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Michel Rocard : un hommage très intéressé

Rocard

Michel Rocard : un hommage très intéressé

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Raoul Fougax, journaliste ♦

Il avait été marginalisé et moqué par  nombre d’hypocrites récupérateurs.

Certains journalistes s’en souviennent encore. Un bon mot circulait un temps dans les rédactions qui depuis a été utilisé pour d’autres. «  Je parle le Rocard…mais je ne le comprends pas encore très bien ».

C’était manifeste, cet homme brillant s’emmêlait un peu les pieds dans l’expression de ses idées. Il n a pas toujours fait la belle unanimité de la gauche actuelle. On ne peut, à la fois, se réclamer de Mitterrand et de Rocard. Le premier a tué le second ou en tout cas l’a écarté puis marginalisé.

Michel Rocard n’est moderniste que par rapport à l «archaïque » qui ne lui a jamais pardonné l’expression. Son parcours, au départ, au Psu est tout de même singulièrement gauchiste.. Un Mélenchon d’un autre temps. C’est devant l’impasse politique qu’il passe au PS puis en devient l’aile sociale démocrate.

Le Parti socialiste unifié (PSU) était un parti politique français fondé le 3 avril 1960. Représentant à sa fondation, la deuxième gauche, qui se situait politiquement entre la SFIO sociale-démocrate et le PCF, le PSU était proche du Centre d’études, de recherches et d’éducation socialiste (CERES), aile gauche du Parti socialiste dans les années 1970. Il s’est dissous en novembre 1989.

Le PSU s’est notamment appuyé sur la scission (et la laïcisation) de la CFTC en CFDT et a défendu, dans les années 1970, l’expérience autogestionnaire, soutenant en particulier les travailleurs de l’usine  Lip. Le PSU eut  comme premier secrétaire, de 1960 à 1967, Édouard Depreux, ancien ministre socialiste de l’Intérieur, puis Michel Rocard, de 1967 à 1973.

Jean-Marie Le Pen, peu sensible à l’unanimisme des pleureuses a été le seul à rappeler l’engagement de Rocard compagnon de route du Fln.
« On oublie de dire que Michel Rocard fut un combattant de la guerre d’Algérie : dans le camp de l’ennemi! ». C’est sa première opposition à Mitterrand, alors partisan qui s’en souvient lui de l’ Algérie Française .

L’âge venant,  le marginal très aigri d’avoir eu une carrière qu’il jugeait inférieure à ce qu’il méritait est devenu un sage. Sa mort est récupérée un peu par Emmanuel Macron beaucoup par Manuel Valls au nom de la gauche qui réforme et qui gouverne. Mais Rocard a été incapable de se hisser à la présidence et, maltraité par Mitterrand, il a été un Fillon de gauche à Matignon. Il a démontré que l’intelligence ne suffit pas et est balayé par le sens politique dans la course à la présidence.

François Hollande lui est dans la ligne Mitterrand et sur ce point il a parfaitement raison. Rocard est l’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire pour devenir le candidat de la gauche à la présidentielle. Valls et Macron devraient y réfléchir une fois l’unanimisme de l’admiration obligatoire passée.
Cela étant son dernier entretien au Point montre une certaine lucidité sur les politiques d’aujourd’hui.

Michel Rocard, qui se revendiquait comme étant un « social-démocrate de dialogue » dresse un tableau bien sombre de la politique française. «La vérité française, c’est que l’on ne sait plus ce qu’est la droite et la gauche», estime-t-il. «On sent venir l’élection sans projet de société d’un côté comme de l’autre».

La droite, comme la gauche, ne manquent pas d’être écornées par l’ancien premier ministre. «Dans toute l’Europe, la gauche française a été la plus marquée par le marxisme (…) On peut admettre que la pensée politique marxiste ou ce qu’il en reste, est rétrograde», explique-t-il. «[Quant à] la droite française, au lieu de profiter de ce temps libre pour mieux étudier, comprendre et préparer le traitement de ces crises convergentes, a superbement tiré parti de la situation pour intensifier les conflits qui la traversent. Je crains qu’elle n’ait guère augmenté son patrimoine intellectuel pendant ce mandat».

Formidable, ça y est… Je comprends le Rocard.

  1. Guillaume
    Guillaume5 juillet 2016

    Le Monsieur avait une très haute opinion de lui-même. L’ultime preuve : il a demandé une cérémonie d’hommage national aux Invalides (s’il vous plait), normalement réservée aux grands militaires (même si Hollande a galvaudé l’hommage en l’accordant par paquets aux militaires qu’il a envoyés se faire trouer la peau en Afrique).

    Sinon, il était la parfaite incarnation des énarques qui ont fait main basse sur tous les postes les plus juteux et/ou les plus élevés de la République, alors que l’ENA en principe était destinée à former des hauts fonctionnaires. Encore une institution de la Vème complètement dévoyée de son objet. Depuis, ils sont partout, de droite et de gauche. Et on voit où ces géniaux technocrates sont en train de mener le pays depuis 45 ans …

    Quant à Rocard, son bilan (ou passif) est lourd :
    – recul de l’âge de la retraite
    – CSG prévue à l’origine de 1% pendant cinq ans, en fait de 7% actuellement ad vitam aeternam
    – calamiteux accords de Nouméa, en utilisant à fond les réseaux franc-maçons : corps électoral bidouillé (restreint pour que les Blancs soient le plus minoritaires possible), et en principe référendum local d’autodétermination en 2018. On en reparlera. Il paraît que les indépendantistes canaques ne sont plus aussi chauds bouillants pour l’indépendance car le prix mondial du nickel s’est effondré, et la mine qui leur a été attribuée au nord ouest de l’île ne rapporte pas comme prévu. Du coup, les subsides métropolitains redeviennent très utiles.
    Quand aux grands feudataires caldoches (comme Lafleur), ils se sont déjà « redéployés » ailleurs au cas où …

  2. Robert41
    Robert415 juillet 2016

    En prononçant ceci à la manière de Pasqua, on peut dire : Qu’entre Rocard et Ricard, il y a une histoire de pastis, l’un comme l’autre doivent être dosé … n’est-ce pas Raoul ?

  3. john wayne
    john wayne5 juillet 2016

    Le problème de la gôôôôche , c’est qu’elle vire à droite !! En psycho , on appelle ça une résistance …. On sait ce qu’il faut faire ,mais on résiste 10 , 15 , 20 ans ( Juppé en 1996) , on fait des grèves , jospin revient en 97 , puis chirac en 2002 , de l’eau tiède , puis hollande en 2012 ,qui n’a rien appris en 10 ans d’opposition , et qui se rend compte qu’il déconne ,qui se  » droitise  » un peu maintenant (!) , et qui déçoit tout le monde !! Un pauvre type …. Mais la France a quand même voté pour lui en 2012 , c’est ça le problème ! On préfère la connerie ,comme disait Romain Gary ….! On préfère avoir tort avec Sartre que raison avec Aron !! Faut aimer les médiocres …. ça fait mieux !!

  4. Guillaume
    Guillaume6 juillet 2016

    En complément de ce que j’ai écrit, je signale que Valls a fait une déclaration sur la Nouvelle Calédonie aujourd’hui devant l’Assemblée Nationale.

    Il a indiqué que la société Eramet (dont l’Etat français détient 26,66% du capital, via bpifrance) connaît de « grande difficultés » (proche du dépôt de bilan ?) suite à la chute des cours mondiaux du nickel et du manganèse. Mais comme la République est bonne fille avec ses dépendances exotiques, l’Etat va apporter 200 millions d’euros (excusez du peu) dans le capital de la filiale calédonienne. L’Etat y sera un partenaire dormant (c’est Eramet qui garde le management). Donc, une fois de plus, c’est le contribuable métropolitain qui va payer la facture car il y a aucun dividende à attendre (on connaît les « compétences économiques » de nos énarques …).

    Lors de l’indépendance déjà programmée pour 2018(cf. mon précédent commentaire), cette somme pourrait même passer par perte et profit, ou être cédée gratuitement comme cadeau d’adieu. Preuve est faite que la Nouvelle Calédonie n’est pas indépendante économiquement et qu’à mettre tous ses oeufs dans le panier « nickel », elle s’est trouvé frappée par un retournement de tendance du marché. Mais on gage que la gabegie économique locale ne va pas dissuader nos « élites » d’accorder (après un référendum au résultat déjà programmé) l’indépendance à ce territoire. Il sera dès lors ouvert aux intérêts australiens très intéressés (c’est pas loin pour y exporter ses produits, d’où la propagande éhontée de Canberra en faveur de l’indépendance canaque … pendant que leurs Aborigènes végètent dans leurs déserts). Pour autant, le contribuable français ne sera pas encore quitte avec cette facture car il faudra « accompagner » l’indépendance.

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