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Russie, la foi orthodoxe de la patrie [1/3]

Laure Trinite Saint Georges

Russie, la foi orthodoxe de la patrie [1/3]

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Michel Lhomme, philosophe, politologue ♦

Pour comprendre plus profondément le triomphe de Poutine lors des dernières élections législatives, il nous faut  revenir sur ce qui constitue à nos yeux la spécificité russe du moment : la renaissance religieuse, le retour du religieux en Russie, le clergé orthodoxe ayant ouvertement appelé à voter Poutine.

Russie le grand retour de l’orthodoxie.

Classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco depuis 1993, la laure de la Trinité-Saint-Serge se situe à près de 75 km au nord-est de Moscou, dans la ville de Serguiev Possad. C’est l’un des berceaux de l’orthodoxie et un important centre de pèlerinage. C’est ici en effet que repose dans la cathédrale de la Sainte-Trinité, la tombe de Serge de Radonège, saint patron de la Russie et fondateur des lieux. La cathédrale de l’Assomption, église principale du monastère impressionne avec ses cinq dômes, dont un doré et quatre d’un bleu intense constellé d’étoiles dorées. 25 000 fidèles s’y sont prosternés en juin. On vient en effet ici de tout le pays à pied pour prier et réclamer des miracles à St Nicolas.  Ce sont des gens de tous âges  qui, portés par une foi inébranlable, mangeant des pains de sarrasin et faisant des kilomètres à pied, s’agenouillent devant les icônes.

Partout en Russie, se développent ainsi de multiples processions qui pourtant, autrefois, du temps de l’Union Soviétique étaient interdites. Le grand réveil de la culture russe passe par le renouveau de l’orthodoxie. Comme on peut le lire à la porte du sanctuaire de Boutovo au Sud de la Russie : « Ce n’est pas seulement un hommage rendu aux martyrs, c’est un endroit qui réveille la foi et qui est témoin de la vérité divine. Il est impossible de détruire la foi. » Car à Boutovo, ce sont près de 20 000 personnes qui furent exécutées et enterrées durant la campagne de meurtres collectifs ordonnés par Staline entre 1937 et 1938. Des centaines de victimes ont depuis été canonisées par l’Église russe dans les années 90. 8 millions de pèlerins se rendent chaque année à Boutovo !

L’idéologie soviétique a-t-elle donc été remplacée par l’idéologie orthodoxe et ceci n’expliquerait-il pas la solidité morale du pays ?

On pourrait le croire mais en ce cas, il faut dire que Poutine retrouve les traditions politiques russes des tsars. Avant les persécutions et la Révolution de 1917 durant la période tsariste, l’Église russe était intégralement soumise à l’État. Tout au long des XVIIIe et XIXe siècles, les tsars occupaient, comme le roi ou la reine dans l’Église anglicane, la fonction de chef de l’Eglise sur le modèle de la « sympathie byzantine », l’alliance entre le pouvoir politique et religieux. Est-ce en fait cette « symphonie » à la Platon que Vladimir Poutine cherche à recréer pour combler le vide spirituel de la modernité ?

En fait, le président russe est sur tous les fronts de la défense traditionnelle : participation aux fêtes religieuses, voyage au mont Athos, défense – et le seul ! – des Chrétiens d’Orient, confesseur particulier (Mgr Tikkon Chevkoumov, le très populaire supérieur du monastère Srenensky). L’Église orthodoxe russe est aujourd’hui  plus libre que jamais et il n’y a jamais eu de bénédictions officielles, comme la propagande occidentale le diffuse – et en particulier le magazine L’Express – de prêtres bénissant les avions russes bombardant la Syrie sauf des cas isolés d’extrémisme nationaliste. Il faut absolument sortir des clichés sur la Russie.

Il y a en Russie une renaissance politique et spirituelle.

La renaissance politique se nomme Poutine, la renaissance spirituelle, l’orthodoxie. Elles peuvent se croiser, elles se croisent de fait mais elles demeurent autonomes dans leurs champs respectifs. Des millions de Russes ont retrouvé le chemin des Églises et des sanctuaires, leur liturgie en vieux slave, les chants polyphoniques du XIXe siècle, les confessions à la chaîne au fond de l’église, le ballet des prêtres en soutane noire recouverte de chasubles rouges brodées d’or, les hauts murs d’icônes, les fumées d’encens mais relativisons si 73,6 % de Russes se déclarent « orthodoxes », seuls 5 % seraient des pratiquants assidus. La Russie moderne n’échappe pas non plus à la sécularisation.

Répondant à une question qui lui avait été posée lors d’une rencontre avec les participants du Forum de Valdaï qui réunit annuellement des spécialistes de la Russie, Vladimir Poutine a dit qu’il appartient au peuple russe de se prononcer quant à la manière de disposer du corps de Lénine. Poutine a en effet déclaré : « Ne prenons pas de décisions hâtives Le parti communiste s’oppose résolument à une inhumation de la dépouille de son fondateur ».

En Russie, comme on le voit, on respecte même ses ennemis ce qui s’appelle l’honneur.

Illustration : le 18 juillet, jour de la mémoire de saint Serge de Radonège, le primat de l’Église orthodoxe russe a présidé la célébration de la liturgie en la laure de la Trinité-Saint-Serge. « Les préceptes de Serge de Radonège sont la clef de la compréhension de la Russie, de la connaissance de ses principes fondamentaux, de ses traditions culturelles, de son unité et de sa cohésion. C’est précisément dans cette unité, dans la vérité et la justice, dans nos valeurs séculaires que se trouve la force de la Russie, son grand passé, son présent et son avenir ! »(Vladimir Poutine).

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