),.. ce sont les Mémoires d’Owens qui nous l’apprennent !

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