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La condition humaine en question : devons-nous avoir peur de la science?

Clonage

La condition humaine en question : devons-nous avoir peur de la science?

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Professeur Chems Eddine Chitour, École Polytechnique enp-edu.dz ♦

«Essayer d’expliquer le début de l’apparition de la vie par le hasard, c’est admettre que lors de l’explosion d’une imprimerie, il ait pu se former un dictionnaire tout seul.» Edwin Couklyn, biologiste

Une révolution apparemment invisible, mais inexorable est en train de se réaliser à bas bruit. Elle risque de problématiser la condition humaine en la banalisant, en la liquéfiant dans un continuum où l’homme n’est plus le résultat d’un miracle, voire d’un dessein de la création, mais celui d’une loterie qui a fait qu’un jour nous avons touché le gros lot du fait que les dés ont roulé du bon côté. Einstein disait que Dieu ne joue pas aux dés.

Ce tsunami invisible a un nom: le trans-humanisme, un mot nouveau qui fait peur: Le trans-humanisme se base sur le fait que l’homme est en amélioration constante et la science est là pour le conforter quitte à enfreindre les limites éthiques. Dans la Déclaration des trans-humanistes nous lisons: «L’avenir de l’humanité va être radicalement transformé par la technologie. Nous envisageons la possibilité que l’être humain puisse subir des modifications telles que son rajeunissement, l’accroissement de son intelligence par des moyens biologiques ou artificiels, la capacité de moduler son propre état psychologique, l’abolition de la souffrance et l’exploration de l’univers ».

Les dernières prouesses d’une science sans garde-fous

Nous allons dans ce qui suit donner quelques exemples d’avancées scientifiques majeures sans garde-fous car elles touchent à l’intimité de la condition humaine. A l’heure actuelle, la biotechnologie utilise le système Crispr-Cas9 pour la modification de gènes. Cependant, selon Jennifer Doudna,  co-décrouvreuse du système Crispr-Cas: «Il est trop tôt pour éditer génétiquement des humains». Pour elle les capacités inédites du couper-copier-coller génétique offertes par Crispr-Cas ont soulevé nombre de questions éthiques, quant à son utilisation pour modifier le patrimoine génétique de la lignée humaine. «La possibilité de modifier l’ADN des cellules stimule l’imagination de beaucoup de gens. (…) La question éthique est de savoir qui veut appliquer ces techniques, qui y a accès, qui décide de les employer. une troisième crainte est que certains fassent la course, pour commercialiser cette technologie, promettre à des parents un bébé avec telle ou telle caractéristique alors que nous n’ avons pas les moyens de le faire. Si le premier bébé Crispr devait être conçu parce que ses parents rêvaient qu’ il ait les yeux,bleus, ce serait une catastrophe.»

Dans le même ordre, d’un manque de vigilance, en Chine, pays où les rapports à l’éthique sont différents, les applications ne sont pas encadrées. Ainsi, on apprend l’installation ambitieuse et futuriste d’une «usine» qui espère produire en masse un million de vaches tous les 12 mois d’ici 2020. Non seulement elle va cloner du bétail, mais l’usine, va également répondre à des besoins plus spécifiques, par manipulations génétiques, des chiens policiers et des chevaux de course pur-sang. Pour Xu Xiaochun, P-DG de Boyalife, la société qui met en oeuvre le projet, «la viande et le lait de vache, de porc, et les clones de chèvre et la descendance de tous les animaux clonés sont aussi sûrs que les aliments que nous mangeons tous les jours. (…) actuellement, la seule façon d’avoir un enfant est d’avoir une moitié par la mère, une moitié par le père. Peut-être que dans le futur, vous aurez trois choix au lieu d’un. Soit vous avez cinquante-cinquante, soit vous avez un choix d’avoir 100 pour cent des gènes du père ou 100 pour cent des gènes de la mère. Ce n’est qu’une question de choix.»

Dans le même ordre, des chercheurs de Harvard annoncent publiquement le 2 juin 2016 dans la revue Science leur volonté de créer un génome humain synthétique. Un projet controversé en raison des nombreuses interrogations éthiques qu’il suscite. La description de ce projet baptisé Human Genome Project-Write ou HGP-write est publiée dans la revue : «Les applications potentielles des résultats de HGP-write sont notamment la possibilité de créer des organes humains pour des transplantations et de produire des lignées de cellules résistantes à tous les virus et cancers». (AFP)

Pour Arnold Munnich pédiatre-généticien de l’hôpital Necker à Paris: «Nous ne sommes pas réductibles à une molécule d’ADN. Ce qui m’inquiète, c’est le glissement sémantique qui s’est opéré, et qui conduit à accréditer l’idée que, comme le gène est la cause de la maladie, alors il suffit de le remplacer et tout ira bien. La génétique n’est pas la solution…(…) Le gène explique le fonctionnement du vivant, mais ne dit pas la suite. Notre avenir n’est pas codé dans nos gènes, notre futur n’y est pas inscrit. Nous sommes évidemment programmés, mais pour autant nous sommes libres, et cette liberté n’est pas dictée par la séquence primaire de nos gènes. (…) Aux Etats-Unis déjà, il y a des entreprises qui proposent une lecture de votre génome.»

Ainsi, par exemple, on annonce que la science s’attaque, frontalement, au bastion le plus profond, le plus secret, le plus intime, le plus mystérieux de l’humanité. Le décryptage du génome humain proche à 98% de celui du chimpanzé ouvre des horizons éthiquement contestables. Le professeur Patrick Gaudray a bien raison d’être inquiet. Pour la première fois, dans l’histoire, en effet, des scientifiques ont modifié les gènes d’embryons humains. En effet, des rumeurs soulevées dans un article de la MIT Technology Review intitulé «L’ingénierie du bébé parfait», soupçonnaient, déjà, que des scientifiques chinois travaillaient sur l’utilisation de cette technologie.

La science et moi: qui suis-je vraiment?

C’est par ces mots que Miriam Gablier s’interroge sur son rapport à la science. Elle écrit: «Certaines données scientifiques nous questionnent sur notre identité. Car face à certains chiffres, nous sommes en droit de nous demander: mais qui sommes-nous vraiment? La science nous dit que nous sommes faits en moyenne à 70% d’eau. Mais si l’on compte les objets, c’est-à-dire le nombre de molécules présentes dans une cellule, celle-ci est alors faite à 99% d’eau. Il faut compter jusqu’à 100 pour trouver un objet qui ne soit pas de l’eau dans une cellule», nous dit le Pr Marc Henry, chercheur en chimie et spécialiste de l’eau. 99% des molécules qui composent nos cellules sont des molécules d’eau, de plus il y a, non pas deux fois, mais 10 fois plus de bactéries dans notre corps que de nos propres cellules humaines. 10 puissance 15 bactéries contre 10 puissance 14 cellules. «C’est-à-dire que (plus de) la moitié de moi-même, ce n’est déjà pas moi-même en quelque sorte», explique Jeremy Narby, un anthropologue. Que font-elles là, toutes ces bactéries? Sont-elles en train de nous parasiter? Pas du tout. «Nous avons besoin de ces bactéries pour préserver le bon fonctionnement ». explique Dorion Sagan, fils et collaborateur de Lynn Margulis, une biologiste spécialiste des bactéries. (6)

 

La conscience de nous-mêmes disparaîtra-t-elle avec la mécanisation de l’organisme?

Cette conscience que nous avons de nous même est-elle un patrimoine unique par rapport aux autres créations ou une simple avance que l’on peut améliorer pour produire une nouvelle espèce: un homme réparé, un homme augmenté, un homme qui deviendrait à terme, une chimère: mi-homme, mi-robot. «La Science a fait de nous des dieux avant même que nous méritions d’être des hommes», disait Jean Rostand . De nos jours, il est d’usage de dire et d’écrire que la science, à terme, a vocation pour tout expliquer et que rien n’arrête le progrès catalysé justement par une science conquérante dont on dit qu’elle s’oppose à la religion en ce sens que les miracles sortent, de plus en plus, des laboratoires, poussant, ainsi, les religions dans leurs derniers retranchements, surtout quand elles font preuve de «concordisme».

Illustration : vers le clonage humain

 

  1. patrice sanchez
    patrice sanchez3 septembre 2016

    Science sans conscience ne mènera qu’à la rouille des futurs implants des trans-inhumanistes !

    La question que j’aimerais poser à tous ces dégénérés du ciboulot : est-ce que vos futurs implants seront connectés avec les particules élémentaires, qui associées à un cerveau sain sont créatrices de réalités, ou bien aurons-nous droit à un monde de pokémons, de zombies augmentés artificiellement ???

    Nietzsche avait le premier pressenti, bien avant la découverte des quanta, tout ce qu’on peut attendre de la physique. J’en veux pour preuve ces quelques lignes : « Il faut que nous soyons de ceux qui apprennent et découvrent le mieux tout ce qui est loi et nécessité dans le monde : il faut que nous soyons physiciens, […] c’est pourquoi : vive la physique »

    Il serait grand temps que les physiciens sortent de leur silence assourdissant afin de remettre dans le droit chemin une humanité en totale déséspérance !

    Un grand merci au professeur Chitour dont les articles sont toujours aussi passionnants.

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