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Blabla banque ne débanque pas assez

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Blabla banque ne débanque pas assez

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Auran Derien, universitaire ♦

Délégitimer la tyrannie bancaire passe par la généralisation de la lucidité sur le phénomène monétaire. Seule une claire perception des fonctions d’une monnaie, une compréhension historique de ses usages en des temps où les banques n’existaient pas, libérerait l’esprit de l’aliénation dans laquelle il est tombé.

La critique argumentée de la criminalité des banquiers est donc souhaitable et il est évident qu’elle doit venir de toutes parts, pas seulement du côté d’ universitaires moins abrutis de mathématiques inutiles – ces mathématiques qui ne servent pas à éclairer notre monde ou à résoudre des problèmes dont on ne pourrait trouver les solutions sans leur aide- mais ceux qui permettent la tromperie et répandent l’obscurantisme .

La question fondamentale, le fait de passer, par miracle, d’un système de débit-crédit, par lequel émerge la monnaie, à une marchandise que l’on achète et vend, ne semble pourtant pas inquiéter les économistes qui, à la manière de Mme Couppey-Soubeyran, font semblant de critiquer la finance criminelle tout en utilisant seulement quelques figures de rhétorique.

Une réthorique réactionnaire ou un discours raciste ?

blablabanqueLe bla bla bancaire est corrélé, selon l’auteur, avec trois figures de rhétorique réactionnaire que Albert Hirschman avait soulignées lorsqu’il s’intéressait à la critique des politiques “sociales”. Les trois pseudo-arguments, utilisés par les bandes de banquiers  pour éviter, décourager, toute réforme, seraient : l’effet-pervers – le remède sera pire que le mal –  l’inanité – cela ne sert à rien –  la mise en péril – ceci tuera cela . Ce n’est pas faux, mais n’explique pas grand chose quand à la destruction du monde dont les banquiers sont responsables. Deux types de réflexions devraient être distinguées : L’analytique, où la rhétorique, quelle soit ou non réactionnaire, ne suffit pas ; le sociologique, l’observation du milieu mafieux, bankstérisé, crapuleux, qui caractérise la finance et pour lequel se pose désormais la question existentielle d’une nécessaire libération de l’emprise inhumaine de ces assassins en col blanc.

Les trois arguments de l’effet pervers, de l’inanité et de la mise en péril n’ont rien de spécifique au milieu mafieux bancaire même si, étant dominant désormais, il reprend tout naturellement les vieilles habitudes de tous les parasites parvenus. N’est-ce pas le principe de toute propagande ? Avant nous c’était pire. Maintenant, grâce aux sublimes financiers transcendantaux qui bavent, comme chez Goldman Sachs, qu’ils font le travail de dieu, tout est parfait et doit le rester jusqu’à la fin des temps : la parousie pour chimpanzés, voilà le niveau auquel ces bourriques ont fait chuter l’humanité. Est-ce simplement réactionnaire ou, plus grave et totalement infâme, ne serait-ce pas le parfait racisme théocratique qui soutiendrait certains milieux financiers ?

Le non-être, base du totalitarisme financier

De la théologie à l’économie, du politique au social, le totalitarisme a pour caractéristique de multiplier les oppositions plutôt que les complémentarités. La question sociale, enseignait Julien Freund, repose sur la dialectique richesse /pauvreté. La théologie insiste sur le différence élus /exclus, la politique sépare l’ami de l’ennemi, la sociologie discrimine entre nature et culture…La séparation analytique est susceptible de glisser dans une dichotomie perverse soulignée par Robert Jaulin : «qui fait de l’objet possédé un sujet soumis puis orienté vers le statut de sujet possédant, envieux ou soumettant». Inversement, le sujet culturel est transformé en objet possédé. A partir de couples analytiques, l’évolution totalitaire va vers l’exclusion, du pauvre par le riche, du faux par le vrai – ou l’inverse – de l’ennemi par l’ami. Ceux qui utilisent ces concepts se considèrent tout naturellement comme les élus de la fortune, de la vérité, du savoir,…

Une relation monétaire est un rapport à l’autre qui suppose un univers commun partagé. Mais dans l’esprit du financier, appuyé par la superstition de la monnaie-marchandise, il n’existe aucun “autre”. L’exclusion établie par le marchand absolu élimine tout univers commun. D’un côté le trafiquant et en face tous les autres, marchandises semblables à jeter dans ce fourre-tout du même objet. Cela est appliqué tant aux marchandises qu’aux humains et à la monnaie.

Il n’existe plus de sujets, d’êtres humains. La soumission des marchandises est devenue systématique à l’égard du marchand. S’il se retrouve seul sujet face à des objets, le marchand cherchera à se transcender en se prenant pour l’élu d’une divinité quelconque, à inventer pour la circonstance. S’il est le seul sujet de l’univers, la seule manière de redonner à celui-ci une dimension dans laquelle il puisse s’inscrire sera justement d’y inventer quelque veau d’or, d’affirmer, comme certaines brutes de la banque anglo-saxonne, qu’ils font le travail du dieu qu’ils se sont inventés. Ainsi, avec sa superstition primitive, le financier redevient un être relié à un univers composé d’autres êtres, sujets d’une divinité par exemple. Il est dramatique que ce totalitarisme soit étendu sur toute la planète à mesure que les marchands absolus de dollar et autres produits dérivés lancent des cellules cancéreuses dans tous les pays en y intervenant par l’argent qu’ils créent et manipulent. Ce racisme simplificateur est plus fondamental que la rhétorique réactionnaire. A cela il convient de fixer des limites si nous voulons retrouver notre humanité, niée par ces infâmes. Les financiers doivent être encadrés, surveillés, sanctionnés.

La bonne question: A quoi servent les banques ?

Mme. Couppey-Soubeyran est mieux inspirée lorsqu’elle soulève la question fondamentale : A quoi servent les banques aujourd’hui ?

Nous sommes d’accord pour effectuer un test inspiré d’une remarque, faite dans d’autres circonstances, par l’économiste Robert Solow. Il avait formulé la question suivante : «Que diriez-vous si quelqu’un écrivait au président de votre université pour lui proposer de faire vos cours en étant moins bien payé ?» Il est temps de pratiquer cela dans le monde bancaire. Il convient de proposer de remplacer les financiers actuels; des hommes civilisés exerceraient les métiers de la banque en acceptant d’être moins payé ; on irait même jusqu’à éliminer les banques au profit d’autres institutions moins voleuses. Par exemple : réserver la création monétaire à l’État sous contrôle du parlement ; mettre en place de nombreuses chambres de compensation de dettes et créances avec une supervision effectuée par l’équivalent de la chambre des huissiers ; la fin des mouvements de capitaux à court terme, totalement inutiles, etc. La liste de ce qui sera fait par d’autres que les banksters actuels, pour un prix inférieur et des résultats meilleurs, semble désormais particulièrement longue.

En avant!

Jézabel Couppey-Soubeyran,   Blabla banque. Le discours de l’inaction. Éditions Michalon, 270p., 19€, 2015.
  1. Plouvier Bernard
    Plouvier Bernard14 juin 2016

    Excellent, comme d’habitude

    Dommage que l’on n’ait pas abordé le sujet qui fâche : le passage d’une activité bancaire normale – le marché du crédit aux entreprises coûteuses, comme le commerce maritime, pour lequel la banque fut créée durant l’Antiquité gréco-romaine – à l’agiotage (création du XVIe siècle), soit la spéculation.

    Si l’on ne peut que rire de la prétention des Titans de la pensée de chez Goldmann-Sachs, il serait sot de jeter le bébé avec l’eau souillée du bain : l’activité bancaire est indispensable à toute économie. Les spéculateurs sont des parasites sociaux… à exterminer !

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