Réseaux sociaux, newsletter et flux rss

Déchets nucléaires pour chauffage urbain : pourquoi pas ?

Stockage Nucléaire

Déchets nucléaires pour chauffage urbain : pourquoi pas ?

Télécharger en PDF et imprimer

Michel Gay ♦

Le coût d’un site de stockage souterrain de déchets nucléaires constitue moins de 1% du coût de production de l’électricité d’origine nucléaire1 mais il représente tout de même de 17 à 25 milliards d’€ suivant les points de vue (Rapport du CEA de décembre 2012 « Séparation-transmutation des éléments radioactifs à vie longue », tome 2, page 67).

Il faut se prémunir contre la radioactivité résiduelle mais aussi, et surtout, maîtriser la température dans les galeries souterraines. En effet, ces déchets dégagent de la chaleur pendant encore des centaines d’années, ce qui nécessite des espacements importants entre les colis en sous-sol et augmente donc la facture du stockage. Aujourd’hui en France, il y a 10.000 conteneurs de déchets haute activité vie longue (HAVL) qui dégagent chacun environ 2,3 kW en permanence (soit 23 MW au total). En 2050, on atteindra les 100 MW qui seront principalement dus au césium 137.

En retirant les deux à cinq éléments (1) non émetteurs de rayons « gammas » qui dégagent le plus de chaleur dans ces déchets, le volume nécessaire pour le stockage diminueraient, ainsi que le coût. De plus, la chaleur émise pourrait être utilisée pour le chauffage urbain.

Ces matières radioactives sont délicates à extraire et à manipuler, mais fondues et coulées dans des blocs inaltérables de verre, elles n’émettent pas de radioactivité à l’extérieur du colis. Ces sources de chaleur permanentes deviennent inoffensives, mêmes pour des gens « malintentionnés ». Ainsi vitrifiées de manière irréversible, elles pourraient être vendues dans des conteneurs dégageant une puissance calorifique de plusieurs dizaines de kilowatts pour chauffer des bâtiments (commerces, immeubles, entreprises, piscines, …) pendant des dizaines d’années.

Ces chaudières à base de déchets nucléaires pourraient être économiques car il y a un gain sur la source de chaleur (économie de combustibles) et sur le coût du stockage géologique (économie sur le volume de stockage).

Diminuer le coût du stockage géologique et utiliser cette chaleur résiduelle permanente et « gratuite » serait faire œuvre utile pour la collectivité. Mais faire changer de point de vue la population et les élus pour les convaincre de l’utilité et de l’innocuité de ce chauffage d’un nouveau genre sera une affaire de longue haleine…

(1) Par exemple le césium 137, l’américium, le neptunium, le technétium et le strontium 90. Les déchets nucléaires sont constitués des produits de fission et aussi d’actinides mineurs (neptunium, curium et américium) formés à partir de noyaux d’uranium ayant absorbé des neutrons sans fissionner

Illustration : le laboratoire souterrain, installé à 500 mètres de profondeur, spécialisé dans l’étude sur le stockage de déchets nucléaires de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs.
  1. Henri
    Henri12 juillet 2016

    On connaît votre penchant pro-nucléaire mais c’est proprement irresponsable de prôner le chauffage urbain grâce à des déchets nucléaires vitrifiés …Déjà qu’ils ont été utilisés (à l’insu des utilisateurs, bien sûr) dans de la laine de verre domestique ou dans le ballast des routes.

    Oui, on fait confiance au CEA pour affirmer que le traitement puis le stockage des déchets nucléaires ne coûte pas grand chose. C’est sans doute pourquoi les utilisateurs privés vont se voir gratifiés d’un « rattrapage » en hausse de leurs factures d’électricité.

    Quant à l’enfouissage à Bure (dont les habitants locaux ne semblent pas vouloir et qu’on a « tendance » à leur imposer), il se veut « définitif » car serait dans de l’argile. L’exemple allemand (les mines de sel qui se sont retrouvées envahies par l’eau) devrait faire réfléchir. Car, rien est définitif sur cette planète qui ne cesse de se modifier. Il y a seulement 10 000 ans, la région de Bure était sous plusieurs mètres (ou centaines de mètres) de glace.
    Dans 100 ans, 200 ans, 500 ans, 1 000 ans, restera-t-il des hommes (EDF aura depuis longtemps disparu) pour s’occuper de ces déchets préhistoriques et encore très dangereux ? A moins de considérer, qu’à cette époque là, l’homme aura déjà disparu de la surface de la Terre. Auquel cas, les déchets ne seront plus un souci pour personne.

    • Bob
      Bob12 juillet 2016

      Woaw, c’est comme si les matières radioactives provenaient déjà des sous-sols géologiques… avant d’être extraites.

      Avant de sortir des chiffres il ne serait pas plus intelligent d’ouvrir un bouquin de temps en temps?

  2. Henri
    Henri12 juillet 2016

    Très bien Mr Gay sur le stockage ! Etes-vous parent avec le psychanalyste britannique Peter Gay ?!

  3. Henri
    Henri13 juillet 2016

    Je livre à votre réflexion cette décision (très peu mise en avant dans le presse) prise par 20 députés lundi soir dernier :

    A 20 h précises lundi 11 juillet, le projet de Cigéo d’enfouissement des déchets nucléaires s’est inscrit dans la loi : les députés ont voté la proposition de loi écrite par le Sénat, deux mois plus tôt. Adopté « conforme », selon le jargon législatif, c’est-à-dire dans les mêmes termes et sans aucune modification, le texte est ainsi définitivement entériné. Il définit « les modalités de création d’une installation de stockage réversible en couche géologique profonde des déchets radioactifs de haute et moyenne activité à vie longue ».
    Le résultat ne faisait guère de doute après le vote à la quasi-unanimité de la Commission développement durable de l’Assemblée nationale, le mercredi 29 juin. Mais la méthode reste déconcertante : seule une vingtaine de députés – 25 tout au plus – était présente lors des discussions lundi après-midi. Quant à la ministre concernée par le dossier, Ségolène Royal, elle était absente, remplacée par André Vallini, secrétaire d’Etat chargé du… Développement et de la Francophonie. Mme Royal avait plus important à faire : se faire voir avec les footballeurs de l’équipe de France :
    La position du gouvernement sur le sujet est depuis longtemps connue. Il a tenté à maintes reprises, depuis deux ans, de faire passer ce projet dans différentes lois : « Le gouvernement soutient pleinement ce texte », a confirmé André Vallini à la tribune. Mais l’absence de la ministre de l’Ecologie n’en reste pas moins symbolique d’un mépris à l’égard des débats de la représentation nationale. « La ministre aurait eu toute sa place à l’hémicycle plutôt que de faire des selfies avec les footballeurs » a lancé au micro la député écologiste Cécile Duflot.
    Avec Laurence Abeille, Michèle Bonneton et François-Michel Lambert, les quatre députés de tendance écologiste – ils appartenaient auparavant au même groupe parlementaire issu d’EELV avant que la moitié d’entre eux ne claque la porte – n’ont eu de cesse de dénoncer la « mascarade » d’un débat parlementaire organisé un lundi après-midi, la semaine du 14 juillet, au lendemain de la finale de l’Euro, dans le cadre d’une session extraordinaire. « C’est une mauvaise méthode, pas digne des enjeux », tançait Mme Duflot. Ironie de l’histoire, un ex-EELV, François de Rugy, s’est retrouvé président de séance, ne pouvant pas ainsi participer au vote.
    Le débat était de toute façon pipé, toutes les propositions défendues par les écologistes étant automatiquement rejetées. Ainsi de la motion de rejet préalable de Cécile Duflot ou de la motion de renvoi en commission de Michèle Bonneton, comme des 22 amendements déposés sur les deux articles du texte dont une grande majorité par les députés écologistes. « Il serait temps de voir la loi adoptée conforme », s’impatientait le député socialiste Jean-Louis Dumont. « Une nouvelle navette parlementaire coûterait de l’argent public », osait même le député Les Républicains Julien Aubert, pour justifier l’adoption la plus rapide possible de cette loi qui entérine une phase-pilote évaluée… à près de 6 milliards d’euros.
    Les accusations de passage en force ne faisaient pas le poids. « De qui vous moquez-vous ?, haranguait Bertrand Pancher, député UDI de la Meuse. Ce n’est pas une loi en catimini, ça fait 25 ans qu’on travaille sur le sujet, on a fait des lois et des débats publics ! » Farouche défenseur du projet, il a salué dans cette loi « la réconciliation avec une certaine forme d’intelligence collective ». Une référence au large consensus politique qui entoure ce dossier : des communistes aux Républicains, en passant par le centre et le PS, Cigéo casse « les barrières politiques » comme le remarquait Bernard Accoyer (Les Républicains), venu en éclair dans l’hémicycle afin de « saluer le travail et la convergence de vues sur le sujet ».
    Les quatre heures du débat parlementaire n’auront servi qu’à ressasser les mêmes arguments, sans véritable interrogation sur les enjeux du projet : « Un souci de responsabilité vis-à-vis des générations futures en ne leur laissant pas les déchets nucléaires comme héritage », selon Jacques Krabal, député PRG, qui voyait dans cette proposition de loi « une nécessité d’intérêt général ». Pour Patrice Carvalho, député communiste, « c’est un état de fait : l’enfouissement est la seule solution possible actuellement », tandis que Anne-Yvonne Le Dain, députée PS, affirmait que Cigéo, « c’est la modernité, c’est l’avenir ».
    Difficile, dans ce contexte, de faire entendre une contre-argumentation basée sur les incertitudes techniques, l’impact économique et le manque d’informations sur le sujet : « Ni les coûts ni les risques ne sont portés à notre connaissance », a souligné Cécile Duflot. François-Michel Lambert rappelait qu’il existe d’autres solutions que l’enfouissement souterrain : « Le stockage en sub-surface reste aujourd’hui le meilleur garant de la mémoire des lieux. » Et si le gouvernement se défend de vouloir accélérer le projet de construction de Cigéo – « ce n’est en rien une autorisation », assurait André Vallini, puisque la décision ultime d’exploitation du centre reviendra aux pouvoirs publics, vers…2025 – les écologistes dénoncent la politique du fait accompli et le maquillage du lancement des travaux : « C’est la tactique de l’engrenage, on enclenche un nouveau cran et le retour en arrière devient ensuite impossible », explique Michèle Bonneton.
    L’histoire retiendra que c’est dans la plus grande discrétion, un soir de juillet, que le projet Cigéo s’est vu conforter par une vingtaine de députés. Qui n’ont pas assumé publiquement leur vote, qui ne s’est pas fait sous scrutin public : le compte-rendu ne fera pas motion du nombre de votants, ni de leur nom. La procédure imposant la publication des noms des votants « n’est obligatoire que pour quelques textes importants qui demandent des quorums. Pour le reste, il faut la demander. En l’occurrence, aucun groupe politique ne l’a fait» indique François De Rugy, président de la séance.

  4. Nicias
    Nicias18 juillet 2016

    J’adore !

    J’en était resté à 35 milliards pour Bure. C’est pas cher par kwh produit. En même temps cela reste une somme un peu délirante pour creuser un trou et le reboucher.
    Le mieux est de placer l’argent sur un livret A et avec le produit des intérêts de louer un hangar et salarier un gardien.

    Si on prend le taux d’actualisation utiliser pour les déchets nucléaire, 3%, on a même plus de 1 milliard par an qu’on peut gaspiller dans le financement d’hôpitaux ou autres dépenses écologiquement incorrectes.

    On peut aussi discrètement tout balancer au fond des océans. Au pire si ça se met à fuir la radioactivité sera diluée dans « quelques » km2 de flotte.

Répondre