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Primaires de droite : les tentations des politiques et la république des fonctionnaires

LES REPUBLICAINS 6

Primaires de droite : les tentations des politiques et la république des fonctionnaires

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Alain Juppé avait écrit,  il y a plus de vingt ans, La tentation de Venise (Grasset, 1993). L’ouvrage avait été publié juste avant que son auteur ne devienne ministre des Affaires étrangères du gouvernement Balladur.

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Hervé Mariton

Hervé Mariton

C’est loin tout cela mais, primaires obligent, certains passages refont surface comme celui concernant par exemple les ambitions présidentielles :  « La perspective de l’élection présidentielle tourne les têtes. Une demi-douzaine de « responsables » ne pense qu’à ça. Chacun, persuadé d’avoir un destin national, se dote de son écurie personnelle… et n’a de cesse de communiquer chaque matin à la presse le fruit de sa pensée, sans se soucier le moins du monde de savoir s’il est en harmonie avec le projet politique à laquelle il appartient. (…) Existe-t-il encore un esprit de famille dans l’opposition? Le vedettariat individuel y gâte tout. Car, non contentes de se singulariser à tout propos et hors de propos, nos grandes vedettes cherchent avant tout à dépasser le partenaire… devrais-je dire l’adversaire. Tous vivent dans la même obsession: « Comment puis-je montrer aux Français que je suis le meilleur, le plus sérieux ou le plus imaginatif ou le plus percutant? ». Pauvre Alain Juppé, si brillant dans sa jeunesse et si désastreux au pouvoir. Il y en a un autre, qui appelé lui-aussi il y a quelques années à un brillant avenir est en train de s’écraser en beauté. C’est Hervé Mariton.

Il a pris jeudi dernier 29 septembre la parole lors du deuxième meeting de campagne d’Alain Juppé à Lyon. Alors que son mentor s’est déclaré à plusieurs reprises favorable à une union civile similaire entre couple hétérosexuel et homosexuel ainsi qu’à l’adoption pour les couples homosexuels, Hervé Mariton n’a pas caché ce désaccord de fond aux militants venus écouter Alain Juppé à Lyon. « Je pense qu’il faut abroger la loi Taubira et je ne suis pas prêt à changer d’avis, il n’est pas question que je renie mes convictions », a lancé le député-maire de Crest (Drôme), avant d’essuyer en fait les huées de l’assistance.

Sensiblement plus libéral sur le plan économique et plus conservateur sur le plan sociétal que son nouveau champion, Hervé Mariton avait en effet surpris de nombreux observateurs en soutenant officiellement Alain Juppé à la primaire des Républicains. Certains n’ont pas hésité à le taxer d’opportuniste, de carriériste, d’arriviste alors qu’Alain Juppé se pare chaque jour un peu plus du costume de favori. De fait, le député Les Républicains de la Drôme est devenu « persona non grata » à la Manif pour tous depuis qu’il a annoncé, mercredi 28 septembre, qu’il soutiendrait désormais Alain Juppé qui est pour eux sans doute le candidat le plus éloigné de leurs positions. Résultat : alors qu’il devait  prendre la parole le 16 octobre lors de la Manif pour tous à Paris, les organisateurs voient désormais difficilement comment Hervé Mariton pourrait y assister sans se faire siffler.

À l’approche des élections présidentielles, on observe de plus en plus le caractère, aujourd’hui dépassé, du fonctionnement de la classe politique mais on pointe aussi avec émoi et consternation, et même à l’Education Nationale, la progression du vote frontiste dans la fonction publique. Selon une étude du Cevipof, plus le candidat de la droite à la présidentielle sera libéral, plus les fonctionnaires iront voter en faveur de François Hollande et de Marine Le Pen.

Aussi, seul Alain Juppé pourrait les faire s’orienter vers la droite et le centre. Autant dire que la victoire de Juppé, ce sera aussi la victoire des fonctionnaires et de cette particularité française de caste source de tous nos maux mais qu’on n’est pas encore prêt de faire tomber.

  1. kralgral
    kralgral5 octobre 2016

    Une autre caractéristique de notre caste politique  » de droite et du centre  » est de faire campagne à droite afin d’en siphonner les voix en déshérence, puis d’assoir une éventuelle réélection en pratiquant un programme-marketting susceptible d’agréger tout et son contraire….
    Pareillement à gauche, ou les grandes envolées lyriques électorales cèdent la place, après quelques errements au contact des réalités, à des appels au  » rassemblement national  » pour lutter contre le mal…..
    Quoiqu’il en soit, les cocus seront toujours les mêmes, et les élections un casino ou le seul vainqueur au final est la caste politique……………….

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