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Sabotage : appel à la grève des consommateurs [interview]

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Sabotage : appel à la grève des consommateurs [interview]

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Jean Piérinot ♦

Remettre le bon sens à sa place et éviter les guerres annoncées.

Métamag : Bonjour Georges Gourdin. Vous venez de publier un livre au titre provocateur « Sabotage », sous-titré « Appel à la grève des consommateurs ». Quel est le lien entre la consommation et le sabotage ?

Georges Gourdin

Georges Gourdin

Bonjour. Eh bien, nous allons tout de suite à l’essentiel. La grève des consommateurs est pour moi le seul moyen efficace de mettre fin au Système, j’entends par là le pouvoir oligarchique, ploutocratique, mondialiste qui règne sur l’Occident et s’étend à la planète entière.
Je démontre dans la première partie de mon livre que ce Système nous conduit à la décadence, une décadence globale, économique, écologique, sociale, culturelle, politique aussi puisque le Système n’a de démocratique que le nom.

Les élections ne servent qu’à donner l’illusion de la démocratie, mais on est en fait dans un système de parti unique. On voit bien avec quelle détermination toute nouvelle intrusion est combattue, en France bien entendu, mais en Grèce et récemment en Autriche. Le Système tient bien les manettes du pouvoir, contre les peuples.

Pourtant vous voyez bien que cela bouge en France en ce moment. Le pouvoir peut vaciller sous la pression de la rue.
GGO_Une-de-couvertur06-06-13-14-44Les manifestations actuelles sont un « remake » de mai 68. Mais cela est bien loin de faire vaciller le pouvoir. Les syndicats très en pointe, contrairement à mai 68 où ils s’étaient fait surprendre, sont dans un combat d’arrière-garde. Les revendications portent sur la préservation de situations acquises par certaines catégories professionnelles, notamment dans la fonction publique au sens élargi. Ces syndicats défendent leur territoire, pas les travailleurs français. Dans le même temps le Système fait entrer en masse une main d’œuvre étrangère qui vient briser les revendications des salariés et des chômeurs, mais les syndicats ne s’érigent pas contre cette casse. Ils participent ainsi à la décadence que nous évoquions.

Alors tout espoir de changement est-il perdu ?
Le changement ne peut pas provenir de toutes les institutions en place puisqu’elles sont toutes complices du Système : classe politique et syndicale comme nous venons de le voir, mais les médias, les dirigeants de grandes entreprises, les enseignants. J’analyse d’autres issues qu’une guerre que beaucoup pronostiquent déjà ou un putsch. Je propose une méthode inédite qui permettra d’éviter toutes ces violences : c’est de faire tomber le Système de lui-même en hâtant sa chute. « Tout ce qui est d’aujourd’hui — tombe et se décompose ; qui donc voudrait le retenir ? Mais moi — moi je veux encore le pousser ! » avance Nietzsche. C’est ce que je propose dans mon livre.

Mais comment voyez-vous cela ?
Le Système est porté par la finance spéculative, une consommation effrénée, une échelle de valeurs étalonnée par l’argent. La seule manière de le mettre à bas est de refuser la société de consommation en s’appuyant sur une nouvelle échelle de valeurs. Il suffit d’entendre tous les responsables politiques relayés par les commentateurs économiques appeler au « retour de la croissance », à la « reprise de la consommation » pour comprendre que le modèle actuel n’est porté que par une fuite en avant matérialiste et quantitative.
Or la croissance quantitative ne reviendra plus jamais. Autant s’y faire, non pas comme les syndicats en s’arc-boutant sur des vieilles lunes, mais en intégrant positivement un mode de vie en dehors de cette fuite en avant.
Autrement dit : si je dois consommer moins, autant m’y résoudre positivement puisque cela aidera à « préserver la planète », autant m’y adapter dès à présent par un nouveau mode de vie et une nouvelle échelle de valeurs.

Croyez-vous que les Français soient prêts à limiter leur consommation ?
Bien sûr que j’y crois ! Nécessité fait loi. Déjà de nombreuses personnes ont décidé de vivre autrement. D’innombrables structures alternatives se mettent en place : solidarité de proximité, AMAP, monnaies locales, sites internet de troc ou de recyclage par exemple. Chaque jour de nouvelles personnes quittent le Système, pas toujours de leur plein gré. Je leur montre que ce qui pourrait être vécu comme un échec représente en fait l’opportunité d’un acte militant visionnaire, tant pour eux que pour la communauté. Ce sont ces gens-là qui font l’histoire. Je suis désolé de citer encore une fois Nietzsche : «Ce n’est pas autour de ceux qui font du bruit mais de ceux qui créent que, silencieusement, tourne le monde», mais c’est bien de cela qu’il s’agit. Il s’agit d’une avant-garde qui est déjà au-delà de la société de consommation et qui préfigure le monde de demain. Chaque jour voit croître le nombre de dissidents.

Le sabotage a fait chuter des pouvoirs aussi puissants que l’empire britannique en Inde ou l’URSS. La grève de la consommation, vécue comme un acte militant, est une nouvelle forme de désobéissance civile et non violente qui, seule, pourra faire tomber le Système. Celui-ci peut contenir les manifestants par des CRS, peut déployer sa propagande dans les médias, manipuler les élections, mais il sera impuissant face à un peuple qui refuse la sur-consommation pour vivre plus simplement et plus sainement du reste. Le pouvoir ne va pas envoyer les CRS pour nous obliger à continuer de « mal-bouffer » ou d’acheter de la camelote à crédit.

En bref ce sabotage qui gronde déjà doit se transformer en mouvement social révolutionnaire. Il est encore temps.

Georges Gourdin , Sabotage : appel à la grève des consommateurs, Éditions Godefroy de Bouillon, 15€
Illustration : Georges Gourdin dans son potager, une vie en accord avec ses idées.

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