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Religion : l’orthodoxie n’a pas eu son concile ! [2/3]

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Religion : l’orthodoxie n’a pas eu son concile ! [2/3]

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Le patriarche Kirill de Moscou et de toute la Russie a finalement renoncé à se rendre en Crète, pour le concile panorthodoxe qui était prévu du 20 au 27 juin dernier. Cette réunion des quatorze Églises orthodoxes du monde a connu une préparation houleuse sur fond de conflit entre Moscou et Constantinople. On y entendait parler en termes feutrés mais non pas moins hostiles de « l’Eglise bulgare », d’« obscurantisme », d’« annulation nécessaire ».

Selon certains théologiens, ce concile devait marquer et symboliser la « représentation matérielle de l’unité de l’Eglise ». C’est donc raté et totalement compromis par le boycott de l’Église de Russie, qui représente près de la moitié des orthodoxes du monde. En s’abstenant, l’Église orthodoxe russe a fait capoter le projet. Le report avait été demandé en premier lieu par l’Église bulgare, satellite traditionnel de Moscou.

Mais pourquoi donc tous ces tiraillements internes ?

La Russie rêve sa capitale en « nouvelle Rome » et en « Vatican de l’orthodoxie » ? L’Église orthodoxe russe rassemble 105 millions de fidèles soit un peu moins de la moitié des orthodoxes du monde. Le Président de Russie, Vladimir Poutine totalement légitimé par son triomphe aux dernières législatives de septembre 2016, revendique une foi ardente. Aussi, la primauté de l’Église de Constantinople, leader historique de l’orthodoxie passe de plus en plus mal et ne se justifie plus selon Moscou. Pour les Russes, le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée ne veut qu’être un petit pape et reste dans la logique de l’Empire byzantin prétendant représenter à lui seul l’ensemble des orthodoxes. Cela ne tient plus et n’est pas tolérable quand la Russie a la communauté de fidèles la plus nombreuse et surtout la plus fervente, voir la multitude des pèlerinages orthodoxes sur tout le territoire de la Russie et leur affluence incontestable. La Russie réclame donc sa place de leadership dans l’orthodoxie mondiale, gage aussi de sa renaissance politique sur le terrain de la puissance.

L’absence de représentants russes a donc été un coup dur porté à l’unité orthodoxe. Moscou avait craint en réalité un schisme au sein de son Église, où des voix nombreuses s’étaient élevées contre l’ouverture et l’œcuménisme affichés par Constantinople, à l’origine de la rencontre. L’Église orthodoxe de Constantinople, leader historique de l’orthodoxie, se retrouve par ailleurs aujourd’hui affaiblie par le nationalisme turc et les velléités hégémoniques de son premier ministre musulman Erdogan non laïc. Constantinople a cependant voulu maintenir coûte que coûte le rendez-vous en Crète afin de montrer qu’elle conservait le pouvoir de réunir la famille orthodoxe. Cela n’a été qu’un leurre. De nombreuses Églises avaient déjà demandé le report de l’événement et parmi les frondeuses, à côté de la Bulgarie, on aura noté la présence des Géorgiens et des Serbes, même si le patriarcat de Serbie a finalement décidé, après de nombreuses hésitations, de se rendre en Crète. Le patriarcat d’Antioche (Damas) avait lui aussi décidé de boycotter le concile, en l’absence de solution au conflit qui l’oppose à l’Eglise de Jérusalem pour la juridiction sur les orthodoxes du Qatar.

Les rivalités profondes du monde orthodoxe.

En janvier 2016, toutes les Églises étaient parvenues à un accord sur les textes préparatoires du concile, lors d’une «synaxe», un sommet des primats, les chefs des diverses Églises. En préparation depuis plus d’un demi-siècle à l’initiative du patriarcat de Constantinople, ce Concile pan-orthodoxe que certains attendaient comme le « Vatican II orthodoxe » n’aura finalement été que la vitrine des querelles d’influences dans la galaxie des 260 millions de chrétiens orthodoxes mais il a aussi de fait souligné l’importance religieuse du renouveau politico-religieux de la Russie de Vladimir Poutine.

christ-after-communismeA lire sur  l’orthodoxie géopolitique: cette publication en anglais, Christ after Communism: Spiritual Authority and Its Transmission in Moscow Today, un nouveau livre du père Stephen Headley, en français  »Le Christ après le communisme: l’autorité spirituelle et les modalités de sa transmission à Moscou ». L’ouvrage aborde le devenir des religions dans les sociétés postcommunistes d’Europe de l’Est c’est-à-dire l’un des sujets les plus importants pour la sociologie comparative des religions où la Russie représente un champ d’études d’une importance toute particulière. Le père Stephen Headley, un auteur qui a beaucoup publié sur la Russie et l’Asie de l’Est, nous donne dans cet ouvrage un tableau très fouillé de la situation de la religion orthodoxe en Russie post-soviétique. C’est une analyse de la chrétienté russe vue de l’intérieur où l’on voit à l’œuvre toute la piété russe renaissante ainsi que la reconstruction de l’Eglise. 

Lire : Russie : la foi orthodoxe de la patrie [1/3]

Illustration : primats des Églises orthodoxes en la cathédrale Saint-Georges au Phanar.

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