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Après le Brexit, l’Europe peut revenir

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Après le Brexit, l’Europe peut revenir

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Bernard Asso, Professeur des universités ♦

Invoquer De Gaulle est devenu une sorte de rituel mais je ne me priverai pas de la gourmandise de le faire dans cette phase de Brexit.

Il est bon de rappeler qu’il a toujours été hostile à l’entrée de la Grande Bretagne dans l’Europe que construisaient les pays fondateurs de l’époque : France – Allemagne – Italie – Benelux.

Avec le sens de ses phrases lapidaires, il rappelait que l’Angleterre était une île ouverte vers le large, dominée par un prisme essentiellement commercial et porte-avion avancé des États-Unis.

Sa vision de l’Europe était marquée par l’intérêt des nations mais également par la nécessité d’une réconciliation avec l’Allemagne, ce qu’il fit par le Traité de l’Elysée en 1963 et il n’a eu de cesse, alors que l’Union soviétique exerçait son imperium, d’évoquer une Europe allant de l’Atlantique à l’Oural lorsque la Russie renaîtrait.

Plus de 50 après, on y est .

Le départ des britanniques peut s’expliquer pour de multiples raisons

Certes ils ne supportaient plus le néo jacobinisme de Bruxelles, pas plus que les entraves à la liberté du commerce, préférant un esprit de libre échange plutôt que l’édification de normes pour un marché unifié mais surtout le 23 juin, il faut le dire, la majorité des électeurs qui ont voté pour le Brexit se sont déterminés sur la question de l’immigration.

Certes la moitié de la classe politique tant conservatrice que travailliste, lorsqu’elle a joué le Brexit l’a fait pour les conservateurs en écoutant ses électeurs, notamment les classes moyennes déclassées, et les travaillistes ont écoutés les cols bleus inquiets d’être concurrencés par des non britanniques dans les offres d’emploi.

Au fond, les britanniques ont souhaité reconquérir leur souveraineté pour maîtriser eux-mêmes les flux migratoires même s’ils auraient pu le faire déjà, mais cela impliquait, et impliquera, de ne plus tenir compte de la jurisprudence de la Cour de Strasbourg qui privilégie les individus nomades sur les peuples.

Toutefois, les britanniques n’ont jamais eu le désir d’une Europe puissance tant ils sont traditionnellement et historiquement hostiles, à un continent unifié ayant un destin politique autonome du monde anglo-saxon et de nos jours avec un désir de relation pacifiée avec la Russie.

Aujourd’hui les choses doivent être clarifiées

Il convient que les britanniques puissent se séparer rapidement de l’Union Européenne car ils sont porteurs des intérêts géopolitiques américains.

Ils auront à définir leur propre stratégie, mais du côté de l’Union Européenne c’est une chance historique pour réorienter l’Europe vers une Europe des nations, rappelant le principe de subsidiarité selon lequel les services mutualisés européens ne seront compétents que lorsque les institutions nationales ne peuvent pas traiter elles-mêmes le problème.

Il serait inconvenant de ne pas tenir compte de la volonté grandissante des peuples d’Europe à ne plus vouloir accepter, au nom de la liberté de circulation des personnes, que cette dernière soit dédiée à tous et non pas exclusivement aux européens.

Il reste que, pour revenir à cette notion d’Europe puissance continentale, il va falloir que les parlements nationaux aient un débat sur quelle Europe des nations veulent-ils ?

On entendra certainement des débats socio économiques sur l’harmonisation fiscale, sur l’harmonisation du code du travail, sur les travailleurs détachés, sur la couverture sociale, débats certes importants mais domestiques.

Les vraies questions seront celles des mécanismes de gouvernement, de l’Europe de la défense, des techniques de prises de décision mais également de ce qui fait une identité européenne en partage en parlant enfin des origines communes.

On ne peut pas bâtir l’Europe sur le seul engagement à respecter la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme qui a trop servi de socle à l’impérium idéologique de la Cour de Strasbourg.

Il faut avoir le courage, le cas échéant, de suspendre la portée de cette jurisprudence lorsque sont en cause les intérêts nationaux en matière de politique migratoire.

Il convient également d’organiser la zone euro et de déterminer les conditions de l’harmonisation en matière de politique économique.
Mais tout cela ne sont que des outils techniques.

La vraie question est celle de s’interroger sur le « nous » et les « autres ».

En quoi sommes-nous des européens enracinés dans nos patries charnelles et différents des « autres » et pourquoi voulons nous être différents des « autres » ?

Ce ne sont pas des débats théoriques sur les institutions, sur le droit constitutionnel, sur le fédéralisme, sur le confédéralisme, sur le juge européen, sur les tarifs extérieurs qui règleront la question centrale  qui est celle de savoir qu’est ce qu’être européen aujourd’hui et jusqu’à quel prix on est prêt à s’engager pour le demeurer ?

C’est une interrogation philosophique, historique, politique, voire spirituelle.

Ne pas atteindre ce niveau de débat pour en rester à des débats techniques, c’est fragmenter rapidement l’Union Européenne et ne pas être sûr que l’Europe se reconstruise à temps dans cette période où les joueurs géopolitiques sont à la fois les espaces/Etats/continentaux et les religions.

Aurons-nous les hommes et les femmes pour ce faire ?

Pour l’instant j’en doute car le monde politique actuel a le nez sur les questions domestiques.

Beaucoup sont issus d’une pensée néo marxiste ou sociale démocrate qui met l’économie au centre de tout, même si les britanniques viennent de nous démontrer qu’ils avaient fait le choix de leur identité.

Avons-nous les ressorts intellectuels pour apprendre à conjuguer Nations et Europe ?

Il y a trop de faveur soit pour le nomadisme mondialisé, soit pour l’individualisme narcissique pour que puisse se lever enfin le sentiment que la vie de chacun ne peut pas se réduire simplement à la vie de soi.

Nous sommes des héritiers et nous avons un devoir de pérennité pour assumer notre destin collectif. La Nation, pour ce faire, semble plus rassurer les personnes. L’espace européen, s’il n’est qu’un espace ne nous rassurera pas s’il ne devient pas un mythe inscrit dans les origines et la durée.

Alors devenu ce symbole commun, il pourra ajouter, aux espaces nationaux, une envie de puissance pour que les européens puissent être à nouveau des vrais acteurs dans l’histoire.

  1. paleas
    paleas29 juin 2016

    Bravo pour cette analyse pertinente , c’est à ce demander effectivement à quoi pense la classe politique si ce n’est à sa prochaine réélection , un désastre !

  2. Lilou35
    Lilou3529 juin 2016

    Pour la pérennité de l’union Européenne il est nécessaire d’être uni et pratiquer une seule langue. Comment peut-on unir des peuples qui ne se comprennent pas ? L’union des dirigeants est insuffisantes la suspicion serra toujours présente ! Commençons par faire : France, Belgique, Luxembourg, Suisse, les pays voulant nous rejoindre devront se convertir au Français, à moins qu’une volonté de pratiquer une autre langue voie le jour, dans ce cas, seul un référendum devra mettre tout le monde d’accord (En principe).
    Cette thèse est réaliste, seul le temps est nécessaire pour y parvenir.

  3. Lilou35
    Lilou3529 juin 2016

    Pour la pérennité de l’union Européenne il est nécessaire d’être uni et pratiquer une seule langue. Comment peut-on unir des peuples qui ne se comprennent pas ? L’union des dirigeants est insuffisantes la suspicion serra toujours présente ! Commençons par faire « l’Union des Citoyens Européens Francophone » : France, Belgique, Luxembourg, Suisse, les pays voulant nous rejoindre devront se convertir au Français, à moins qu’une volonté de pratiquer une autre langue voie le jour, dans ce cas, seul un référendum devra mettre tout le monde d’accord (En principe).
    Cette thèse est réaliste, seul le temps est nécessaire pour y parvenir.

  4. Philippe SOUCHET
    Philippe SOUCHET29 juin 2016

    Je pense que l’Europe (la « vraie »!) ne se fera qu’à condition de remettre en cause l’existence même de la Commission Européenne,non élue,et le statut très particulier (avec tous les avantages y afférents !) de ses (trop) nombreux fonctionnaires « hors sol »,qui prêtent une oreille toujours très complaisante et intéressée aux injonctions (il n’y a pas d’autres mots!) des puissances économiques et financières.Il faudra donc prévoir l’interdiction absolue de tous les lobbyistes installées à demeure à Bruxelles.De plus,dans le cadre d’une constitution européenne basée sur le respect des nations,il faudra prévoir un recours non restrictif à la consultation des peuples parties prenantes sous une forme référendaire.Enfin,pour une Europe puissance,à côté d’une armée à mettre sur pied (3% du P.I.B,et pourquoi pas par accrétion à partir de la Brigade franco-Allemande,qui a le mérite d’exister,mais ne sert à rien pour l’instant puisqu’on ne l’utilise pas sur les théâtres d’opérations extérieurs.Mais on n’avancera pas sans prendre les décisions à une majorité simple ou qualifiée,mais en abandonnant le principe d’ l’unanimité,trop paralysant.Enfin,il va de soi que toutes les négociations concernant l’éventuelle entrée de la Turquie dans l’U.E (on se demande bien à quel titre,ce n’est parce qu’ils occupent ind^ment la Thrace Bulgare!) comme l’indécent projet de traité T.A.F.T.A (qui porte bien son nom,étant un tissu d’insanités concocté par des U.S.A déclinants pour enrayer leur décadence) devront être suspendues sine die.

  5. Roban
    Roban29 juin 2016

    Excellente analyse que je partage entièrement.

  6. LE BREBIS GALLEUX
    LE BREBIS GALLEUX30 juin 2016

    Je lui préfère nettement Pétain !

    • Un Français.
      Un Français.9 juillet 2016

      Vive le Maréchal !

  7. Robert41
    Robert411 juillet 2016

    Enfin une légitimité européenne qui sonne un « ça me suffit » à la cantonade. Trop c’est trop et oui les dernières invasions migratoires du grand Sud médiatisées ont convaincu les Anglais que l’Europe de Merkel et de Hollande est devenue non pas une harmonie entre grands cousins mais une complexité de strates ethnicisées qui engendra un choc civilisationnel violent. Il faut le dire, l’Europe se laisse coloniser par l’Islam, tout le monde le voit, tout le monde le sait mais sauf nos hommes et femmes politiques. Il faudrait du bon sens comme l’auteur de cette analyse mais cela doit passer par tous les partis de gauche comme de droite et non laisser la chronique au Front national. Ce n’est pas Indignez-vous qu’il faut dire mais Réveillez-vous !

  8. Observateur
    Observateur9 juillet 2016

    De Gaulle a refusé avec les Communistes, la Communauté Européenne de Défense.
    L’Europe ne pouvait se faire en premier que par la Défense.

  9. Rémy-Renault
    Rémy-Renault9 juillet 2016

    Nous avons payé et continuons de payer très cher le choix de De Gaulle de s’allier aux Communistes contre les pétainistes anti-collaboration.

  10. Robert41
    Robert4112 juillet 2016

    @ Observateur et Rémy-Renault.
    Le Général ne pouvait faire autrement. C’était l’époque des blocs EST-OUEST. – L’Europe était sous le contrôle de ces deux empires et il fallait poursuivre la reconstruction d’une Europe encore dévastée. D’ailleurs une force européenne a bien existé en 1956, lors de la crise du canal de Suez où Anglais-Français et Israéliens sont intervenus contre une politique de nationalisation du canal. Cette alliance répondait à des intérêts communs, politiques, économiques et commerciaux. Cette guerre fût gagnée mais les « envahisseurs » durent se résoudre par la pression des deux blocs à dégager les lieux. Donc, le temps ne permettait pas d’exploiter une force européenne autonome. Les blocs ne l’auraient pas tolérée. Cela a incité le général a concentré la Défense de la France sur sa force de frappe nucléaire surtout celle des sous-marins et à sortir de L’OTAN. Aujourd’hui le contexte est différent et même urgent.

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