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Euthanasie  : un problème d’ordre éthique ou une logique économique ?

Mammon

Euthanasie  : un problème d’ordre éthique ou une logique économique ?

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Dr Bernard Plouvier*, auteur, essayiste ♦

Pour un biologiste, ce qui différencie l’homme du reste du règne animal, c’est le néocortex à six couches superposées de neurones, qui conditionne ses facultés d’intelligence, de sens moral et, parfois de sens artistique, le tout contribuant à cette transcendance, faculté spécifiquement humaine, qui permet de méditer sur l’Univers, sur l’éthique des relations entre l’homme et son environnement, réel ou supposé – telles l’existence de divinité(s) ou les spéculations sur un Droit naturel.

Le libre-arbitre n’a rien de spécifiquement humain : n’importe quel éleveur de chien, de chat ou de cheval, pour prendre des exemples simples, sait que leurs choix varient beaucoup selon l’humeur du moment. L’on veut bien admettre que seul l’humain est capable – pas toujours, loin de là – de laisser son sens moral orienter ses choix, alors que le non-humain ne se laisse guider que par son affectivité, telles ces femelles qui, ayant perdu un petit, adoptent un orphelin au lieu d’en faire leur repas.

Cette introduction a pour but de définir ce que devrait être la logique du comportement face  à l’individu qui a définitivement perdu son activité cérébrale, par maladie ou traumatisme. Est-il un être humain, celui qui n’a pas ou n’a plus de cerveau humain ?

De la même façon, comment agir face à un malade, conscient, mais totalement invalidé par  la maladie et qui n’est même plus capable physiquement de mettre fin à ses jours ou n’en a pas le courage.

L’euthanasie, ce n’est pas seulement aider à mourir les sujets en situation physique ou morale de cul-de-sac douloureux et angoissant, mais aussi les « enveloppes corporelles vides ». Et le problème, déjà inutilement et singulièrement compliqué depuis des millénaires par les esthètes autoproclamés en intentions divines, est devenu depuis les années 1980 une grave question d’économie… ce qui, à l’ère globalo-mondialiste, est l’argument unique à considérer pour nos maîtres, même si les gens biens élevés enrobent la chose de sirop d’érable.

Depuis des millénaires, des gens parfaitement inutiles aux hommes raisonnables – et, pour le coup, le terme d’homme est un générique qui n’embrasse pas trop la femme – ennuient tout le monde avec leurs jérémiades et leurs ukases sur un soi-disant ordre divin, interdisant de tuer qui ne menace pas immédiatement la vie d’autrui. Or, il n’est que trop évident que ces doctes théologiens devraient se taire sur cette grave question, étouffant sous le poids de leur indispensable repentance et de leurs remords.

D’abord, l’existence d’une divinité paraît bien bizarre dans un Univers en perpétuelle mutation aléatoire. Ensuite, la vie terrestre étant stricto sensu un enfer, on voit mal comment l’on pourrait attribuer une quelconque bonté à cette divinité et moins encore sa paternité éminente des humains (après tout, même le père le plus dégénéré ne fait pas autant souffrir ses enfants que les sieurs allah, jéhovah, dieu le père et concurrents).

Ni la création ni la rédemption ne paraissent admirables… sauf, bien sûr, à ressasser les antiques stupidités sur l’impénétrabilité des voies d’une fort improbable divine providence. Les théologiens n’ont à l’évidence aucune voix au chapitre, l’histoire humaine démontrant que le soi-disant chef d’œuvre de la création ne s’améliore guère, en dépit de millénaires de prédications diverses et variées et de quelques essais de rédemption officiellement estampillée surnaturelle.

Le problème de l’euthanasie – soit, celui de la mort compassionnelle – devrait donc se résumer à une réflexion d’ordre éthique : le malade conscient, en fin de vie, éclairé sur son cas par un médecin fiable, est seul habilité à décider, après un délai de confirmation de trois à quatre semaines (l’expérience médicale intervient pour en démontrer la nécessité), de l’opportunité de sa mort. Ni politicard ni prêtre n’ont le droit d’interférer avec cette décision souveraine. Il en va de même pour l’être né ou devenu idiot, la décision appartenant aux père et mère du sujet mineur, son conjoint ou ses enfants, s’il est majeur.

Tout ceci est raisonner, en toute bonne foi, sur la comète, car l’on oublie l’omnipotence des sectateurs de la nouvelle divinité : Mammon (ou de quelque nom dont on voudra l’affubler), soit l’Économie, couplée à la Finance – l’argent qui circule pour alimenter, en fin de circuit, les superprofits des maîtres de la nouvelle ère.

Cancéreux au stade terminal, décrépis et invalides intégraux représentent un fabuleux marché, en accroissement constant, étant donnés le vieillissement de la population et la pollution démographique, où les moins doués (c’est un délicat euphémisme) se reproduisent le plus.

Ces êtres qui souffrent physiquement et moralement,  ces individus qui n’ont d’humaine que l’apparence morphologique, sont une source d’emplois, une occasion de dépenses communautaires. Qu’ils soient dépourvus de joie de vivre ou de spécificité humaine importe peu à l’économiste et au financier, donc à leurs larbins du demi-monde de la politique, des médias et de l’administration : ces êtres, qui ne veulent plus vivre ou sont inconscients de ce qu’est une vie d’humain, sont condamnés à traîner un peu plus une existence misérable ou insignifiante, parce qu’ils sont des rouages économiques.

Mammon a remplacé les autres divinités, sans apporter davantage de grandeur, de noblesse ni même d’agrément à l’humanité souffrante. Une fois encore, l’éthique est sacrifiée à la toute-puissance des grands-prêtres… et cela ne plaide guère en faveur de l’esprit humain.

*ancien chef de clinique

Illustration : Mammon, dans le Nouveau Testament de la Bible, est la richesse matérielle ou l’avarice, souvent personnifiée en divinité

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