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Turquie : les trois guerres du sultan Erdogan. Il défend la démocratie comme Staline

Erdogan L A Roport D Istanbul

Turquie : les trois guerres du sultan Erdogan. Il défend la démocratie comme Staline

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Jean Bonnevey, journaliste, géopoliticien ♦

La tentative de coup d’état militaire contre le régime islamiste turc cet été est incontestable. Ce qui est sûr, c’est que la victoire d’Erdogan s’explique par le fait qu’il en était informé peu avant, certainement par Poutine. Le Tsar dans sa guerre syrienne avait besoin de l’allié turc, il l’a.

On remarque le discours officiel qui veut que la démocratie ait été sauvée. Qui peut croire que la Turquie d’Erdogan soit une démocratie, à part quelques commentateurs de presse. Les militaires putschistes étaient-ils des kémalistes ou plutôt des partisans d’un autre courant islamiste pour le pays ? Le soutien des nationalistes au pouvoir penche plutôt pour la deuxième hypothèse. Erdogan d’ailleurs se met maintenant, tout en restant islamiste, dans la lignée nationaliste de Mustapha Kemal. C’est du syncrétisme à la soviétique comme du temps de Staline.

Le nouveau sultan mène trois guerres

Une de l’intérieur contre les comploteurs et les terroristes se réclamant de Daech ou des kurdes.
Une contre Daech aux cotés de la Russie.
Une contre les kurdes et leurs alliés syriens- soutenus par les Usa.

Ankara s’éloigne donc des Usa et se rapproche de la Russie, de l’Iran mais aussi d’Assad. Un bouleversement majeur. Pour la première fois depuis le début de la guerre, Ankara admet que le président Bachar el-Assad est un acteur qu’il faut reconnaître en Syrie. Un changement de ton qui n’est sûrement pas étranger au réchauffement de la Turquie avec Moscou. Il n’est pas question pour Ankara de se réconcilier avec Bachar el-Assad mais le Premier ministre turc reconnaît – et c’est la première fois depuis des années – que le président syrien est l’un des acteurs qu’il faut prendre en considération, avec une formule alambiquée : il est possible de parler avec Assad pour évoquer la transition en Syrie.

A Jarablos en Syrie, Erdogan intervient moins pour détruire l’État islamique que pour contrer l’avancée des Kurdes. En effet, Jarablos se trouve dans cette zone de Daech prise en tenaille entre les deux régions kurdes d’Afrin et de Kobané. Les Kurdes continuent d’avancer face à Daech et souhaitent faire se rejoindre ces deux régions. Cette jonction était en train de se faire depuis que les Kurdes de Syrie avaient pu se rendre maîtres de la ville de Manbij il y a quelques semaines. Pour Erdogan, un territoire d’un seul tenant entre les mains des Kurdes de Syrie est une chose absolument non négociable, car ceci signifierait qu’il n’y aurait plus la possibilité d’un passage directe entre la Turquie et la Syrie. C’est donc un prétexte si Erdogan attaque aujourd’hui  Daech, alors qu’en réalité c’est un mouvement qu’il a aidé pendant très longtemps. Depuis, il a envoyé dans cette région d’autres troupes islamistes, formées directement en Turquie, notamment des Turkmènes. Le président turc veut empêcher à tout prix cette jonction kurde et, à cette fin, envoie son armée et d’autres troupes syriennes islamistes contre Daech.

Une guerre peut en cacher une autre et un combat pour la démocratie peut conforter une dictature. La marche turque n’est pas toujours facile à suivre.

  1. Plouvier Bernard
    Plouvier Bernard30 août 2016

    Excellent en tous points.
    D’un point de vue historique, on pourrait ajouter que les Kurdes, descendants des Mèdes antiques, ont toujours été opposés à la domination perse ou ottomane. Le phénomène religieux n’y fait rien (il existe des Kurdes yézidis, musulmans et même chrétiens) : c’est un sentiment d’appartenance à une communauté ethnique qui soude la Nation kurde.
    Une fois de plus, on ne peut que déplorer la stupidité, l’avidité (la région kurde de Mossoul regorge de gisements pétroliers) et l’ignorance des rédacteurs des soi-disant traités de paix de 1919-1920, qui n’ont rien fait pour les Kurdes, absolument dépourvus de soutien auprès des rapaces victorieux, essentiellement britanniques et français qui se sont partagés cyniquement le Proche-Orient (les USA du demi-dément Wilson, atteint de cérébro-sclérose avancée, auraient bien voulu participer à cette curée mais les Franco-Britanniques ne voulaient pas partager avec le groupe Rockefeller).
    Quant aux Turkmènes, Kirghizes et Ouzbeks, ils sont effectivement à surveiller, dans le cadre du rêve d’Empire pantouranien qui excite fort les politiciens turcs depuis les années 1990 (l’explosion de l’URSS).

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