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Référendum en Hongrie: les élites européennes préparent l’explosion politique de l’UE

Hongrie Referendum

Référendum en Hongrie: les élites européennes préparent l’explosion politique de l’UE

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 Xavier Saincol, juriste ♦

Si le taux de participation ne permet pas de valider le référendum, 98,7% des électeurs ont voté contre les quotas de migrants. Pour Xavier Saintcol, Bruxelles ne pourra pas longtemps gouverner contre les peuples.

«Plébiscite populiste»: c’est ainsi que le journal Le Monde qualifie le référendum hongrois du 1er octobre 2016 sur l’application des quotas d’accueil européen pour l’accueil des migrants. La formule est révélatrice de la manière de penser des élites européennes, politiques, intellectuelles, administratives, médiatiques. Elle est sans appel, maudissant, vouant au mal absolu la consultation populaire organisée par le président hongrois, M. Viktor Urban. Cette dernière serait synonyme de réactionnaire, fascisante, extrémiste, xénophobe….

Un an et dix jours auparavant, le 22 septembre 2015, en pleine crise des migrants, le conseil des ministres de l’Union européenne avait voté à la majorité qualifiée le principe d’une répartition par quotas de 160 000 migrants ou réfugiés bloqués en Italie et en Grèce (120 000 s’ajoutant à 40 000). La Hongrie, comme la Roumanie et la Bulgarie, y étaient opposées et avaient voté contre. Cette décision, prise à la majorité qualifiée, devait donc s’appliquer à eux contre leur gré.

La crise des migrants a bouleversé les consciences et la réalité européenne.

Certes ces pays, en entrant dans l’Union européenne en 2004, en acceptaient les règles, y compris la possibilité d’être mis en minorité et de devoir mettre en œuvre des politiques sans leur accord. Le problème, c’est que les circonstances ont depuis profondément évolué. La crise des migrants, marquée par les arrivées d’un million de personnes en Europe par la traversée de la Méditerranée en 2015, se poursuivant en 2016, a bouleversé les consciences et la réalité européenne.

Le président de la Commission Jean-Claude Juncker et la chancelière allemande Angela Merkel ont une part de responsabilité historique dans cette faillite.

Les traités européens signés par la Hongrie prévoyaient une maîtrise de la frontière commune européenne et une harmonisation des législations de l’immigration et de l’asile (article 67 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne). Or, les données du problème ont été radicalement transformées. Nul ne pouvait prévoir l’échec apocalyptique de l’Union européenne dans la maîtrise de sa frontière extérieure. D’ailleurs, les dirigeants européens, en particulier le président de la Commission Jean-Claude Juncker et la chancelière allemande Angela Merkel ont une part de responsabilité historique dans cette faillite. Tous deux ont amplifié le mouvement et aggravé l’appel d’air. «Ouvrons-leur les bras» ont-ils proclamé pendant que Mme Merkel posait en «mère des réfugiés». Le contrat, fondé sur la maîtrise de la frontière extérieure, a été rompu par les dirigeants de l’Union européenne et par l’Allemagne, non par la Hongrie.

Pour des raisons qui tiennent à l’histoire, presque un demi-siècle d’écrasante domination soviétique, la souveraineté n’est pas un vain mot pour les Hongrois.

Pour des raisons qui tiennent à l’histoire, presque un demi-siècle d’écrasante domination soviétique, la souveraineté n’est pas un vain mot pour les Hongrois. Or, la composition de la population d’un pays, le choix des étrangers qu’il accueille, est le cœur même de la souveraineté. Certes les traités européens prévoient une «solidarité» entre les États membres sur l’asile et l’immigration, mais en aucun cas sous la forme de quotas d’accueil obligatoires. Traiter les autorités hongroises de xénophobie parce qu’elles s’opposent à une logique qui n’était pas prévue par les traités, celle de quotas d’accueil contraignants, est particulièrement choquant. Sait-on que la Hongrie a accueilli à elle seule 174 000 demandeurs d’asile en 2015 (hors quotas)? Sait-on qu’elle est de loin le pays qui, en nombre de demandeurs d’asile par habitants, pulvérise tous les records: 17,7 pour 1000 habitants, contre 16 pour la Suède, 9,9 pour l’Autriche et 5,8 pour l’Allemagne?

L’Union européenne atteint ici une contradiction fondamentale : comment peut-on se réclamer de la démocratie en niant aussi frontalement toute valeur à la voix du peuple ?

La Commission européenne, par la voix du commissaire chargé de l’immigration, a déclaré que quels que soient ses résultats, le référendum hongrois «n’aurait aucun impact juridique» car «les Etats-membres ont la responsabilité d’appliquer les décisions prises». Certes les résultats du référendum du 2 octobre 2016 ont été invalidés en raison d’une participation de 40% inférieure au seuil des 50% nécessaire selon la loi hongroise. Il reste que 98,7% des votants se sont prononcés contre les quotas d’accueil. Pour la Commission, l’unanimité du peuple hongrois ne compte pas. Selon elle, face au droit communautaire, ou supposé tel, la sensibilité d’un peuple, même exprimée aussi nettement lors d’un référendum, n’a pas la moindre importance. L’Union européenne atteint ici une contradiction fondamentale: comment peut-on se réclamer de la démocratie – le pouvoir du peuple – en niant aussi frontalement et explicitement toute valeur à la voix du peuple?

Cette attitude de Bruxelles prépare l’explosion politique de l’Europe, le retour des nationalismes et la plongée du continent dans le chaos.

Pour les Hongrois, cette attitude, sur un sujet aussi sensible que l’obligation d’accueillir des migrants, dans le pays qui en a déjà reçu le plus grand nombre (par habitant) constitue une atteinte non seulement à la démocratie, à la souveraineté mais aussi à la dignité nationale, à l’honneur d’une nation. Elle rappelle les plus sinistres souvenirs de l’histoire. Au-delà de la seule Hongrie, l’attitude dogmatique des institutions et des dirigeants de l’Union européenne, dans ce dossier, semble destinée à faire toujours davantage haïr l’Europe par ses peuples et à encourager la poussée électorale des partis extrémistes sur tout le continent. Elle constitue de toute évidence la cause profonde du Brexit. Elle prépare l’explosion politique de l’Europe, le retour des nationalismes et la plongée du continent dans le chaos.

Source

Illustration : drapeau hongrois brandit le jour du référendum. Le retour du patriotisme, souvenir de l’insurrection de Budapest en 1956, la dernière invasion.

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