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Une approche historique de la chienlit occidentale

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Une approche historique de la chienlit occidentale

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Bernard Plouvier, auteur, essayiste ♦

Dans un peu moins de deux ans, les ex-héros – devenus gras et repus de sinécures – de la « révolution de 1968 » vont célébrer leurs exploits. Il peut paraître utile de présenter, de façon non-conventionnelle, mais assez exacte, les faits et leurs moins improbables soubassements.

Avoir été témoin de la chose a permis de prendre note, jour après jour, des événements rendus publics. Puis l’étude, forcément partielle, de ce qui parut sur le sujet, en Allemagne, en France et aux USA, a éclairé ce qui restera le fiasco de la génération des 20-30 ans à cette époque et qui détruisit les fondements de la société européenne, tout juste remise de sa double tentative de suicide, celle de 1914-18, et celle, poussée plus loin encore, de 1939-45.

Le contexte international explique la genèse des événements. Les USA sont embourbés depuis 1960 dans la guerre du Viêt-Nam, Kennedy ayant fort mal manœuvré et Johnson plus mal encore. En URSS, depuis l’automne de 1964, trois hommes dirigent – ce qui est inhabituel au « Paradis des travailleurs » et semble préluder à une guerre des chefs, donc au déclin au moins provisoire de l’une des Mecques du marxisme… ce qui fait la joie de Mao Tsé-toung.

Or, le plus puissant des trois tsars moscovites n’est nullement un technicien somnolent comme ses associés, c’est même un homme à poigne : Leonid Brejnev. Surpris par les événements du printemps de 1968, il reprendra en mains les directions des Partis communistes d’Occident et remettra durement à sa place le grand organisateur : Fidel Castro, tandis que des contre-révolutionnaires, fort bien informés, vont le débarrasser de l’électron libre Ernesto Guevara.

Ni le Mossad, ni la Franc-maçonnerie (très divisée et sans direction planétaire), encore moins la CIA – éternelle accusée, en dépit de son amateurisme – ou le gouvernement des USA, n’ont voulu, orchestré, organisé l’anarchie violente qui a secoué, jusqu’au début des années 1980, la France, l’Allemagne de l’Ouest (RFA), l’Italie, le Japon, les Pays-Bas et, à un moindre degré, le Royaume-Uni.

En janvier 1966, se tient à La Havane la réunion préparatoire de la Conférence de Solidarité des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine pour le Viêt-Nam. 82 pays y sont représentés.

La conférence de ce que l’on appellera désormais la Tricontinentale se tient dans la capitale cubaine du 3 au 15 avril, où Ernesto Guevara – ex-étudiant en médecine se remettant mal d’être le fils d’un milliardaire ruiné – propose de multiplier les Viêt-Nam un peu partout sur la planète pour hâter le jour glorieux de l’avènement du marxisme mondial. Les représentants de l’URSS font savoir qu’il est urgent de temporiser, tandis que les Chinois sont enthousiastes.

Ce qui s’est dit officiellement n’est d’aucune importance, car tout s’est joué en coulisses, entre Castro, Guevara et les plus jeunes délégués, qui refusent la pesante tutelle de Moscou. On va enrôler dans l’agitation et la propagande non seulement les jeunes gauchistes, trotskistes, maoïstes, mais aussi les « crétins utiles » (l’expression est de ‘’Trotski’’) – ‘’Lénine’’, plus courtois, parlait de « compagnons de route » – chrétiens, pacifistes, séparatistes et indépendantistes (des Irlandais aux Québécois, des Érythréens aux Angolais, sans oublier les Antillais). La Direccion General de Intelligencia (le SR cubain – DGI) fonctionne en totale indépendance du KGB, ne prenant ses ordres que de Fidel Castro.

Pour la France, l’interlocuteur est Jean-Pierre Vigier, maître de conférences du CNRS, membre suppléant du Comité central du PCF, conseiller de divers caciques du PCF qui en a assez de jouer les éminences grises. De retour en France, il fonde le Comité Viêt-Nam national. Parallèlement, s’agitent dès 1966 les trotskistes d’Alain Krivine et d’Henri Weber, divers groupuscules maoïstes et des cénacles gauchistes, futurs viviers de défenseurs de la cause palestinienne et du négationnisme de la Shoah !

En Allemagne, deux courants se forment. Celui de l’étudiant, passé de RDA à Berlin-Ouest, Rudolph Dutschke et celui des terroristes. Les premières émeutes estudiantines ont lieu au printemps de 1967, dans diverses universités de RFA et à Berlin-Ouest. Dutschke passe alternativement du marxisme à l’anarchie, puis au luthéranisme mâtiné de socialisme, avec des retours en arrière durant lesquels il prône « l’action directe » (le terrorisme ciblé sur les grandes entreprises), puis se repend : ce n’est pas pour rien que celui qui dirige en 1966-68 le Sozialistische deutsche Studentenbund (marxiste) deviendra l’un des fondateurs des « Verts »… quant à faire de lui un vulgaire agent des services de renseignements de la RDA, c’est n’avoir rien compris au personnage, sincère et fantasque, imprévisible et incontrôlable.

Le premier acte terroriste est perpétré le 2 avril 1968, à Francfort/Main, par Andreas Baader et Gudrun Ensslin… naîtront ainsi quantité de groupuscules de sociopathes, ayant trouvé dans la contestation sociale un alibi à leur joie de nuire et à leur sadisme.

En Italie, les gauchistes organisent leurs manifestations bruyantes dans les universités, dès l’automne de 1967. Il en va de même, sur un mode mineur et mâtiné de reflets hippies, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, où d’emblée la contestation sociale et politique se teinte de licence sexuelle et de consommation de drogues hallucinogènes (haschich et LSD).

En France, n’importe quel observateur fréquentant les Maisons des Jeunes et de la Culture ou les universités pouvait se rendre compte, dès l’automne de 1966, des fameux « signes avant-coureurs » non perçus, d’après leurs souvenirs, par la foule des ministres et directeurs de services de police et de renseignements !

D’autres penseurs estiment venus les temps messianiques d’un « socialisme à visage humain ». Fin mars 1968, le PC tchécoslovaque destitue de toutes ses fonctions le stalinien Antony Novotny, potiche moscovite garantie grand teint, et le tandem Ludvik Svoboda (Tchèque) et Alexander Dubcek (Slovaque) libéralise le régime.

Le 15 mars 1968, dans un article du Monde intitulé : « La France s’ennuie », Pierre Viansson-Ponté passe totalement à côté du problème. Ce grand penseur n’a perçu que la mousse journalistique, estimant que les Français enragent de ne pouvoir s’agiter, comme en de nombreux autres pays, à propos de la guerre du Viêt-Nam, de la libéralisation des drogues dites douces  et de libération sexuelle. Ceux qui s’ennuient de ne pouvoir le faire sont des contestataires bourgeois, issus de milieux riches, désireux de s’amuser et d’épater la galerie avant de jouir des usines, des magasins ou des millions de Francs (lourds) de papa.

La situation de la vraie jeunesse, laborieuse et pauvre, est résolument différente. Elle est dégoûtée de voir la France dirigée par de vieilles gloires de la Résistance, enrichies, repues, devenues peu-à-peu de répugnants bourgeois, incapables de proposer quelque élan, quelque idéal que ce soit à la jeunesse française. Le Premier ministre est un financier étroitement lié à un groupe cosmopolite et soutenant les promoteurs immobiliers autant que l’art contemporain.

Exaltant tableau pour la jeunesse !

  1. Robert41
    Robert4115 juillet 2016

    Selon un point de vue purement personnel ; 1968, est indéniablement une manipulation américaine pour évincer politiquement le général De Gaulle. La tentative d’exécution physique n’ayant pu aboutir miraculeusement sur le terrain national ; c’est la voie politique qui a été choisie pour déstabiliser cette souveraineté française gênante. Cette grandeur qui a dit : Go home aux GI et qui parlait avec les Russes, les Chinois, les Mexicains, les Québécois et autres peuples. L’empire américano-anglo-saxon et affidés, ne pouvait supporter cette grandeur politique. Là-encore, la trahison est venue du camp de ceux qui l’adule aujourd’hui. Ils trahissent tout et compromettent ceux qui s’y laissent prendre. C’est une manipulation réussie et non une révolution comme tant clamée. Sans conteste cette manipulation est le point d’entrisme des américains dans l’organisation de la future Europe.

  2. Plouvier Bernard
    Plouvier Bernard16 juillet 2016

    Votre point de vue est fort respectable, mais ne tient nullement compte de ce qui s’est passé en RFA, au Japon, en Grande-Bretagne et en Italie, dont les gouvernants étaient des alliés inconditionnels de la ploutocratie US.
    De Gaulle, vieillissant était déjà un has been pour les US et ils avaient raison. Les analystes de la CIA qui ont écrit sur cette période ont rappelé que la France n’était même plus prise en compte dans les schémas politiques ou stratégiques.

    • Robert41
      Robert4118 juillet 2016

      Motivé par vos analyses qui ne laissent jamais indifférentes, il me semble que tout c’est joué le 14 août 1941, au large de Terre Neuve, à bord d’un navire de guerre américain où Roosevelt et Churchill ont convenu de la Charte de l’Atlantique. Son principe était d’un avenir meilleur pour le monde, d’une condamnation de toute annexion territoriale, du principe de l’autodétermination de chaque Peuple, de la coopération internationale, de la liberté commerciale, de la liberté des mers, de la condamnation à l’usage de la force et de la réduction des armements. L’application politique de cette Charte a évolué de son binôme initial, par un engagement de plusieurs pays en guerre contre l’Allemagne et que l’on a dénommé Charte des Nations (1942). Après 1945 et Yalta, le monde allait devenir bipolaire. Il sonnait la fin des colonisations européennes et la naissance de l’empire américain adoubé par un empire britannique servile. Cela a impliqué une subordination de l’Europe continentale pour sa Défense contre les rouges, de sa Reconstruction après le chaos et son Avenir avec la future CEE. – Autrement dit, l’Europe telle que nous la vivons, c’est essentiellement le bébé des Américains. Ils sont les prestataires de service pour : – La défense européenne, l’idéologie économique du marché libre, mais aussi le shérif de la finance de Wall Street qui impose emprunts et lourdes amendes … Depuis 1945, l’Europe libérée de l’occupant, a été mise sous tutelle immédiatement par le César américain. Cela explique très bien l’absence de défense européenne et d’une politique souveraine de l’Europe. Le seul qui s’est opposé à cette emprise étasunienne, c’est le général De Gaulle. Il a montré la voie identitaire et historique d’une Europe exclusivement continentale de Brest à Vladivostok. C’est un costume politique trop grand pour ses successeurs énarques et avocaillons qui entretiennent bassesses et défaites.

  3. Plouvier Bernard
    Plouvier Bernard19 juillet 2016

    J’adore vos remarques : elles sont toujours stimulantes, mais
    1 – de Gaulle n’a hélas parlé que de « L’Europe de l’Atlantique à l’Oural », ce qui était une double ânerie : géographique (car vous avez raison, l’Europe contient la Sibérie, peuplée de Blancs, les Sibériens de la race européenne) et politique (car la « Russie soviétique », comme il disait, n’était guère une alliée possible avant 1990 sq. pour les Nations européennes)
    2 – L’aversion gaullienne ne remonte nullement aux journées d’août 41, où Churchill a « chaud aux fesses », puisque FDR insiste pour obtenir l’indépendance des Indes, mais aux années 42-43, où Darlan puis Giraud lui sont préférés par FDR et en 1944, quand il doit hurler pour obtenir l’attribution du leadership en France libérée (où FDR avait prévu d’instaurer un gouvernement militaire dirigé par le SHAEF).
    Anglophobe, de Gaulle aurait pu devenir américanophile s’il n’avait été repoussé très grossièrement par FDR.
    En tous cas, en 66-68, à Washington, le cactus gaullien n’est qu’une affaire ultra-mineure : il s’agite au Cambodge (au pire moment de la guerre du Viêt-Nam ce qui était une trahison de la cause anticommuniste), à Québec et à Mexico : grosse mousse journalistique, mais vite retombée et sans aucun retentissement politique.
    Comme mon père chéri, j’ai été un gaulliste fanatique… puis j’ai réfléchi : hormis une action de propagande, son efficacité politique extérieure a été nulle ! Un stratège politique et militaire de première ampleur a dit de lui : « C’est un général de TSF »… ce n’est ni entièrement faux, ni calomniateur
    Très cordialement

    • Robert41
      Robert4120 juillet 2016

      Implacable logique tu oublies ta poésie ! celle qui t’a fait grandir de tes doutes et de tes certitudes. Car nous le savons frère du temps qui passe …, l’homme a une similitude avec l’arbre, en quelque écorce (sorte) dans son processus biologique. Il a besoin de racines pour être, d’élévation pour exister, d’un houppier pour paraître et tout comme l’arbre, l’homme reste prisonnier de son destin. L’un dans son immobilité et l’autre dans sa mobilité. Qu’il vive dans une forêt ou solitaire, il devient une forme unique qui peut déplaire ou charmer et devenir bûches pour le feu, planches pour le cercueil ou se statufier en symboles historique ou mystique. Il participe avec le dieu chronos à l’enregistrement dendrochronologie de son vécu, une sorte de cible des temps meilleurs et néfastes. Je sais, vous allez me dire : T’as fumé garçon ! et bien non. Je cultive ma petite folie parce qu’il n’y a rien de normal dans le vivant où tout se transforme ou appelé à se transformer. Alors oui, je sais, vous me tenez car ce bon temps sous le grand chêne me rend gland-heure et profitable pour les cochons sauvages qui ne respectent rien. Vous avez quitté l’ombrage du chêne pour l’hêtre, cette autre forme ligneuse beaucoup plus verticale et rebelle.Il n’y aura pas de nœud entre-nous, nous ne sommes pas des marron niais ni d’odeur de sapin mais indubitablement dur comme du bois, du bois d’arbre bien sûr …

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