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Calais : la république des camps

Calais Camp

Calais : la république des camps

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

L’exode de populations fuyant des persécutions, une dictature ou la guerre ne date pas de la « Jungle de Calais » ou de l’afflux massif de Syriens en Europe ces derniers mois. Au printemps 45, ce sont des millions d’Allemands dont des milliers d’ados qui durent fuir la progression des alliés dans l’Allemagne en ruines et qui en moururent.

C’est Fridtjof Nansen, un norvégien qui permit à des millions d’Européens d’obtenir le statut de réfugiés après la Première Guerre Mondiale avec le passeport pour les apatrides, le fameux passeport Nansen. De nos jours, 17 millions d’humains sont confinés dans des camps de réfugiés soit l’équivalent de la population des Pays-Bas. Le Haut-commissariat pour les Réfugiés est devenue une véritable pieuvre administrative qui surfe en permanence entre le sécuritaire et l’humanitaire pour gérer des zones grises sous le faux air du caritatif. Le camp le plus grand au monde que le Haut-commissariat gère actuellement est celui de Dadaab au Kenya. Cet été, Malala Yousafdai, la plus jeune lauréate du prix Nobel de la paix, a rendu visite aux élèves somaliennes du camp. Ce camp est ouvert depuis vingt-cinq ans et il s’y entasse actuellement jusqu’à 350 000 personnes, 350 000 damnés. Dadaab est en effet une véritable prison à ciel ouvert. A Idomeni, à la frontière entre la Grèce et la Macédoine, ou à Azraq en Jordanie, le contexte est différent mais l’enfermement, le sentiment d’impuissance sont identiques.

Á Calais, on emménage, on aménage la République des camps

Dans la « Jungle de Calais », malgré l’évacuation  de la partie sud du camp en février dernier, les installations reprennent et des écoles associatives s’installent . Preuve que les autorités ont bien décidé de la logique des camps, cet été, des jeunes en service civique y ont officiellement été affectés pour effectuer le remplacement des faux « bénévoles » partis en vacances sans doute à Ibiza ! Par ailleurs, l’Education nationale vient d’affecter deux enseignants au centre Jules Ferry dans le Chemin des Dunes pour répondre aux besoins de près de 600 enfants, d’une moyenne d’âge de 14 ans vivant dans le bidonville car il s’agit bel et bien d’un bidonville toléré, organisé, soutenu par le gouvernement français. Les enseignants sont contraints de s’adapter au turn over important parmi les enfants du camp et doivent travailler à partir de 10h30 (on se demande d’ailleurs bien pourquoi si tard ? ) et pendant les vacances. Une soixantaine de réfugiés de Calais ont aussi été réorientés vers l’Amicale laïque de Cancale qui les héberge en lien avec la Préfecture. Ils ont été dotés pour la rentrée de fournitures scolaires gratuites, notamment de livres d’apprentissage du français.

Pourtant ce week-end, à Tours, on note une inversion de tendance : François Hollande a surpris son monde en exhortant à détruire la jungle de Calais. La déclaration a été faite sur fond de déploiement du programme national pour la création de centres d’accueil pour les migrants illégaux.  « Notre volonté, c’est de démanteler le camp de Calais entièrement » pour en fait lancer dans tout le pays une politique de construction de centres d’accueil et d’orientation des clandestins. La solution de François Hollande consiste donc à reloger les habitants de la Jungle vers d’autres centres français de logements temporaires dans les semaines qui suivent. Elle consiste donc à étendre partout jusqu’en Île de France la logique des camps, à foncer tête baissée dans le grand remplacement programmé de la population européenne.
Le président de la République s’est donc rendu à  Calais. Entre 6.900 et 10.000 migrants, selon les sources, vivent près de l’Eurotunnel dans cette Jungle qui constitue le plus grand bidonville de France, dont le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve avait aussi promis début septembre le démantèlement « le plus rapidement possible ». Des bus de nuit seront sans doute affrétés bientôt par les préfectures et débarqueront comme à Elbeuf dans les immeubles du Puchot les populations réfugiées de Syrie, curieusement toutes noires de peau, avec la complicité des élus socialistes locaux, députés et sénateurs compris. Venus d’Erythrée, du Soudan, de Somalie, de Syrie ou d’Afghanistan, les migrants aspirent à quitter la France pour la Grande-Bretagne. Ce ne sont plus des illégaux, ce ne sont plus des clandestins, ce sont des réfugiés de guerre, en fait les nouvelles masses laborieuses « européennes » qui garantiront demain  les grands profits par des salaires de plus en plus misérables et sans droits sociaux.

C’est le capitalisme qui se renouvelle par l’Eurafrica des pauvres sur le dos de toute la classe moyenne européenne appelée à s’expatrier ou à se saigner pour payer ses impôts et mourir de faim dans des maisons de retraite onéreuses.

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