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Pérou : Kuczynski Président ? Un pays coupé en deux !

Perou PPK Elu

Pérou : Kuczynski Président ? Un pays coupé en deux !

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Michel Lhomme, politologue ♦

La dernière ligne droite a été la plus difficile. Keiko Fujimori ne sera probablement pas la première femme péruvienne à accéder à la Présidence. Les journaux français seront rassurés, eux qui n’ont cessé de la présenter comme la deuxième chance honteuse d’un clan, un clan dictatorial assimilé à des criminels contre l’humanité alors qu’Alberto Fujimori toujours incarcéré fut sans doute le plus grand président péruvien du vingtième siècle, celui qui redressa économiquement le pays et mit fin à la guerre civile du Sentier Lumineux, un conflit interne ayant tout de même fait plus de 70.000 morts ou disparus.

Les quartiers populaires de Lima ne sont donc pas totalement en liesse car la victoire sera serrée, très serrée. A l’heure où nous écrivons : 50,32 % pour Pedro Pablo Kuczynski et 49,68 % pour Keiko Fujimori, sa rivale. C’est donc bien Pedro Pablo Kuczynski (PPK), l’ex-banquier de Wall Street, âgé de 77 ans et candidat du centre droit qui pourra prêter serment le 28 juillet. Kuczynski aura donc réussi son coup en mariant la carpe et le lapin puisqu’il alla entre les deux tours jusqu’à accepter le soutien de Veronika Mendoza, une parlementaire de la gauche extrême dans un front violent anti-Keiko.

Sous le ciel nuageux de Lima et dans tout ce pays andin de 31 millions d’habitants, un vote droitier et bobo l’a probablement emporté sur la raison nationaliste mais on aura tout fait et surtout dans les grands médias locaux de la droite comme de la gauche (la drauche comme en France du politiquement correct) pour empêcher l’accès au pouvoir de Keiko en l’accusant faussement de corruption, de blanchiment d’argent et de trafic de drogue. Saluons l’Ambassade des États-Unis décidément très active ces derniers temps dans son pré-carré.

Les militaires qui comptent toujours beaucoup au Pérou sont dans les casernes, pour la plupart sceptiques, et craignent que la victoire de Kuczynski n’amène en début de période de récession économique des pressions à gauche réactivant le mécontentement populaire. La province a d’ailleurs, par peur du désordre, plutôt voté Keiko qui était donnée gagnante avant que les bureaux de vote de la capitale ne soient dépouillés. C’ est la capitale et les villes du Sud qui ont voté Kuczynski, ce descendant d’immigrants, candidat pro-marché à la Vargas Llosa et éduqué dans une université américaine. Il n’est pas révolutionnaire et troublera donc encore une fois de plus le Vatican «communiste » lors de la programmation de ses déplacements officiels mais est-il un vrai patriote ? Est-il surtout prêt à défendre dans la mondialisation en cours sur fond de traités trans-pacifique et trans-atlantique qui remodèlent complètement le monde libéral, les valeurs andines et les spécificités d’une nation authentique qui comprend qu’il faille rentrer dans le rang mais pas au point de se coucher comme le voisin chilien.

La Republica, le journal de gauche péruvien  jubilera  : il n’y aura pas de remise en question de la transition démocratique lancée durant la dernière décennie et qui aurait toucher à sa fin avec la nouvelle Présidente car la gauche péruvienne a osé publier ce genre de commentaires sans avoir aucunement honte de ses atermoiements passés avec les gouvernements en particulier d’Alan Garcia.

La gauche péruvienne a donc soutenu sans état d’âme l’homme des banques. La victoire probable  de Kuczynski ne sera pas  un gage de stabilité politique à venir en raison non seulement de son pacte contre-nature avec la gauche extrême et écologiste mais aussi du clivage ethnique qu’il représente et représentera toujours et quoiqu’il arrive durant son mandat pour le cholo (l’indien) péruvien.

Les économistes et les investisseurs paraissent  rassurés. Pourtant la victoire sera très serrée et le pays se retrouvera comme coupé et divisé en deux, en réalité complètement clivé surtout géographiquement. Kuczynski restera toujours le candidat des classes aisées de Lima et des classes moyennes du Sud du pays (région d’Arequipa). Sa victoire sera celle de la ville contre la campagne, des jeunes contre les vieilles générations mais pas des plus pauvres et des déclassés qui ont en effet voté Keiko.  On peut se demander si ces plus pauvres profiteront vraiment de la distribution promise, par le futur et probable Président, des fruits de la croissance. Kuczynski poursuivra-t-il l’économie inclusive, des mesures comme celles des bourses attribuées aux élèves pauvres méritants, grand succès populaire de son prédécesseur Ollanta Humala ?

En tout cas, la gauche dont il a été chercher les voix, saura là-dessus le rappeler très vite demain à ses promesses par la rue et le désordre des barrages anti-miniers.

Illustration : la victoire probable de Pablo Kuczynski . Peut-il vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ?

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